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Marcos Baghdatis (à droite) avait réussi à prendre un set à Roger Federer lors de la finale l'Open d'Australie 2006.
Marcos Baghdatis (à droite) avait réussi à prendre un set à Roger Federer lors de la finale l'Open d'Australie 2006. Image: AP
interview watson

Baghdatis: «Federer, Nadal et Djokovic viennent d'une autre planète»

En 2006, Marcos Baghdatis créait une immense surprise en se qualifiant pour la finale de l'Open d'Australie. Pour watson, il revient sur cette épopée de folie, mais aussi sur sa carrière, achevée en 2019, et le tennis actuel.
24.01.2022, 19:0025.01.2022, 10:56
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Cheveux longs attachés en queue de cheval, barbe de trois jours et sourire ravageur. Cette fin de janvier 2006, le grand public découvre Marcos Baghdatis, jeune tennisman chypriote de 20 ans.

Le 54e joueur mondial enchaîne les exploits sur les courts du Melbourne Park. Il élimine notamment Ivan Ljubicic, Andy Roddick et David Nalbandian en demi-finale, tous membres du top 10. Il ne s'inclinera que face à Roger Federer en finale, en ayant même réussi à remporter le premier set. Seize ans plus tard, Marcos Baghdatis revient, pour watson, sur son incroyable odyssée.

Pourquoi l'Open d'Australie a-t-il été un tournoi si particulier pour toi?
Marcos Baghdatis:
Ça a commencé quand j'étais junior, c’est le premier Grand Chelem que j’ai gagné chez les jeunes, en 2003, où j'ai vraiment très bien joué. Il y avait déjà une importante communauté grecque à Melbourne à cette époque. Quand j'arrivais là-bas, je me sentais comme chez moi, c'est comme si j’avais un tournoi du Grand Chelem à la maison. C’est une raison pour laquelle je me sentais bien. Et puis, ce tournoi arrive après la pause hivernale d'un mois et demi, durant laquelle on travaille la condition physique. Je me sentais toujours bien physiquement et mentalement, motivé à repartir et les batteries pleines.

Marcos Baghdatis tout sourire malgré sa défaite en quatre manches contre Roger Federer en finale.
Marcos Baghdatis tout sourire malgré sa défaite en quatre manches contre Roger Federer en finale. Image: keystone

Quels sont tes meilleurs souvenirs de l'Open d'Australie?
J'ai, sur place, des oncles et des cousins côté paternel, qui ont fui la guerre du Liban. Je les ai vus pour la première fois de ma vie en jouant ce tournoi, en 2003. Cette année-là, j'ai aussi vu ma grand-mère, qui habitait Sydney, pour la deuxième fois. Les souvenirs les plus forts, hors terrain, sont donc liés à ma famille.

Et sur les courts?
La balle de match contre Nalbandian en demi-finale en 2006. Je fais un ace sur le T central. Je n'ai jamais ressenti un moment aussi fort que celui-ci sur un terrain de tennis. C'est dur à expliquer.

«Après ce point, tout est sorti en moi: le stress, mes sacrifices et ceux de ma famille pour en arriver-là, tout le travail fait. J'avais quelque chose de très lourd au fond de moi, tout s'est vidé à ce moment. Je me sentais très léger»

Je ressentais de la joie et de la fierté, dans mon âme et mon corps. Je n’oublierai jamais. C’était un sentiment très fort, parce que j'avais tout quitté pour le tennis, à 14 ans.

La scène en question. Frissons garantis.
La scène en question. Frissons garantis. image: keystone

Cette année, tu vois qui remporter le tournoi chez les hommes?
Des favoris comme Medvedev ou Rublev, qui a très bien fini l’année, seront très dangereux (ndlr: l'interview a été réalisée avant le tournoi, au moment de sa publication Rublev et Zverev étaient déjà éliminés). Pour Tsitsipas, il faudra voir comment va son coude. On peut aussi penser à Zverev et Nadal. Rafa est toujours là, je pense qu'il est prêt. Et sans Djokovic, il aura une motivation en plus pour aller jusqu’au bout. En Australie, il y a aussi souvent des surprises, c'est un tournoi un peu bizarre. Tous les joueurs sont prêts physiquement et frais mentalement, tu recommences l'année à zéro, alors il n'y a pas trop à réfléchir. On voit régulièrement des jeunes joueurs arriver. Ça ne m'étonnerait pas qu'on assiste à ça encore cette année.

