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Ein Plakat der Volksinitiative

Nos chères montagnes. Buochs (NW), le 16 février. Image: KEYSTONE

Analyse

On cause peu religion en Suisse. Sauf de l'islam

Si l’initiative «anti-burqa» l'emporte dimanche 7 mars, un deuxième article lié à l'islam fera son entrée dans notre Constitution, qui reste bien silencieuse sur les autres confessions. Pourquoi cette exception? Et pourquoi cette insistance?



D’après les derniers sondages publiés le 24 février, le oui à l’initiative interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, bien que toujours donné gagnante, accuse un recul à l'approche de la votation du 7 mars. De 65% à 59% selon Tamedia, de 56% à 49% selon la SSR.

Comme on le sait, c’est l’islam, via la burqa, plus justement le niqab, l’une de ses manifestations les plus rigoristes, qui occupe la tête de gondole de ce texte soutenu par la droite nationaliste, l’UDC en tête.

Comme on le sait moins, l’islam est la seule religion nommée, certes indirectement, dans la Constitution fédérale, comme le rappelle à watson le sociologue des religions Philippe Gonzalez, maître d'enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne.

Toute puissante démocratie directe

Passée l’adresse «à Dieu Tout-Puissant» en son préambule, notre loi fondamentale donne dans le minimum syndical en matière de religion. Elle cède la main aux cantons, qui ont latitude pour légiférer s’ils le souhaitent. L’Etat central, de nature libérale, respectueux des confessions, s’abstient autant que possible de le faire.

C’est compter sans la démocratie directe, qui permet aux citoyens d’apporter leur grain de sel. Si la loi fédérale interdit, depuis le XIXe siècle, l’abattage rituel des animaux, mais pas la consommation de viande casher ou halal, la Constitution, elle, réserve donc un traitement spécial à l’islam.

Approuvez-vous l'initiative interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public?

Le tempo UDC

Depuis la votation de 2009, déjà provoquée par le Comité d’Egerkingen, dominé par la petite droite évangélique de l’Union démocratique fédérale (UDF) pas du tout «branchée» laïcité, l’article 72, alinéa 3, dispose: «La construction de minarets est interdite».

Cette fois, si l’initiative dite «anti-burqa» est approuvée, les mentions seraient les suivantes: «Nul ne peut se dissimuler le visage dans l’espace public», et, de façon plus allusive encore: «Nul ne peut contraindre une personne de se dissimuler le visage en raison de son sexe.» C'est faire beaucoup d'honneur à l’islam, 5% de la population seulement.

Dans ce tweet, l'UDC se félicite que son initiative contre la dissimulation du visage, encore créditée le 11 février de 65% d'intentions de vote, recueille l'adhésion au-delà de son camp, chez les «électeurs libéraux».

Cette religion, instrumentalisée par l'islamisme, dont des terroristes se sont réclamés ces dernières décennies, où le spirituel, le politique et le juridique ne sont pas toujours clairement séparés, suscite moult controverses.

Faut-il pour autant la cadrer? En tous cas, l’UDC s’en charge volontiers. Constatons que, jusqu’à présent, la majorité du peuple lui a donné raison, après que le PDC avait tenté, dès 2006, par la voie législative, sans succès, de porter un coup fatal au voile intégral. Mais pourquoi répondons-nous présents aux sollicitations du parti blochérien sur cette question ?

Entre le Christ et le fromage

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Supermarché Migros

Tentons une explication. Si la France est attachée aux valeurs républicaines, nous le sommes en Suisse aux coutumes. Ces dernières, plus que nos lois, forment le ciment qui unit un pays multilingue attentif à ses moindres failles culturelles.

Aussi, nos «madeleines» de Guillaume Tell sont-elles très actives, du Cenovis au cervelas, en passant par l’Ovomaltine et la mythique fondue. Sans parler de nos montagnes et de la pratique du ski, intouchables malgré le Covid. Droite et gauche s'entendent globalement sur ces lois non écrites, produits et images patriotiques. Les différences partisanes tendent à s’estomper quand il s’agit de préserver ce que nous pensons avoir de plus cher, tout en le sachant ou l’imaginant fragile. Comme si notre identité commune, ne tenant qu’à un fil de fromage et dans un verre de chasselas, pouvait être menacée par un inconnu, cet islam qui nous apparaît solide et fort. Peut-être sommes-nous aussi plus sensibles que nous ne voulons nous l’avouer à une forme de christianisme identitaire.

«C'est comme ça et pas autrement»

A ce titre, nous avons une part communautariste sans doute plus affirmée que nos voisins français, qui n’ont pas interdit, eux, l’érection de minarets – parce que le peuple n’a pas été consulté sur cet objet, diraient quelques-uns. En 2016, la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga, qu’on ne peut soupçonner d’accointances avec la «fachosphère», avait apporté son ferme soutien aux autorités de Bâle-Campagne, après qu’elles avaient annulé la dispense accordée à deux écoliers musulmans qui refusaient de serrer la main de leur professeure. En Suisse, le «c'est comme ça et pas autrement» se discute peu.

«Nous»

L’islam et nous, en quelque sorte. Et non pas: les musulmans et nous. La distinction a son importance. Citoyens, notre regard se porte sur des idées, non sur des personnes. Les musulmans, dont la pratique de l’islam ne pose de problèmes sécuritaires qu'à la marge, sont une part de ce «nous».

C’est pourquoi, dimanche, nous ne voterons pas pour ou contre les musulmans, mais pour ou contre l'interdiction d'un habit que l’histoire contemporaine, sous l'influence de l'islamisme, a transformé en représentation de l'islam, en l'occurrence de type salafiste, contre la volonté réaffirmée de nombreux fidèles n’aspirant qu’à vivre en paix, dans le strict respect des normes ordinaires.

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