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image: keystone/shutterstock
Interview

«Les ligues doivent imposer des règles aux clubs sur les transports»

Manchester United et le PSG critiqués pour avoir pris l'avion sur de très courtes distances et Sebastian Vettel qui s'inquiète pour l'avenir de la F1: Pour soigner son image et perdurer, le sport professionnel doit changer. Neil Beecroft, spécialiste en durabilité, sonne l'alarme.
22.10.2021, 12:4422.10.2021, 17:18
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Dix minutes. Le temps passé par les joueurs et le staff de Manchester United dans leur avion samedi dernier. Les Red Devils ont décidé de rejoindre Leicester par les airs, une ville distante de 175km, où ils jouaient un match de Premier League. Les critiques ont été nombreuses et virulentes cette semaine sur les réseaux sociaux.

Elles dénoncent une aberration écologique d'un club qui s'est pourtant engagé dans des programmes de durabilité. Au début du mois, le Paris Saint-Germain (PSG) avait fait face à la même colère populaire quand il avait annoncé vouloir aller à Rennes (309 kilomètres) par les airs.

Il y a dix jours, le pilote allemand de Formule 1 Sebastian Vettel a aussi créé un choc en affirmant que la F1 disparaîtra si elle ne devient pas plus verte. L'expert en développement durable Neil Beecroft – responsable de ce secteur au tournoi de golf international de Crans-Montana (VS) et à l'Euro 2016 – en est certain: pour perdurer, le sport professionnel doit changer. Interview.

Comme Sebastian Vettel l'imagine, la Formule 1 risque-t-elle vraiment de disparaître si elle ne devient pas plus verte?
NEIL BEECROFT:
Ce qui est intéressant, c'est de constater que la Formule 1 est de plus en plus mise en concurrence avec des sports émergents et davantage éco-responsable, comme la Formule E (voitures électriques) par exemple. Comme d'autres événements sportifs ou fédérations par le passé, elle a perdu son statut de too big to fail (en français: «Trop grand pour tomber»). Chaque année, le soutien financier pour ces nouveaux sports augmente. Certes, il y a encore une clientèle friande de F1, mais la transition se fait rapidement. La F1 sera contrainte de s'adapter, ce qu'elle fait d'ailleurs déjà en intégrant des aspects mécaniques hybrides et électriques. Sinon, elle pourrait être remplacée ou fortement remodelée.

Quelle est votre réaction en voyant Manchester United et le Paris Saint-Germain prendre l'avion pour de si courtes distances?
Ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est le débat public autour de cette pratique. Pour qu'elle cesse, les pressions externes comme il y en a eu sur les réseaux sociaux sont nécessaires. Dans quelques années, on ne pourra plus justifier un vol sur une si courte distance. Alors pourquoi ces clubs ne changent-ils pas tout de suite? Les fédérations et les ligues ont un rôle à jouer: elles doivent fixer des règles. Pas seulement sur ce qu'il se passe sur le terrain, mais aussi en dehors, et notamment sur les moyens de transport. Le changement doit aussi venir du haut.

Manchester United et le PSG sont tous deux engagés dans des programmes de durabilité. Comment expliquer leur attitude paradoxale?
A l'interne de ces grands clubs et fédérations, il y a des grands débats et des visions différentes. J’imagine que le ou la responsable durabilité de Manchester United était contre ce vol en avion, mais son avis n'a finalement pas pesé suffisamment dans la balance. Et si le club ne s'est pas posé de question au moment de réserver ce vol, je vous garantis qu'il le fera la prochaine fois. Et peut-être que dans peu de temps, il ne voyagera plus du tout en avion sur une si courte distance. Cette pression externe du public va aider ceux et celles qui travaillent au développement durable dans les clubs.

De manière générale, constatez-vous une hausse de la pression populaire et des sponsors au sujet de la durabilité sur les organisateurs d'événements sportifs?
Pas suffisamment de la part des institutions qui financent l'événementiel sportif.

