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Pour Marco Odermatt, Adelboden, Wengen ou Kitzbühel sont plus importants que les JO.
Pour Marco Odermatt, Adelboden, Wengen ou Kitzbühel sont plus importants que les JO.image: keystone
Interview

Marco Odermatt: «Les JO ne sont pas si importants pour moi»

Quelques jours avant le début de la Coupe du monde, le skieur nidwaldien nous explique pourquoi il ne fait pas grand cas des Jeux olympiques (JO) et pourquoi il ne s'engage pas pour le climat. Grande interview.
19.10.2021, 05:4919.10.2021, 14:49
rainer sommerhalder / ch media

La Coupe du monde de ski alpin reprend ce 24 octobre. Au programme, sur le glacier autrichien de Sölden: un slalom géant. Le grand objectif de Marco Odermatt: le classement général, autrement dit le Grand globe de cristal. Le Nidwaldien est confiant et (s')affirme: «Je ne me suis jamais aussi bien entraîné!».

En public, vous êtes toujours de bonne humeur. C'est un trait de votre personnalité, de même que votre caractère facile à vivre. Mais existe-t-il aussi un Marco Odermatt un peu plus mélancolique ou triste?
MARCO ODERMATT:
Oui, il y en a un. Aux Championnats du monde, par exemple, j'étais de mauvaise humeur après les courses. Mais je peux rapidement mettre ces déceptions derrière moi. Le fait d'avoir du succès dans mon sport m'aide à digérer plus rapidement et à regarder vers l'avant.

Combien de temps avez-vous ressassé ces déceptions aux Championnats du monde?
J'étais en colère le jour de la course, mais le lendemain matin, c'était déjà fini.

Avez-vous mis plus de temps à digérer votre deuxième place au classement général de la Coupe du monde?
Non. (rires) Gagner le Grand globe n'était pas quelque chose que j'avais imaginé. J'aurais peut-être eu plus de peine à accepter ma deuxième place si j'avais été le grand favori pendant des années et que j'avais toujours échoué. Mais avant la saison, j'aurais signé sans réfléchir pour la deuxième place.

Bio express de Marco Odermatt
Le Nidwaldien de 24 ans est probablement le skieur suisse le plus complet de sa génération. En 2018, il a remporté cinq médailles d'or aux Championnats du monde juniors. L'hiver dernier, il a gagné des épreuves de Coupe du monde en slalom géant (1) et en super-G (2), il est monté neuf fois sur le podium dans ces deux disciplines et a également terminé trois fois dans le top 10 en descente. Il a bouclé la Coupe du monde au deuxième rang du classement général à 167 points du Français Alexis Pinturault.

Cet hiver, votre autre défi sera les Jeux olympiques, sur des courses d'un jour, alors qu'en Coupe du monde, c'est la régularité qui paie. Laquelle de ces compétitions a-t-elle le plus de valeur à vos yeux?
J'accorde à la Coupe du monde un peu plus d'importance qu'aux Jeux olympiques.

«Ça peut paraître étrange, mais je ne fais pas grand cas des Jeux olympiques»

Surtout lorsqu'ils se déroulent dans des pays qui n'ont aucun lien avec le ski alpin et quand, ici en Suisse, les compétitions ont lieu au milieu de la nuit.

Comme à Tokyo?
Oui. Il ne me serait jamais venu à l'esprit de mettre le réveil au milieu de la nuit pour suivre une compétition. Pas une seule fois. Je pense que pour les JO de Pékin, en février, de nombreuses personnes qui, d'habitude, regardent le ski à la télévision, feront comme moi cet été. Je le regrette.

Les Jeux olympiques ne sont donc pas un rêve d'enfant?
Non. Plus jeune, je n'ai jamais rêvé d'une médaille aux JO. Aujourd'hui encore, j'attends surtout les grands rendez-vous de la Coupe du monde, comme les classiques d'Adelboden, Wengen ou Kitzbühel. Je suis heureux que ces courses aient acquis une telle dimension au fil des années.

