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Après avoir déboursé 400 millions d’euros pour racheter les contrats de Neymar (222) et Mbappé (180), le PSG n’aura aucune indemnité à verser à Lionel Messi.
Après avoir déboursé 400 millions d’euros pour racheter les contrats de Neymar (222) et Mbappé (180), le PSG n’aura aucune indemnité à verser à Lionel Messi.Shutterstock
Mercato

Même surpayé ou déprimé, Messi est une affaire en or

En dépit d'un déficit abyssal, le Paris Saint Germain met tout en oeuvre pour engager Lionel Messi, avec la certitude de réussir un grand coup politique et financier. Explications.
10.08.2021, 07:3910.08.2021, 15:39

L'arrivée imminente de Lionel Messi au Paris Saint-Germain, au prix d'une grande créativité comptable et pour un salaire annuel de 40 millions d’euros, peut paraître insensée en regard de la situation du club, qui anticipe un exercice déficitaire (250 à 300 millions d’euros).

L'opération est également un sacrifice pour Messi, dont le salaire à Barcelone atteignait 74,9 millions d’euros, hors bonus.

Mais l'occasion est unique

A double titre:

  • Ce transfert n’est possible que grâce à l'assouplissement du fair-play financier. En raison du Covid et à titre provisoire, l’UEFA n'exige plus l'équilibre des coûts et des recettes. L'émir du Qatar, propriétaire du PSG, en profite pour dépenser à l'envi, même s'il devra rendre des comptes dans un an - d'où les difficultés actuelles de ses comptables.
  • Lionel Messi est libre. C'est à dire qu’après avoir déboursé 400 millions d’euros pour racheter les contrats de Neymar (222) et Mbappé (180), le PSG n’aura aucune indemnité à verser pour Messi, uniquement une prime à la signature - qui pourrait néanmoins atteindre 20 millions d’euros. L’an dernier, tandis que l’Argentin était fâché avec la direction du Barça et frétillait devant les avances du PSG, la clause de départ était encore fixée à 200 millions d’euros...

Une super affaire

Surtout, pour 40 millions d’euros, «Messi est une aubaine», explique Vincent Caillet, délégué général de l'Union Sport et Cycle, à l’AFP:

«On n’a pas idée du coup exceptionnel que pourrait réaliser le PSG. Avec Messi, on est sur une autre planète, c'est stratosphérique. On parle d’un événement comme il s’en est produit un ou deux dans le football, avec les arrivées de Maradona à Naples ou de Zidane au Real. Messi amène une dimension sportive, financière et diplomatique incomparable. L'opération est très réaliste si l’on tient compte des revenus qu'elle générera. Elle conforte le PSG dans son ambition, son statut, de franchise internationale. Pour moi, Messi est le deuxième étage de la fusée, après dix années de mise en place.»

Forbes classe le PSG parmi les cinquante marques les mieux valorisées du sport professionnel, devant le Real, le Barça, le Bayern ou encore Manchester City. En tant que valeur émergente, Paris revendique un fort attrait auprès des jeunes - d’où son intérêt actuel pour Paul Pogba, l’un des footballeurs les plus suivis au monde sur les réseaux sociaux, également contacté par l'émir.

Paul Pogba, l'autre cible du PSG.
Paul Pogba, l'autre cible du PSG.Image: EPA

«Ça peut sembler paradoxal vu son âge (34 ans) mais Messi incarne l'avenir, à la fois économique et sportif, du PSG, poursuit Vincent Caillet. Son arrivée associerait trois marques iconiques: Paris, Jordan (l'équipementier du PSG, sous pavillon Nike ) et Messi.»

Au-delà des avantages purement sportifs, c’est pour asseoir sa réputation de nouveau riche internationale que le PSG avait recruté David Beckham et Zlatan Ibrahimovic, avant de s'assurer chèrement la fidélité de Neymar (36 millions d’euros par an) et Mbappé (25).

Messi propulse la fusée dans un autre univers. Son rayonnement socio-économique est sans commune mesure avec celui de ses prédécesseurs au PSG.