Bio express de Marcos Baghdatis
- Né le 17 juin 1985 à Limassol (Chypre)
- A 13 ans, il quitte Chypre pour Paris, où il s'entraîne dans l'académie de Bob Brett et Patrick Mouratoglou
- 2006: finaliste de l'Open d'Australie et demi-finaliste à Wimbledon.
Cette année, il atteint son meilleur classement: 8e mondial
- 2010: bat Federer et Nadal, alors qu'ils sont tous deux numéro un mondial
- 2012: porte-drapeau de Chypre aux JO de Londres
- 2019: prend sa retraite après une défaite au 2e tour de Wimbledon
- 4 tournois ATP remportés
- Vit à Chypre et développe un projet d'académie de tennis pour les jeunes sur place

Tu as pris ta retraite après Wimbledon 2019. Comment analyses-tu l'évolution du tennis masculin?
Il y a eu beaucoup d'évolutions dans la science, la technologie et la nutrition. Et dans le jeu aussi: les joueurs sont plus grands, plus costauds, plus souples et tapent plus fort. Il y a une évolution tactique.

«Au début de ma carrière, le tennis ressemblait aux échecs. C'est de moins en moins le cas: il est devenu plus physique, on essaie de taper très fort. J'ai senti, sur la fin, que j'étais plus lent, les jeunes adversaires frappaient plus fort et avaient un meilleur service»

Par rapport à la technologie, les terrains, les balles et les raquettes ont aussi évolué. J'ai un regret: j'avais essayé de changer de raquette pendant un an, en 2014, pour gagner en puissance. Mais je n'ai pas réussi à m'adapter. A l'entraînement, ça allait bien, mais pas en compétition. J'ai fait six mois sans gagner un seul match. J'ai commencé à cogiter, à perdre confiance. Du coup, je suis revenu sur mon modèle de toujours, et j'ai essayé de trouver d'autres solutions pour gagner.

Un dernier bisou au gazon de Wimbledon, en juin 2019.
Un dernier bisou au gazon de Wimbledon, en juin 2019.image: keystone

Tu trouves dommage, cette évolution vers ce tennis davantage cogneur?
Non, c'est normal, il faut l'accepter. Les jeunes essaient d'imposer leur style pour réussir à battre les plus anciens.
C'est le cercle de la vie. Je me dis simplement que si je n'avais pas eu Federer, Nadal et Djokovic dans mes pattes, j'aurais peut-être gagné un Grand Chelem (rires).

Bonus: l'interview décalée vidéo de Marcos Baghdatis👇

Vidéo: watson

En Suisse, on a beaucoup parlé de l'affaire Djokovic à Melbourne, parce qu'on craint qu'il batte seul le record de titres, au détriment de Federer...
... si ce n'est pas lui, ça sera Nadal!

Tu penses que Nadal peut encore gagner un tournoi du Grand Chelem?
Oui, il est toujours là! Il avait des petits soucis avec son pied l’année passée, mais comme tout le monde a des petits soucis. On a vu avec Roger et son genou, il est revenu. Je pense que même Roger peut revenir.

«Rien ne me surprendrait avec Federer, Nadal et Djokovic. Ils peuvent faire des choses qu’on n'imagine pas. Ce sont des gens qui viennent d’une autre planète»
Image: keystone

Du coup, on imagine que ça ne te fait pas trop mal au cœur de voir Federer dans sa situation actuelle?
Je pense que personne ne peut être triste pour Roger. Il est certainement super content de tout ce qu’il a fait, je pense que lui-même n'est pas triste. Il a tout fait pour ce sport. Avec Nadal et Djokovic, il l'ont amené à un niveau que personne ne pouvait imaginer. Il ne faut pas être triste pour lui: il a 41 ans, il a tout réussi dans sa vie et eu tout ce qu'il voulait. Bon, ok, peut-être pas le 21e Grand Chelem pour être le meilleur joueur de l'Histoire (rires), mais on peut pas être triste pour Roger. J'ai beaucoup de respect pour lui.

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