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Avant, le rugby ressemblait à ça: des cuisseaux arrosés de terre et de sueur. Mais ça, c'était avant.
Avant, le rugby ressemblait à ça: des cuisseaux arrosés de terre et de sueur. Mais ça, c'était avant.Image: Shutterstock

L'apparition du legging menace-t-elle la virilité des rugbymen?

La Fédération internationale vient d'autoriser les collants en compétition afin que les joueurs ne se brûlent plus les genoux sur les terrains synthétiques. Le rugby a changé, ses acteurs aussi.
15.10.2021, 08:59
Julien Caloz
Julien Caloz
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Pendant longtemps, le rugby a renvoyé l'image d'un sport fait pour des costauds barbouillés de terre, de sang et de sueur. La discipline a capitalisé sur cette imagerie populaire mais elle en a aussi souffert, donnant l'idée que le rugby était un sport exclusif, alors qu'il a toujours fait de la place à tout le monde -même aux gringalets.

Les joueurs eux-mêmes ont participé à la construction d'un culte du corps, les Sud-Africains mettant ici en avant leur musculature saillante avant le début du Mondial 2019.
Les joueurs eux-mêmes ont participé à la construction d'un culte du corps, les Sud-Africains mettant ici en avant leur musculature saillante avant le début du Mondial 2019.Image: DR

L'ouverture aux autres est devenue plus visible ces dernières années puisque le rugby propose moins de terre et moins de sang (pour la sueur, c'est pas négociable 😜).

➡️Moins de terre, parce que les terrains synthétiques se multiplient partout en Europe. La Suisse en recense à Genève, Lausanne, Monthey ou encore Thoune. La France et l'Angleterre en ont aussi homologué plusieurs dans leurs championnats de première division.

➡️Moins de sang, parce que la Fédération internationale vient d'autoriser le port du legging en compétition (une possibilité jusque-là réservée aux équipes féminines), ceci dans le but de réduire les brûlures aux jambes causées par les revêtements synthétiques.

Jusqu'à présent, certains rugbymen des principaux championnats se préparaient parfois avec des collants sous leur short. Mais ils avaient interdiction de les revêtir les jours de match.

La nouvelle règlementation leur permettra de «jouer vraiment comme ils s'entraînent», souligne la presse anglaise.

Cette nouveauté est doublement réjouissante. D'abord, elle rappelle que World Rugby prend soin de ses licenciés. Spectateurs et joueurs ont souvent estimé que les instances n'en faisaient pas assez pour protéger les rugbymen, notamment des commotions. L'introduction d'une mesure permettant de réduire les blessures est saluée par les acteurs.

Ensuite, elle met un nouveau tampon aux préjugés en soulignant qu'on peut devenir un super rugbyman même avec des collants, c'est à dire sans devoir ressembler à Russell Crowe dans Gladiator.

C'est aussi l'observation faite par le vice-président de la Fédération suisse de rugby Lorenz Zellweger. Le Thounois se réjouit des effets positifs que peut avoir ce changement de règlement international sur les mentalités suisses.

«Nous avons une image stéréotypée du rugbyman. Si vous observez la morphologie des joueurs, vous verrez qu'il y a de tout. Bien sûr il y a des avants plus lourds, des piliers plus grands et plus costauds, mais ils ne sont pas les seuls sur le terrain. Le public suisse se fait une image du rugby qui est assez loin de le réalité, et qui nous empêche de développer notre sport. Chez les Alémaniques surtout, le souci n'est pas de convaincre les enfants, mais les parents. Ils ont peur pour leurs enfants car ils ont l'image de ces gros balèzes qui, je l'avoue, seraient ridicules avec des leggings, mais ce n'est qu'une partie des 15 joueurs d'une équipe.»

Avec son effet protecteur et rassurant, le legging apparaît comme une arme de dédiabolisation. Les parents n'ont désormais plus d'excuses pour ne pas envoyer leurs enfants à l'école de rugby.

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