  • A lui seul, l'Argentin compte deux fois plus d’abonnés sur Facebook (92 millions) que le PSG (43), bien davantage que Neymar (71) et Mbappé (12).
  • Messi est le deuxième sportif le mieux payé au monde après Conor McGregor (MMA), loin devant Cristiano Ronaldo, LeBron James et Roger Federer.
  • Ses revenus extrasportifs atteignent 28 millions d’euros par an, autant que Neymar (16,15) et Mbappé (11,9) réunis.
  • A Barcelone, Messi générait à lui seul 200 millions d’euros de chiffre d'affaires par an, soit 30% des recettes.
Lionel Messi pourrait «peser» 300 000 maillots vendus.
Lionel Messi pourrait «peser» 300 000 maillots vendus.Image: AP

La proportion ne sera vraisemblablement pas la même au PSG, mais les experts en marketing interrogés par Bloomberg et l’AFP anticipent «une hausse mécanique des revenus additionnels», que ce soit dans la billetterie (même si le Parc des Princes affiche déjà complet), l’hospitalité (tarifs ajustés), la vente de maillots (environ 300 000 pièces supplémentaires), le merchandising (croissance de 15 à 25%), le sponsoring (augmentation des prix de 20 à 30 %), les partenariats à l'étranger (Asie, États-Unis) et les tournées d’été.

Avec le transfert de Messi, Paris ne fait pas que renforcer son attaque: il envoie un signal fort au monde du football et au sport-business en général.

Quels sont les risques?

Jusqu'à sa rupture brutale avec Barcelone, Lionel Messi était l’homme d’un seul club. Il pourrait entacher sa réputation de joueur «normal», sage et loyal, en épousant la culture jet-setteuse du PSG.

Un spécialiste pondère

«Sa relation au Barça semblait fusionnelle mais la fidélité se raréfie dans tous les sports collectifs. Voyez LeBron James en NBA ou Tom Brady en NFL»
«Chez les jeunes, on constate parfois un attachement plus grand au joueur qu'à son organisation»
Jean-Philippe Danglade, directeur de départements à la Kedge Business Schoo, dans L’Equipe
Les larmes de Messi à l'heure de quitter Barcelone.
Les larmes de Messi à l'heure de quitter Barcelone.

À 34 ans, Lionel Messi en a passé plus de vingt au Barça, où tout tournait autour de lui – comme l’Indien tourne autour du feu, parce qu’il est sacré. Les joueurs étaient à sa botte, les dirigeants à ses pieds. Barcelone tout entier gravitait autour de ce petit être étrange, aussi inhibé dans l’exercice oratoire qu’extravagant dans son expression technique. Messi, timide et casanier, peut-il s'adapter à son nouvel environnement?

«Un échec sportif à Paris gâcherait sa fin de carrière et remettrait peut-être en question son statut de présumé meilleur joueur de l'histoire, surtout si Ronaldo termine en beauté. À l'inverse, remporter la Ligue des champions avec le PSG serait un aboutissement exceptionnel»
Jean-Philippe Danglade

Reste la question plus incertaine des accointances et des egos. Neymar avait quitté Barcelone pour s’affranchir de la tutelle de Messi. Ces deux dernières années, il a œuvré activement à la venue de son ami, quand il n’a pas menacé de le rejoindre au Barça. Messi et Neymar peuvent-ils collaborer à nouveau sans prendre ombrage de leur émancipation respective, ni exclure leurs propres coéquipiers?

Neymar-Messi aimaient beaucoup jouer ensemble.
Neymar-Messi aimaient beaucoup jouer ensemble.

Plus jeune, mais peut-être plus ambitieux, Mbappé s’imagine en figure iconique du projet parisien, titi dégourdi, enfant de Bondy projeté au sommet de la Tour Eiffel, et postule au statut de meilleur joueur du monde. Autant de talents singuliers peuvent-ils rester sur la même ligne (probablement un 4-3-3, voire un 4-2-3-1), et cohabiter sans heurts?

La fortune de Messi

En septembre 2020, Lionel Messi est devenu le deuxième footballeur de l'histoire (après Cristiano Ronaldo) à dépasser le milliard de dollars de gains en carrière. Dans son dernier recensement, Forbes estime la fortune de l’Argentin à 600 millions de dollars. La prospérité du sextuple Ballon d'Or repose, outre son salaire, sur de nombreux contrats publicitaires (Mastercard, Pepsi Adidas).

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Quand on leur demande si un bon sportif fait forcément un bon politicien, ils répondent un peu gênés que ce n'est pas toujours le cas, qu'il n'y a pas de règle universelle en la matière, mais tous conviennent aussi que leur expérience de champion leur a donné des outils précieux pour la chose politique. «Abnégation, goût de l'effort, esprit de compétition, acceptation des règles et de la défaite», dresse Philippe Leuba, conseiller d'Etat et ex-arbitre de football, avant d'ajouter, non sans malice: «Et la plus grande compétence de toutes: la capacité à surmonter les critiques des médias!».

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