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Jeux olympiques

Clarey, Federer, Ibra: quel est le secret des papys du sport?

Ce lundi, Johan Clarey est devenu à 41 ans le plus vieux skieur médaillé aux Jeux olympiques. Samedi, Kelly Slater a remporté une compétition de surf à 50 ans. Fin janvier, c'est Sébastien Loeb qui empochait le rallye de Monte-Carlo à 47 ans. Sans parler de Federer, Tom Brady ou Zlatan Ibrahimovic. Comment font-ils?
08.02.2022, 11:3108.02.2022, 22:32
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Ce week-end, Kelly Slater aurait pu se préparer tranquillement à fêter ses cinquante ans, un cap qu'il franchira dans trois jours. A la place, la légende du surf bataillait à Hawaï pour remporter la première manche du circuit pro 2022. Quelques heures plus tard, à Pékin, c'est le Français Johan Clarey, 41 ans, qui est devenu le plus vieux médaillé olympique en ski alpin en décrochant la deuxième place de la descente derrière Beat Feuz.

Début février, Tom Brady, légende du football américain, annonçait sa retraite à 44 ans, un an seulement après avoir gagné son septième Superbowl. Une semaine plus tôt, Sébastien Loeb, 47 ans, triomphait au rallye de Monte- Carlo. Vous l'aurez compris, les quadragénaires ont la forme. Et on ne cite même pas Federer, bientôt 41 ans, qui prépare son retour sur les courts ou Zlatan Ibrahimovic qui veut prolonger son contrat à l'AC Milan jusqu'en 2023, où il aura 42 ans.

Les facteurs qui permettent de durer

«La durée de vie des sportifs s'allonge. En deux décennies, on a gagné 10 ans», confirme Patrick Flaction, préparateur physique d'athlètes de haut niveau, notamment de Lara Gut-Behrami pendant près de 15 ans. A ses yeux, l'amélioration de l'entraînement permet au corps des sportifs de rester performant plus longtemps et de mieux récupérer.

«Je ne sais pas où est la limite, mais je pense que des exploits seront possibles de plus en plus tard»
Patrick Flaction, préparateur physique

Le coach souligne également l'importance des progrès technologiques. «En ski, notamment, on peut jouer sur le matériel pour compenser un déficit physique lié à l'âge. En tennis, on a vu Federer changer de raquette pour cette même raison.»

Pour Raphaël Nuzzolo, bientôt 39 ans au compteur, l'alimentation joue un rôle primordial. «Prendre soin de son corps à 25 ou 26 ans, cela paie plus tard», affirme l'attaquant de Neuchâtel Xamax. Mais à écouter le joueur, l'âge est aussi dans la tête:

«C'est le public, les journalistes, qui vous fixent une limite. Dès que l'on dépasse les 32 ou 33 ans, les gens ont l'impression que c'est la fin»
Raphaël Nuzzolo

En décembre dernier, le rugbyman Maxime Médard, 35 ans (un gamin), confiait à L'Equipe son secret pour durer: la gestion des émotions. Gérer notamment le fait de voir ses capacités physiques diminuer et la concurrence d'athlètes plus jeunes augmenter. «Quand on arrive à un certain âge, il faut d’abord accepter toutes ces évolutions sans se sentir frustré, stressé ou en colère. À partir de là, on peut apprendre à s’adapter, en faisant évoluer son jeu, en affinant sa préparation, en soignant sa récupération, etc.»

Le sommeil est également l'une des clés pour durer. «Pour bien récupérer, rien ne remplacera jamais le sommeil. Même pas la glace, les bains froids ou les massages», assurait Lebron James en 2019. Et il n'est pas le seul à suivre ce mode de vie. Roger Federer doit, lui aussi, le prolongement de sa carrière à son oreiller:

«Si je ne dors pas 11 à 12 heures par jour, je me blesse»
Roger Federer

Comment rester motivé?

A 40 ans passés, quand on a bien garni son palmarès et son compte en banque, comment garder l'envie de continuer à se «faire mal» tous les jours à l'entraînement? «La motivation est personnelle. Il ne faut pas oublier que ces mecs sont des chiens de compétitions. C'est viscéral, chez eux, ils ne peuvent pas perdre», observe Patrick Flaction.

«Quand on est compétiteur, on a envie de continuer le plus longtemps possible»
Raphaël Nuzzolo

Le préparateur physique pointe également un autre aspect: la peur de quitter le monde dans lequel on baigne depuis toujours. «Quand on vit une vie aussi palpitante que celle d'un sportif d'élite, c'est difficile d'arrêter.»

Maxime Médard tient le même discours. «Il y a de plus en plus de sportifs qui refusent de raccrocher. L'une des raisons est la difficulté à renoncer aux avantages financiers et à de nombreux privilèges qui vont de pair avec le statut de sportif de haut niveau.» Il ajoute:

«L’autre raison de la course à la longévité est liée à l’ego. De nos jours, les réseaux sociaux vous montent si vite et si haut, que beaucoup ont peur de passer du jour au lendemain de la lumière à l’ombre»
Maxime Médard, rugbyman, cité par L'Equipe

Pour Raphaël Nuzzolo, en dehors d'une éventuelle grosse blessure, la motivation est surtout une question de choix personnels: «Jusqu'à quand a-t-on encore envie d'aller à l'entraînement tous les jours? De faire attention à son alimentation? De faire "subir" ça à sa famille?», s'interroge-t-il.

L'attaquant de Neuchâtel Xamax confie que le fait d'avoir dépassé la date de péremption imaginée par le public joue aussi un rôle. «C'est une source de motivation, on a envie de montrer que malgré les années, on a encore le niveau, notamment physique, de jouer avec des jeunes de 20 ans.»

Que gagne-t-on à vieillir?

Mais les super-vieux font mieux que résister, ils continuent de gagner. Comment l'expliquer? «Si on peut maintenir la qualité physique suffisamment longtemps, l'expérience devient un facteur que l'on peut exploiter pour influencer la performance», analyse Patrick Flaction. Affirmant que l'expérience amène une plus grande sérénité et une meilleure analyse des situations, il simplifie:

«Vous êtes plus malins avec l'âge»
Patrick Flaction, préparateur physique

Raphaël Nuzzolo approuve: «Tu as tellement vécu, tellement appris sur le jeu, que si ton physique suit, tu maîtrises beaucoup mieux ton sport.» Ce qui permet d'être plus performant, mais aussi de prendre davantage de plaisir, selon lui.

Autre bénéfice de l'âge: la possibilité de se focaliser sur les moments qui comptent. «On ne s'entraîne plus comme à 20 ans, où l'on a des choses à prouver. En vieillissant, on se concentre sur la compétition», précise le joueur.

Coach mental de footballeurs et de tennismen, Dominique Lucas décryptait les avantages de l'âge dans L'Equipe. «Les grands champions, comme Federer et les autres qui durent, ont acquis une grande estime d’eux, la faculté mentale à surmonter chaque étape difficile et un instinct de survie qui leur fait soulever des montagnes.» Il poursuivait:

«Ils ont mis en place autour d’eux une sorte de bulle qui les protège et les rend quasiment imperméables à la pression et à la concurrence»
Dominique Lucas, coach mental

En clair, les petits jeunes peuvent se faire des cheveux blancs, car les papys du sport ont encore de beaux jours devant eux.

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