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Pour Alan Shearer, «Benzema ne peut pas évoluer au plus haut niveau, marquer autant de buts, pendant autant d'années, sans être brillant techniquement».
Pour Alan Shearer, «Benzema ne peut pas évoluer au plus haut niveau, marquer autant de buts, pendant autant d'années, sans être brillant techniquement».keystone

Les 3 raisons pour lesquelles Benzema est meilleur que jamais

Auteur d'un nouveau triplé contre Chelsea (1-3), l'attaquant français du Real Madrid est méconnaissable aux yeux de ses observateurs de toujours. Extraits.
07.04.2022, 12:2607.04.2022, 13:11

Pour sa treizième saison au Real Madrid, Karim Benzema pèse 37 buts en 36 matchs. Mais si cette stat est parlante, elle ne dit rien de sa contribution à l'effort de construction. Absolument rien de l'évolution d'un ex-caillera introverti, comme il fut décrit à l'excès par une partie de la France.

Non content de réussir un nouveau triplé de haut vol (deux buts splendides de la tête) sur la pelouse de Chelsea, «Big Ben», comme l'a appelé The Sun, a exercé sur ses semblables une influence que presque aucun joueur au monde ne peut revendiquer actuellement: relais, appuis, utilisation de la profondeur et des petits espaces, maîtrise des rythmes. Mais aussi, à titre personnel: détente verticale, touché, timing, prise d'information....

«Karim montre quelques qualités qu'on ne lui connaissait pas forcément à son arrivée à Madrid», suggère Guti dans Marca. En voici trois qui semble sortir du lot.

L'influence sur le jeu

C'est Alan Shearer, un No9 à l'ancienne mais parmi les plus copiés du football anglais, qui le décrit le mieux dans The Athletic:

«Tant que les gens n'ont pas observé Benzema de près, ils ne peuvent pas voir son fond de jeu et sa capacité à inclure les autres dans la manœuvre. Benzema a cette facilité de décrocher dans le bon tempo, de donner une nouvelle orientation au jeu, comme Harry Kane le fait aussi en ce moment. Mais l'essentiel pour un avant-centre, c'est que cette activité ne nuise pas à son rendement devant le but. Ce n'est le cas ni de Benzema, ni de Kane. Ils sont les seuls actuellement à pouvoir assumer ce dépassement de fonction.»

Démonstration 1/2

Benzema (cercle) vient chercher un ballon à mi-terrain en attirant un défenseur avec lui (traitillés).
Benzema (cercle) vient chercher un ballon à mi-terrain en attirant un défenseur avec lui (traitillés). The athletic

Démonstration 2/2

Benzema (cercle de droite) pivote et lance Vinicius dans la profondeur (cercle de gauche) pile dans le bon temps. Piégés dans leur dos, les défenseurs sont mis hors de position en une passe.
Benzema (cercle de droite) pivote et lance Vinicius dans la profondeur (cercle de gauche) pile dans le bon temps. Piégés dans leur dos, les défenseurs sont mis hors de position en une passe. the athletic

Alan Shearer cible deux qualités fondamentales: la technique et le déplacement. Sur le premier point, il rappelle que «Benzema ne peut pas évoluer au plus haut niveau, marquer autant de buts, pendant autant d'années, sans être brillant techniquement».

Concernant le déplacement, il s'appuie sur son vécu pour expliquer: «Le travail d'un attaquant consiste à trouver des espaces autour de la zone des 18 mètres, sous la surveillance plus ou moins constante de deux ou trois joueurs. Comment trouver cet espace? Il faut se faire tout petit, tout gentil, puis être malin et incisif, voir la brèche une ou deux secondes avant les autres. Parfois, Benzema reste longtemps sans bouger, puis sur un mètre, sur un seul déplacement, il déclenche toute une agitation autour de lui.»

La personnalité

Quand il l'a accueilli au Real Madrid, José Mourinho l'a envoyé à la niche parce qu'il «n'était pas un chien de chasse, mais un chat», sous-entendu un minet de salon. «Maintenant, je suis un lion», s'est écrié Benzema en 2019, sans remords ni rancune.

Le minet de salon avant qu'il ne devienne un lion.
Le minet de salon avant qu'il ne devienne un lion.

