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Jet Set tout sourire. L'hongre de 14 ans a malheureusement dû être endormi dimanche après une déchirure du ligament aux Jeux olympiques de Tokyo.
Jet Set tout sourire. L'hongre de 14 ans a malheureusement dû être endormi dimanche après une déchirure du ligament aux Jeux olympiques de Tokyo. Image: capture d'écran twitter
Interview

«Après l'euthanasie de Jet Set, mes collègues m'ont soutenu moralement»

Contraint d'euthanasier Jet Set, le cheval de Robin Godel, Dominik Burger a été mis sur le devant de la scène aux JO, bien malgré lui. Le vétérinaire bernois nous parle de son indispensable travail de l'ombre.
03.08.2021, 11:5603.08.2021, 17:55
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L'histoire a beaucoup ému en Suisse et sur les réseaux sociaux. Jet Set, le cheval du Fribourgeois Robin Godel, a dû être euthanasié dimanche. Il s'est déchiré un ligament d'une patte à cause d'une mauvaise réception après un saut lors de l'épreuve de cross-country. Le vétérinaire de l'équipe suisse Dominik Burger n'a malheureusement pas eu d'autre choix que d'endormir l'hongre de 14 ans, qui aurait trop souffert le reste de sa vie.

Le Bernois s'est retrouvé de manière inattendue sous le feux des projecteurs. L'occasion d'aborder avec lui son rôle peu connu, habituellement loin de la lumière, mais crucial.

Les chevaux qui participent aux JO sont des athlètes de haut niveau. Quels soins leur apportez-vous en plus par rapport aux autres chevaux?
Dominik Burger: Je planifie, je travaille surtout dans la prévention et l’entraînement. Je ne suis pas un vétérinaire qui ne fait que manier du matériel chirurgical. On réfléchit par exemple à comment vacciner les chevaux, on collabore avec le maréchal ferrant pour optimiser les sabots, ce qui est très important pour les articulations des animaux. On effectue aussi des radios des chevaux pour les ferrer au mieux. Je suis aussi beaucoup plus impliqué dans les entraînements, en mesurant notamment la fréquence cardiaque des animaux et en analysant périodiquement leur évolution à l'entraînement, histoire aussi de prévenir quand la charge devient trop grande. Je dois également gérer les transports, comme ceux vers Tokyo, par exemple. Pour augmenter la résistance des chevaux durant les voyages, on leur donne de la vitamine C. J'ai un rôle de coordinateur entre les différents thérapeutes et protagonistes de l'équitation. L'objectif est d'anticiper tout problème pour ne pas avoir à le traiter ensuite. Ça doit permettre au cavalier de monter dans les meilleures conditions, d'être en confiance. On aide le cavalier et son cheval sur le plan mental aussi. D'une certaine façon, on est un peu l’avocat du cheval.

«Avocat du cheval», cela sous entend-il que les attentes qui pèsent sur les chevaux sont trop grandes et que vous les tempérez pour préserver la santé des animaux?
Je peux imaginer que de telles situations existent. Mais depuis 31 ans que je fais ce travail, je n’ai personnellement jamais vécu ça. C’est plutôt le contraire: Quand le cheval a une toute petite blessure, les cavaliers ont peur de forcer. Alors je leur dis: «Ce n'est pas un problème grave, tu peux y aller!» Je crois aussi qu'en Suisse, la jeunesse a une belle sensibilité à la cause animale. C’est une question culturelle.

Suivez-vous ces chevaux de haut niveau durant toute l'année?
Oui, à travers les entraînements. Certains chevaux sont aussi des locaux. Jet Set habitait par exemple à Avenches, à seulement deux kilomètres de chez moi. On a aussi des chevaux en Allemagne du Sud que je vois moins souvent, mais qui sont traités par d’autres vétérinaires. C’est important que j’aie une bonne relation avec ces derniers. Je les croise lors des entraînements et aux compétitions. Et parfois, je fais des visites. En plus de mon travail de vétérinaire, je suis aussi chef d’équipe de la Suisse au concours général. Ce rôle m'incite à prospecter pour sélectionner de jeunes cavaliers et de jeunes montures. Je n’attends pas de les connaître une fois qu'ils sont au top niveau, histoire de prendre les bons plis dès le début et ne pas devoir leur dire plus tard: «Vous avez fait tout faux!». Ça me permet aussi de connaître rapidement les chevaux.

Comment s'organisent les vétérinaires concrètement aux JO de Tokyo?
La délégation suisse en compte trois: un pour le dressage, un pour le saut d'obstacle et un autre, moi, pour le concours général. Chaque vétérinaire s'occupe de ses chevaux, mais on s’entraide. Par exemple, on a des caisses communes de médicaments. On se les partage, et c'est seulement après qu'on fera les comptes.

Il y a aussi une collaboration entre les équipes nationales?
Oui, c’est une famille fascinante, dans laquelle on se tient les coudes. Le vétérinaire italien est un ami, par exemple. On a tellement vécu de choses ensemble. Par exemple, lors de l'euthanasie de Jet Set, j'ai été soutenu par mes collègues. Dans ce cas, on ne pouvait rien faire pour sauver le cheval, mais dans des situations moins graves, ça m'arrive de consulter les vétérinaires d'autres nations pour leur demander leur avis.

L'une des dernières photos de Jet Set, monté par Robin Godel lors du cross-country des JO le 1<sup>er </sup>août.
L'une des dernières photos de Jet Set, monté par Robin Godel lors du cross-country des JO le 1er août. Image: keystone

A votre avis, les chevaux de compétition sont-ils trop poussés dans leurs limites? Ce qui pourrait expliquer certaines blessures...
Il peut y avoir des accidents, mais on fait tout pour les éviter: on adapte les règlements, on fait attention au terrain, au matériel, aux obstacles et aux chevaux. On est extrêmement sensible à ça. Il n’y a rien de pire que ce qu’il s’est passé avec Jet Set, parce que maintenant, le public se demande: «Mais qu’est-ce qu’ils font avec ces pauvres chevaux?» Ce qui est très important, c’est la formation des cavaliers. Si le cavalier ne connaît pas bien son sujet ou s'y prend mal en montant, en allant par exemple trop vite sur l’obstacle, il peut se passer quelque chose de dangereux. La sécurité concernant les obstacles est un débat constant dans les fédérations.

Le parcours de l'épreuve de cross-country des JO de Tokyo n’était-il pas trop dangereux?
Non, absolument pas. J’ai trouvé que c’était un très bon parcours. La blessure de Jet Set n’était pas non plus la faute de son cavalier. C’était de la malchance.

Quand rentrez-vous en Suisse?
Je reviendrai jeudi. Mon mandat à Tokyo se terminera dans la nuit de mercredi à jeudi, quand les chevaux seront installés dans leurs containers, dans les soutes des avions. A partir de ce moment, c'est une professionnelle qui en prendra soin. Je terminerai mes sixièmes JO, après Barcelone en 1992, Atlanta, Athènes, Pékin et Rio. J'espère continuer encore un moment, même s'il faut gentiment aussi laisser la place à la relève.

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