Marco Odermatt sur le podium du Super-G à Saalbach en mars 2021.
Marco Odermatt sur le podium du Super-G à Saalbach en mars 2021. image: keystone

Le classement général de la Coupe du monde a-t-il l'avantage de valider la constance d'un skieur?
Exactement. Je pense que dans un sport comme le nôtre, le classement général est ce qui a le plus de valeur. On parle d'un événement comme les Jeux olympiques pendant quoi? Deux ou trois semaines, du matin au soir. Puis on l'oublie rapidement. Cela dit, une médaille olympique compte aussi dans la dimension d'une carrière.

Donc, vous lancez un défi à la concurrence pour le classement général de la Coupe du monde?
Oui, bien sûr! C'est mon grand objectif à court, moyen et long terme. Parce que c'est le défi ultime du ski alpin. Il n'est pas facile d'être au top dans plusieurs disciplines sur une longue période. J'ai réussi à atteindre cette régularité et c'est pourquoi je suis l'un des favoris au Grand globe.

Quels sont vos autres objectifs?
Si vous voulez vous battre pour le classement général de la Coupe du monde, vous devez gagner des courses. C'est une lapalissade, mais pour être au top dans deux ou trois disciplines, beaucoup de conditions doivent être réunies à chaque fois que vous courez.

Revenons aux Jeux olympiques: seules les médailles comptent. Vous avez manqué cet objectif aux Championnats du monde l'hiver dernier. Quelles sont les leçons à en tirer?
Il y en a plusieurs. J'ai senti combien ces deux semaines au même endroit ont été longues. La même chambre, la même nourriture. Normalement, je bourlingue d'un endroit à l'autre, je fais un ou deux entraînements, une ou deux courses, puis je passe à la suite. A Cortina, je suis resté sur place pendant quinze jours, et il y a eu des courses renvoyées. Tout cela demande de l'énergie; physiquement, mais surtout mentalement. Par exemple, pour pouvoir glisser un entraînement de géant dans mon programme, j'ai voyagé en hélicoptère directement du site de compétition vers la zone d'entraînement.

Ce ne sera pas différent à Pékin.
Non, mais je peux mieux m'adapter à cette situation grâce aux enseignements de Cortina.

Vous aménagez du temps en dehors du ski pour des distractions. Quelle importance ces moments ont-ils pour vous?
Ils sont très importants. Par exemple, j'aime sortir quand je peux concilier cette envie avec mon emploi du temps. Je suis un athlète de haut niveau, mais j'étais aussi un adolescent et maintenant, je suis un jeune adulte qui veut mener une vie normale, du moins autant que possible. Globalement, j'ai appris à m'adapter assez rapidement. Quand il s'agit d'être sérieux, je suis totalement concentré et affairé. C'est pareil en été, pendant les séances de condition physique: je fais le job. Il y a un temps pour tout.

Dont un pour les loisirs?
Mon exigence à l'entraînement me donne le sentiment agréable de pouvoir m'autoriser une soirée au bord du lac ou entre potes, autour d'une bière, après le travail. J'ai appris à switcher rapidement et systématiquement. Cette qualité est précieuse pendant la saison où vous disputez de nombreuses courses. Il s'agit de zapper très vite, histoire de trouver le bon dosage entre les phases de concentration et de détente.

La capacité à rester relâché malgré la pression, c'est précisément ce qui fait un champion. C'est aussi votre recette?
Oui, je le pense. Vous ne pouvez pas être tendu et concentré du début de la saison à Sölden jusqu'aux finales de la Coupe du monde en mars. Notre équipe, qui est cool, joue aussi un rôle décisif dans ma capacité à déconnecter. Dans une structure privée, je serais beaucoup plus occupé à échanger avec le coach et le responsable matériel, donc limité à des discussions purement professionnelles sur le ski.

Vous n'avez pas changé d'avis sur les structures privées comme celle d'Alexis Pinturault?
Absolument pas!

Votre approche peut-elle être décrite comme «de l'ambition en toute décontraction»?
Ce n'est pas une mauvaise description. Bien sûr, je suis ambitieux dans tout ce qui touche au sport. Même quand il s'agit de choses insignifiantes: au mini-golf, après l'entraînement, je veux aussi gagner. Tous les membres de notre équipe ont cette ambition. Mais il existe des différences entre nous au niveau de la décontraction. Certains la montrent, mais ne l'ont pas vraiment. D'autres ne la montrent pas, mais l'ont en eux. Moi, je ne fais pas semblant.

