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La championne Lara Gut-Behrami est sur un nuage depuis qu'elle a «retrouvé ses sensations». keystone / Shutterstock

Les stars du ski nous parlent de leur grande obsession: les sensations

On dit de Lara Gut-Behrami qu'elle «a retrouvé ses sensations». Mais quelle est donc cette formule un peu fourre-tout à laquelle on prête des pouvoirs magiques? Introspection avec six champions.



Ils perdent leurs sensations, ils les retrouvent. Nous, ce sont les clés de voiture. Eux, ce sont des clés de compréhension. Quelque chose d’immatériel, de fusionnel, «la clé de tous les problèmes quand, sans réfléchir, le skieur exécute les gestes justes dans le tempo exact», selon Justin Murisier.

Les sensations. «Un mot qui veut tout dire et rien à la fois», avoue l’ancienne descendeuse Catherine Borghi. Un mot un peu fourre-tout dans lequel le skieur enfouit ses sentiments, ses croyances, ses fragilités inavouables, son besoin de confiance et de maîtrise, ses explications prêtes-à-l'emploi pour les journalistes.

La définition du Larousse

Sensation

- Phénomène qui traduit, de façon interne chez un individu, une stimulation d'un des organes récepteurs. Ex: les sensations visuelles.
- État psychologique découlant des impressions reçues et à prédominance affective ou physiologique. Ex: une sensation de bien-être.

Pour mieux comprendre, nous avons donc demandé aux champions… et le mystère est devenu complet: pragmatiques, méthodiques ou ésotériques, ils recherchent tous les mêmes sensations, mais en ont une perception totalement différente.

«Les sensations, c’est de la démence, vous ne pouvez pas savoir»

Un préparateur physique

Pirmin Zurbriggen

Champion olympique, quadruple champion du monde, quinze globes de cristal en coupe du monde (notamment).

Pirmin Zurbriggen jubelt am 15. Februar 1988 ueber seine Goldmedaille in der Herren-Abfahrt an den XV. Olympischen Winterspielen in Calgary, Kanada. (KEYSTONE/EPA/DPA/Str)

Image: EPA DPA

«C'est un mécanisme complexe...

«Une journée ne suffirait pas à expliquer le mécanisme complexe des sensations. C’est une perception assez personnelle qui mêle tout à la fois la conscience du corps, de ses jambes, jusqu’au bout des orteils, et une multitude d’éléments périphériques tels que les skis, les chaussures, la neige, la pente, la météo, les fixations, la plaque, etc. Comme vous le voyez, nous en aurions pour des heures.»

... mais tout au bout, il y a la clé»

«Quand l’athlète atteint une coordination parfaite entre tous les éléments, internes et externes, il commence à se libérer dans la tête. Il skie de façon moins «coincée». Là, il se met à progresser énormément. Il trouve des clés. Tout s’ouvre devant lui.»

Catherine Borghi

203 départs en Coupe du monde, deux Jeux olympiques et trois Championnats du monde.

Catherine Borghi of Switzerland reacts after announcing her retirement, during a press conference, prior to the women's Alpine Ski World Cup in Crans-Montana, Switzerland, Thursday, March 6, 2008. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Image: KEYSTONE

«Il ne faut pas trop y penser»

«Il y a des moments dans une carrière où tout roule, où tout est en place et s'aligne. Ces moments durent plus longtemps chez certains que chez d'autres... Pour moi, c'est ça, les sensations. On ne sait pas pourquoi tout marche aussi bien, il ne faut même pas trop y penser. Il y a un peu de chance, souvent.»

«C'est magique, inexplicable»

«La théorie, les choses à faire pour gagner, tout le monde connaît. Mais les sensations, ça reste un mystère. C'est magique. Ce n'est pas forcément explicable. Ça peut paraître idiot à une personne extérieure au ski parce que, il faut le reconnaître, ce mot veut à la fois tout dire et absolument rien.»

