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«La Suisse n'est pas menacée militairement pour le moment», déclare le chef de l'armée Thomas Süssli.
«La Suisse n'est pas menacée militairement pour le moment», déclare le chef de l'armée Thomas Süssli.source: Keystone

En guerre, l'aviation suisse tiendra 4 semaines (même avec les F-35), selon son chef

Otan, investissement, organisation: avec la guerre en Ukraine, Thomas Süssli, le chef de l'Armée suisse voit un changement d'époque dans la politique de sécurité du pays.
02.04.2022, 16:0604.04.2022, 08:26

Le patron de la «Grande muette» a parlé et c'est dire si c'est rare. Le chef de l'Armée suisse, Thomas Süssli, estime que la guerre en Ukraine est le moment de repenser la politique de sécurité de la Suisse, comme il l'a expliqué samedi dans l'émission Samstagsrundschau de la radio SRF. Il était également en grande interview dans la Schweitzer am Wochenende. Le premier soldat du pays a assuré que les forces aériennes suisses ne pourraient tenir quatre semaines en cas de guerre.

Il est temps de monter en puissance, selon Süssli

Avec Armée 21 – une réforme adoptée par le peuple suisse en 2003 – la Confédération a décidé de dégraisser l'armée, a rappelé Thomas Süssli. Cette dernière dispose toujours de compétences, mais pour défendre toute la Suisse sur une longue période, les capacités font défaut.

Si depuis 2003, les capacités militaires ont été revues, est-ce affirmer pour autant que l'armée est incapable de remplir ses missions? Son chef précise:

«L'armée remplit bien ses trois missions: aider, protéger et défendre. Elle a récemment prouvé qu'elle pouvait très bien aider en effectuant trois engagements en service d'appui lors d'une pandémie. Elle sait également bien protéger, comme elle le montre régulièrement lors de conférences internationales.»

Notons, pour pondérer le propos, qu'un rapport du Contrôle des finances a pointé du doigt, cette semaine, les failles dans l'administration. Une coordination brinquebalante entre l'armée, la protection civile et le service civil.

Alors où est le problème? Selon le militaire, il n'y a pas assez de moyens et plusieurs secteurs manquent d'investissement. Il souligne que la décision de dégraisser l'armée avait été largement soutenue à l'époque, mais il complète:

«Même après 2003, on a continué à réduire la taille de l'armée et à diminuer le budget»

Et le soldat rappelle qu'il avait toujours été prévu qu'une «montée en puissance» devait rester possible si la situation politique mondiale devait changer. C'est désormais chose faite au vu du contexte international.

Plus d'argent pour l'armée? Certains aimeraient bien

Dans l'émission Samstagsrundschau, Thomas Süssli ne s'est pas exprimé directement sur les revendications des élus bourgeois en faveur d'une rallonge au budget de l'armée. Il s'est contenté de rappeler qu'il existait déjà un plan pour les douze prochaines années en ce qui concerne les acquisitions et le développement des capacités dont l'armée aura besoin à l'avenir.

Les scénarios retenus correspondent en grande partie à ce que l'on voit actuellement en Ukraine, notamment en ce qui concerne les cyberattaques ou les campagnes de désinformation, a expliqué le militaire. L'institution examine, toutefois, si des adaptations sont nécessaires. Si le militaire ne se prononce pas directement sur le débat politique, il lance néanmoins, à propos d'une hausse possible des moyens alloués à la modernisation:

«Nous serions ainsi en mesure de l'aborder plus tôt. La population serait donc mieux protégée plus tôt, car nous pourrions nous défendre plus efficacement.»

Et le peuple en pense quoi? Le conflit ukrainien ne semble pourtant pas le motiver à dépenser davantage pour le budget de l'armée. En revanche, ils seraient plutôt favorables à l'achat des avions de combat F-35. Seuls 45% des sondés estiment que le budget de l'armée doit être augmenté et un réarmement engagé, selon un sondage publié par les journaux de Tamedia, le 21 mars.

La défense aérienne suisse est fragile, selon Süssli

Le chef de l'armée a également déclaré, dans la Schweiz am Wochenende qu'en cas de menace accrue, la Suisse ne pourrait maintenir sa défense aérienne que pendant un mois.

En effet, pour une défense adéquate, quatre avions de combat devraient être simultanément en vol, a expliqué Thomas Süssli. Avec les 36 jets F-35 que la Suisse veut acheter aux Américains, les capacités n'excèderont ainsi pas plus d'un mois.

La Suisse doit-elle se rapprocher de l'Otan, selon Süssli?

Le militaire est clair: «L'adhésion à l'Otan est actuellement hors de question». Il y a, toutefois, un «mais». En effet, dans le cas hypothétique où la Suisse devait entrer en conflit, sa neutralité tomberait, selon Thomas Süssli. Par conséquent, cela et lui offrirait la capacité de collaborer militairement avec d'autres Etats. Dans ce contexte, le militaire commente:

«C'est pourquoi il est important que nos systèmes militaires soient compatibles avec les pays voisins»

Ainsi, le chef de l'Armée suisse a expliqué que les Etats proches attendaient de la Suisse qu'elle contribue à la sécurité. Il s'agit, toutefois, d'affirmer de manière crédible notre position de pays neutre, a rappelé le soldat. D'un point de vue purement militaire, une collaboration plus étroite avec l'Otan et l'Union européenne aurait tout son sens, selon lui. Il s'agit, cependant, d'une décision politique.

La Suisse n'est pas menacée, rassure Süssli

La Suisse n'est pas menacée militairement pour le moment, a déclaré le patron de l'Armée suisse. Il n'y a pas de signes en ce sens, même si le risque est bien sûr plus élevé qu'auparavant. Il en va de même pour une escalade nucléaire. Le risque est faible, mais plus élevé que par le passé. (jah)

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