Vous faites souvent référence à l'équipe de géant. Qu'a-t-elle donc de si spéciale?
Les amitiés qui se sont nouées au fil des ans. Nous sommes très ouverts entre nous et nous nous soutenons mutuellement. L'ambition de chacun nous pousse aussi. Et parfois les bêtises qu'on se raconte. (rires)

Que vous apporte l'amitié en tant que skieur de compétition? Peter Müller, par exemple, se nourrissait plutôt des rivalités internes.
Je suppose que ça dépend de chacun. De nombreux skieurs ne veulent rien avoir à faire avec les autres pendant leur temps libre. Personnellement, je trouve que les amitiés rendent le temps passé ensemble plus agréable et amusant. Et ça me permet de me décontracter, parce que je sais que quelqu'un est là quand les choses ne vont pas très bien.

Plus vous avez de succès, plus vous êtes connu. En percevez-vous les conséquences?
Oui, mes succès m'ont rendu encore plus présent dans les médias. Au niveau international aussi. Toutes les personnes qui ont une affinité avec le ski me connaissent. Je suis de plus en plus reconnu dans les lieux publics.

La popularité n'est pas encore un fardeau?
Ce n'est pas pesant, mais il y a évidemment des moments où cette popularité n'est pas uniquement agréable. Par exemple, les moments où je voudrais avoir de la tranquillité. Je me suis fixé comme règle de prendre du temps pour des autographes ou des selfies pendant la journée, mais je n'en ai pas envie le soir ou quand je sors. Je le dis franchement aux gens. J'admire un Roger Federer qui, même après 20 ans, fait toujours ça avec placidité.

Le Français Alexis Pinturault, avec le grand globe de cristal, avec à côté de lui son dauphin Marco Odermatt, en mars 2021.
Le Français Alexis Pinturault, avec le grand globe de cristal, avec à côté de lui son dauphin Marco Odermatt, en mars 2021. image: keystone

Roger Federer est engagé dans diverses actions humanitaires. En dehors du sport, certains sujets vous préoccupent-ils également?
Je suis intéressé par des sujets très divers et j'ai des centres d'intérêt assez larges. La crise sanitaire, notamment, soulève des discussions animées avec mon entourage. Mais aussi les sujets d'actualité comme la situation en Afghanistan. En voyant de telles images, on peut se sentir très privilégiés d'être suisses.

La question du climat est très présente parmi votre génération. Qu'en est-il pour vous?
Nous vivons ce changement climatique en direct lorsque nous nous entraînons sur le glacier. Mais je ne peux pas et ne veux pas m'aventurer trop loin sur ce sujet. Avec ma profession, je n'ai pas la meilleure empreinte écologique du monde. C'est pourquoi je suis prudent sur les opinions que je donne en public.

Mais êtes-vous sensible à cette question?
Absolument. Ça fait réfléchir. Et j'admire toutes les personnes qui luttent pour le climat. Mais je ne peux pas le vivre à l'échelle 1:1 et je n'ai donc pas la légitimité nécessaire, à mon avis, pour m'exprimer sur le sujet.

Cet été, vous avez fréquenté le centre de performance de votre nouveau sponsor, Red Bull, à Salzbourg. Ce centre est particulièrement réputé. Quelles sont vos premières impressions?
J'y suis resté une semaine, j'ai tout observé, je me suis entraîné et j'ai réalisé mes tests sur place. J'ai été impressionné par l'ambiance familiale et la gentillesse des gens. Tout le monde essaie de vous soutenir. Cet esprit est génial! Mais il ne faut pas en attendre des miracles. Chez Swiss Ski, nous sommes déjà très bien placés en termes de diagnostic de performance et nous travaillons de manière très professionnelle. En fin de compte, même au Centre Red Bull, un haltère de 20 kilos pèsera toujours 20 kilos.

Quelles conclusions avez-vous tirées de cette expérience?
J'y étais avec mon préparateur physique de Swiss Ski. C'était très important pour moi, dans le but de créer une collaboration et non deux systèmes concurrents. Pour le moment, je n'envisage pas un changement de staff, en engageant par exemple des experts de Red Bull. Mon équipe actuelle me convient très bien. Mais tout ceci me donne des alternatives pour l'avenir.

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