Justin Murisier

Onze saisons de Coupe du monde.

Justin Murisier of Switzerland poses during the Swiss-Ski federation press conference at the 2021 FIS Alpine Skiing World Championships in Cortina d'Ampezzo, Italy, Sunday, February 7, 2021. The 2021 FIS Alpine World Ski Championships will be held in Cortina d?Ampezzo from 7 to 21 February 2021. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

«Un ensemble de paramètres»

«Parfois, un skieur ne fait pas corps avec le tracé ou la neige. Il n’est pas dans le bon timing. Parfois encore, il pose des appuis trop marqués. Ce ne sont jamais des hasards. Pour atteindre ce que nous appelons le flow, cette sensation que vit Lara actuellement, il faut faire coïncider une multitude de paramètres.»

Ski serviceman Chris Krause, of the United States, who normally works behind the scenes, gets a chance to stand in front of the cameras inside the ski workroom in Schladming, Austria, Friday, March 16, 2012, as ski star Didier Cuche retires. Chris Krause has serviced the skis of Swiss stand-out champion Didier Cuche for the past six seasons, but the ski star will do his trademark ski flip for the last time before retiring at Saturday's giant slalom, and Krause probably won't see it as he hardly ever watches the effects of his meticulous work. (AP Photo/Alessandro Trovati)

«Beaucoup de travail, peu d'instinct»

«Je ne crois pas que ce soit une démarche purement instinctive mais, au contraire, une approche méthodique. Choisir tels skis en fonction de telle neige, avec telle chaussure dans telle condition, avec telle fixation, telle plaque, pour telle technique de glisse. Nous travaillons toute l’année pour atteindre cette alchimie qui, à la fin, doit nous procurer le fameux «feeling», où tout devient fluide et naturel. Mais pas toujours... Ce que nous appelons les sensations n’est, en fait, que le résultat d’une recherche méthodique de la combinaison parfaite.»

Vidéo: RTS

«Ce ne sont pas des excuses»

«Notre sport est devenu assez proche de la Formule 1. Quand un skieur évoque ses problèmes de matériel, ça passe souvent pour des excuses. En réalité, l’aspect réglage est totalement sous-estimé. Prenez Daniel Yule: il est nettement moins bien cette saison, d’accord. Mais il n’a rien perdu de ses facultés techniques! Il est seulement en recherche de la combinaison parfaite, avec du matériel qui a peut-être changé, ou qui correspond moins au type de neige que nous rencontrons cette saison.»

Switzerland's Justin Murisier inspects the course during a men's giant slalom, at the alpine ski World Championships, in Cortina d'Ampezzo, Italy, Friday, Feb. 19, 2021. (AP Photo/Gabriele Facciotti)

Image: AP

«Le talent existe mais...»

«Il y a toujours une part de talent, bien sûr, au niveau du touché de neige et de la vitesse, une part de ressenti pur. Mais je suis certain d’une chose: quand tous les réglages sont au point, on trouve très vite une forme de légèreté et de sensation...»

Roland Collombin

Médaillé d’argent aux JO et aux Mondiaux en descente, deux fois vainqueur de la Coupe du monde descente (huit victoires).

Der Schweizer Abfahrts-Olympiasieger Bernhard Russi (Nr. 4) und der Silbermedaillengewinner Roland Collombin (links) auf den Schultern von Fans an den Olympischen Winterspielen in Sapporo 1972. Die 'goldenen Tage von Sapporo' sind in der Schweiz bis heute ein Begriff geblieben. Zehn Medaillen brachten die Schweizer Wintersportlerinnen und Sportler 1972 von der Insel Hokkaido im Norden Japans mit nach Hause und belegten damit in der Nationenwertung hinter den beiden ueberragenden Ostblockmaechten Sowjetunion (16 Medaillen) und DDR (14) den sensationellen dritten Platz, aufgenommen am 7. Februar 1972. (KEYSTONE/Str)

Avec Bernhard Russi (no 4). Image: KEYSTONE

«C'est dans la tête»

«J’avais la réputation d’être un bon skieur. Je me suis toujours senti bien sur des skis. Du coup, je ne peux pas beaucoup vous aider parce que, en réalité, je n’ai jamais perdu mes sensations. Franz Klammer, lui, a connu ça: il gagnait tout et puis un jour, il a eu un gros passage à vide. Il parlait de ses sensations. Mais moi, je n’y croyais pas. Il savait toujours skier, Klammer... Son problème, il était dans la tête.»

