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Analyse

Face au Covid, tous les cantons doivent-ils être traités de la même manière?

Le Conseil fédéral vient d'annoncer le durcissement des mesures sanitaires visant à lutter contre le Covid. Mais ne devraient-elles pas être adaptées en fonction des cantons? Les Romands étant, par exemple, plus vaccinés que les Alémaniques. Analyse.
30.11.2021, 18:2530.11.2021, 19:06
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Deux jours après le «oui» net à la loi Covid, le Conseil fédéral annonce un nouveau durcissement des mesures pour lutter contre le virus: extension du certificat sanitaire pour tout événement à l'intérieur, même en privé (en présence de plus de dix personnes), port du masque généralisé dans les lieux clos, raccourcissement de la durée de validé des tests...

Il s'agit en particulier de repousser le risque d'une circulation générale de deux variants (Delta et Omicron), dont on sait que le premier est très contagieux et dont on soupçonne que le second aussi. Le tout est soumis à la consultation des cantons. Certains, comme Genève, ont déjà pris les devants avec le même type de mesures.

Or, on sait que certains cantons, notamment romands, sont bien plus vaccinés que d'autres. Prenons par exemple Schwytz: 57,5% de sa population est vaccinée, contre 67,6% des Vaudois et 69,1% des Tessinois. Dans cette situation, est-il logique que tout le monde soit logé à la même enseigne face aux nouvelles mesures du Conseil fédéral?

Taux de personnes vaccinées par canton au 29 novembre 2021. (Source: OFSP)
Taux de personnes vaccinées par canton au 29 novembre 2021. (Source: OFSP)Image: watson.ch

Le fédéralisme toujours et encore en débat

Comme la Suisse est la Suisse, la question de la marge de manœuvre des cantons dans la politique sanitaire est aussi brûlante qu'importante. Faut-il une politique centralisée, la même pour tous? Ou au contraire des mesures au cas par cas? Faut-il même que les cantons reprennent la main de la politique sanitaire? Dans la Berne fédérale, le débat bruisse.

Dans le camp des pro-mesures ciblées, on trouve l'Union démocratique du centre (UDC) et les Verts, qui sont les deux partis à compter le plus de non-vaccinés parmi leur base respective (l'UDC dépasse largement les Verts, qui arrivent néanmoins en deuxième). Certains de leurs représentants s'accordent ainsi sur la nécessité d'adapter les mesures aux réalités cantonales. L'élue verte Léonore Porchet a déclaré au journal Le Temps ce mardi 30 novembre:

«Le Conseil fédéral doit opter pour des mesures ciblées. Il serait injuste que les cantons affichant un taux de vaccination élevé et qui prennent leurs responsabilités soient soumis aux mêmes restrictions que les autres»

Qui est compétent et qui est responsable?

Ce débat est d'autant plus intéressant qu'il est 100% politique, contrairement aux discours sur le problème du virus et les solutions scientifiques. «Déclarer que le virus n'a pas de frontière ne dit rien sur la manière dont il faut nous organiser», souligne le professeur d'économie publique à l'Université de Fribourg (Unifr) Mark Schelker. Ce n'est pas Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève, qui le contredira:

«S'il est vrai que le virus ne connaît pas de frontières, on a vu ces derniers mois que certains pays qui les ont fermées ont obtenu des résultats. Or, c'était essentiellement des îles ou des régimes autoritaires, et la Suisse n'est ni l’un ni l’autre»

Pour Mark Schelker, la crise que nous vivons n'est pas seulement sanitaire, elle est aussi institutionnelle. On a beaucoup parlé de la méfiance d'une partie de la population envers les autorités et de son incompréhension envers les politiques gouvernementales. Selon le professeur d'économie publique, il est justement urgent de clarifier les compétences et les responsabilités de chacun – et de faire en sorte que compétence et responsabilité aillent de pair:

«Avec la situation que nous vivons depuis bientôt deux ans, la Confédération ou les cantons peuvent toujours dire que c'est l'autre qui est responsable. C'est un fédéralisme qui ne fonctionne plus»

Pour Mark Schelker,
le pouvoir doit être aux mains des cantons

Outre ce diagnostic, Mark Schelker a une position claire dans ce débat sur les cantons: il faut leur redonner le pouvoir, y compris celui de décider s'ils souhaitent remettre certaines tâches à la Confédération, et lesquelles, ce qui est propre à la tradition du fédéralisme. Pour ce décentralisateur convaincu, c'est avant tout une question de légitimité: selon lui, plus le pouvoir est local, plus il peut obtenir la confiance de la population.

Mais concrètement, ça donnerait quoi? «Ce fédéralisme appliqué à la politique sanitaire permettrait aux cantons les plus touchés par le virus de prendre rapidement les mesures qu'ils estiment appropriées.» Actuellement, c'est la partie suisse allemande du pays qui compte le plus de cas, d'hospitalisations et de décès. «L'idée est la suivante: si les conditions-cadres sont hétérogènes entre les différents cantons, la compétence leur revient», affirme Mark Schelker.

«Que ce soit la Confédération ou les cantons, le plus important aujourd'hui consiste à prendre de bonnes mesures et toutes les bonnes mesures», réagit Antoine Flahault. Pour lui, la question du fédéralisme, en plus de ne pas être de son ressort, est secondaire dans la lutte face au Covid. Il s'agit prioritairement de «respecter partout les gestes barrières»: port du masque, distanciation, ou encore (la grande oubliée) ventilation monitorée.

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