«Le changement vient plutôt des dirigeants et dirigeantes, qui prennent leurs propres initiatives. C'est à ce niveau que j'observe une transition rapide»

Je vis ça avec mon activité pour l'Omega Masters de Crans-Montana, par exemple. C'était aussi le cas lors de l'Euro 2016. Les autorités cantonales mettent aussi à disposition des guides de durabilité pour les organisateurs. Il faut maintenant que les sponsors et tous ceux qui financent les manifestations prennent conscience qu'ils ont du poids pour exiger des changements. De son côté, la société civile a réagi via des organisations comme Extinction Rebellion et le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui a plombé la candidature des Jeux olympiques de Sion 2026, par exemple.

«Je pense aussi que la crise du Covid-19 a permis une prise de conscience de l'importance de la durabilité, en montrant que des facteurs externes peuvent influencer la compétition. On a tiré la leçon qu'une situation sanitaire très grave signifie l'arrêt complet du sport et de son industrie»

Et si un jour il fait 45 degrés, il n’y aura peut-être plus de football. Alors on construit des stades climatisés, mais si on veut un sport pratiqué mondialement, par la jeunesse et de manière pérenne, la durabilité doit devenir la priorité.

Cette nouvelle sensibilité des organisateurs d'événements sportifs pour l'écologie, la remarquez-vous concrètement au sein de votre groupe de travail The SHIFT?
Oui, il y a une augmentation du nombre de demandes d'expertise qu’on reçoit et de projets qu’on met en place. Actuellement, on a entre 10 et 15 mandats répartis entre quatre collaborateurs et collaboratrices et le double d'experts externes. On travaille par exemple sur les Jeux olympiques, l'Ultra-trail du Mont-Blanc et des compétitions de ski à l'international. On tente de «recycler» des idées qu'on avait pour Sion 2026 à l'étranger. Le sport est très conservateur, mais quand il active un levier de changement, tout peut aller très vite.

«L’événementiel sportif ne sera jamais totalement vert, parce que le meilleur moyen d’avoir un événement vert, c’est de ne pas l'organiser du tout. Par contre, le sport peut laisser un héritage et surtout être un accélérateur de l’innovation en matière de durabilité»

On entend souvent que le sport est le miroir de la société.
Oui, c'est une vitrine où peut se développer un débat public. En 2019, deux motions parlementaires voulaient interdire les vols d'avion internes en Suisse. Aujourd'hui, la question est relancée à travers les cas de Manchester United et du Paris Saint-Germain, et plus généralement à travers le sport, qui a le potentiel d'influencer les autres sphères de la société.

Depuis cette année, le Masters de golf de Crans-Montana ne distribue plus de bouteilles pet. Il a installé des fontaines à eau.
Depuis cette année, le Masters de golf de Crans-Montana ne distribue plus de bouteilles pet. Il a installé des fontaines à eau.keystone

Que doit faire le milieu sportif pour devenir encore plus vert?
Il faut que ceux qui financent les événements sportifs arrivent à imposer leurs désirs en matière de durabilité aux organisateurs. J'ai aussi beaucoup d’espoir dans l’innovation, avec des start-up comme Too Good To Go (elle met en contact via une application les utilisateurs avec des commerces pour favoriser la consommation d'invendus) qui collaborent avec l'événementiel. Cette entreprise était par exemple présente à Paléo, on regarde maintenant pour l’amener sur des événements sportifs.

«Il s'agira aussi d'adopter une mobilité intelligente. Aux Jeux olympiques de la jeunesse à Lausanne, les athlètes voyageaient en train, par exemple»

Il faudra aussi être capable de développer l'économie circulaire, en réutilisant des infrastructures et des objets déjà existants, et en les recyclant après leur utilisation. Finalement, l'environnement doit s'allier aux autres causes sociales, comme l'inclusion et l'égalité des genres.

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