Vidéo: RTS

«Russi disait ça, lui aussi»

«Russi, c’était pareil: gros trou noir. «Plus de sensations.» Moi, pas une seule fois. Mais il faut dire que j’ai eu une carrière très courte, deux saisons et puis après, je me suis cassé la figure. Je ne sais pas si avec le temps, j’aurais pu perdre mes sensations, comme vous dites. J'ai de la peine à y croire.»

«Faut pas trop chercher»

«Quand tu te mets à douter, tu penses au matériel, aux souliers, à la glisse, aux sensations. Tu réfléchis à des tas de problèmes. Mais le problème, en fait, c’est toi.»

Didier Defago

Champion olympique de descente, vainqueur au Lauberhorn et à Kitzbühel

L'ancien skieur suisse Didier Defago pose, a l'occasion des dix ans de sa medaille d'or de Descente lors des Jeux Olympiques d'hiver de Vancouver en 2010, avec son materiel de course, sa medaille d'or, son dossard et sa combinaison le vendredi 7 fevrier 2020 a Morgins. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Image: KEYSTONE

«Ce n'est pas le bon mot»

«On dit que Lara a retrouvé ses sensations mais je ne crois pas que ce soit le bon terme. Je crois plutôt qu'elle a retrouvé sa technique, et qu'en plus, elle est en confiance.»

«Tout est dans les réglages»

«Les sensations, c'est, selon moi, une addition de paramètres: le physique, la technique, les réglages, le matériel. Quand tout est réuni, tu as un vrai feeling, tu sens que tu skies à ton niveau.»

Vidéo: RTS

«Il y a des sensations trompeuses»

«Cela dit, il m'est arrivé plusieurs fois d'avoir des sensations horribles et de skier vite. Sur certains tracés, il faut se battre, rester solide, et il n’est pas question de privilégier les sensations. C'est souvent le cas dans des conditions extrêmes, sur le glacier de Sölden ou dans la traverse de Kitzbühel: tu ne peux pas te fier au feeling. En revanche, si tu n’as pas les skis à l’envers, tu sais que tu avances...»

Francine Moreillon

Triple championne du monde de freeride, championne du monde de ski-cross.

Image: KEYSTONE

«Une connection à soi-même»

«Parfois, on se lève le matin avec de mauvaises sensations, on n’est pas connecté à son corps, on n’est pas (pardonnez ce terme un peu cul-cul) en symbiose. C’est difficile à décrire avec des mots et c’est assez troublant à vivre parce que, sur des ski, on dirige tout, la trajectoire et la vitesse.»

«Il faut parfois cogner son corps»

«Dans les aires de départ, on voit des skieurs qui se cognent la tête ou la poitrine: ce sont des gestes typiques de reconnection à soi-même.»

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Francine Moreillon a doublé Sophie Marceau dans cette scène du James Bond «The world is not enough». Vidéo: YouTube/James Bond 007

«Les sensations et oublie le reste»

«Dans les moments de doute, l’erreur classique est de porter toute son attention sur la technique. Il faut au contraire rester concentré sur la glisse, la vitesse, le plaisir. Apprécier les sensations telles qu’elles se présentent à soi, sans arrière-pensée liée à la conséquence. Aimer le vent qui caresse le visage, sentir l’air qui traverse le corps, toutes ces sensations de liberté addictives qui, si elles sont pleinement vécues, font oublier la performance… et finissent par la faciliter.»

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