Carlo Ancelotti, son entraîneur actuel, a encore souligné cette transformation mercredi: «Je dresse chaque semaine le même constat: Karim s'améliore comme le bon vin. Il est de plus en plus un leader dans l'équipe, dans le groupe, et je pense que c'est la plus grande différence avec le passé. Il montre davantage sa personnalité. Il sait qu'il est très important pour nous et il veut montrer l'exemple. Il est l'exemple.»

A l'origine, Karim Benzema est un taiseux et un timide, jailli d'une banlieue lyonnaise avec une démarche chaloupée, casquette à l'envers sur une tête bien dure. Il passait facilement pour un ado distant, voire hautain. «Etre calme ne veut pas dire que je suis froid», s'était-il défendu. Les louanges qu'il reçoit aujourd'hui, la gratitude de ses coéquipiers, dépeignent un tout autre personnage, impliqué, affirmé, enjoué. En quelques mots justes, Benzema transcende l'expression collective.

Même Mourinho ne reconnaît plus son petit chat: «Karim fait beaucoup pour chaque attaquant qui joue autour de lui. Karim est probablement le seul numéro 9 que je connaisse qui n’est pas égoïste dans son jeu. Sa vision est incroyable. Il aime beaucoup sa liberté et il en fait un très bon usage.»

Le physique

A 30 ans, le Lyonnais a tout changé. Il s'est astreint à un programme individualisé. Il a fait construire un spa et une salle de musculation dans sa propriété. Il a engagé un coach personnel et un diététicien à plein temps, Alberto Mastromatteo, qui lui prépare des plats sans matière grasse. A 34 ans, il n'est jamais paru aussi tonique et endurant.

Bien avant le miroir de la salle de bain, son jeu de tête est le plus exact reflet de ses efforts. Ce jeu était fébrile, imprécis. Il est devenu solide et complet. Benzema le reconnaît lui-même dans un entretien à L'Equipe: «Je n'avais pas d'abdos, c'est pour ça. C'est vrai que maintenant je prends beaucoup de ballons de la tête. Marquinhos saute très haut et j'étais bien contre lui.»

Démonstration

Face au PSG, Benzema saute plus haut que Marquinhos, référence du genre et 7 ans de moins.
Face au PSG, Benzema saute plus haut que Marquinhos, référence du genre et 7 ans de moins. Image: AP

Benzema est lucide sur les raisons de ce changement: «La différence, c'est qu'aujourd'hui, je fais beaucoup de travail de gainage, d'abdos, et donc je me rends compte que je saute plus haut que les gars. Ensuite, pour la précision, c'est comme dans mon jeu, je ne suis pas un bourrin. Donc je saute, et ensuite je sais s'il faut piquer ou s'il faut mettre en cloche. Faire une tête, ce n'est pas fermer les yeux et mettre un coup. »

Vincent Duluc, qui l’a vu grandir à Lyon, écrit dans L'Equipe de mercredi:

«La première fois qu'on l'a vu marquer en Ligue des champions, il y a plus de seize ans, Karim Benzema était un post-adolescent un peu frêle qui rêvait de devenir Ronaldo, le Brésilien, et sur le berceau duquel on savait déjà que plusieurs fées s'étaient penchées. Ce n'est pas seulement la longévité qui impressionne: c'est le sentiment, presque, que l'histoire de sa domination absolue sur le jeu ne fait que commencer, puisqu'il n'a jamais été aussi fort. C'est ce qu'on dit toujours dans ces cas-là, mais franchement, s'il a déjà été aussi fort, quand?»

Duluc s'émerveille encore de ce premier but où Vinicius adresse un centre trop fort, trop haut: Benzema «n'a que la tête à opposer, comme un réflexe, mais le réflexe dit tout ce que son corps a été préparé à faire sans réfléchir, et le ballon file sous la barre».

Récemment, dans une discussion philosophique agrémentée de profiteroles, Lucien Favre nous répétait avec passion qu'on «n'a jamais fini d'apprendre et de progresser dans la vie, surtout, et paradoxalement peut-être, quand on est un super footballeur». Désormais, il existe un exemple concret pour appuyer cette théorie.

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