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La normalité post-Covid est alléchante, mais «c'est une fiction»

Avec l'assouplissement des mesures, tout le pays (et plus encore) cuisine de la normalité à toutes les sauces. A l'heure du passeport Covid et face à un été encore flou, ce que l'on définit comme un retour à la normale est un concept qui n'existe pas vraiment et qui semble pourtant convenir à tout le monde (ou presque).



Aaaah la fantastique quête de la normalité! Quand notre président de la Confédération Guy Parmelin tentait par exemple d’expliquer les timides assouplissements du mois d'avril, il voulait avant tout rester positif en nous faisant nous concentrer sur quelque chose de rassurant et qu'on attend tous (ou presque) avec une certaine impatience:

«Nous pouvons avoir confiance que la situation va se stabiliser avec les progrès de la vaccination et qu'une certaine normalité reviendra en été»

Guy Parmelin, début avril 2021.

Détail qui a son importance: Guy Parmelin, ce jour-là, a été incapable de prononcer ce terme sans le faire précéder d'un adjectif qui dégonfle totalement son effet d'annonce. Une «certaine» normalité, comme une «espèce» de retour à la normale. Non seulement il n'est pas le seul à jongler maladroitement avec cette expression un peu fourre-tout, mais la normalité, telle qu'on la fantasme aujourd'hui, n'existe pas vraiment. C'est en tout cas l'avis de Stéphanie Pahud, linguiste à l'Université de Lausanne.

«La normalité est une pure fiction, parce que chacun possède la sienne, sans trop savoir ce qu'elle contient»

Stéphanie Pahud, linguiste à l'Unil.

En faisant le tour des réseaux, on en voit de toutes les couleurs de cette normalité. Et principalement au moment de tutoyer les premières terrasses. En vrac? «Un peu de normalité», «un brin de normalité», «une forme de normalité», «vraie normalité», «fausse normalité». Encore plus radical: la «NORMALITÉ» entre guillemets. Si bien que...

Quand on déguste enfin un petit café en terrasse, ne serait-on pas en train de confondre normalité avec liberté? «Tout le monde a été bousculé dans sa vie quotidienne pendant la pandémie. La normalité à laquelle la population aspire fait d'abord référence à une routine, un confort personnel qu'il faudrait absolument retrouver», explique Stéphanie Pahud, auteure de l'essai «LANORMALITÉ» (l'Age d'Homme) en 2016.

D’autant que cette normalité fantasmée aujourd'hui en foulant à nouveau les salles de spectacle ou les terrasses risque d'être d'abord une grande déception puisqu'elle est encore totalement brimée. Un spectacle? Oui. Mais avec un masque et à jauge contenue. Un lunch? Oui, mais à quatre, et dehors. Aux jouisseurs de composer au mieux avec la frustration qui en découle. Une normalité qui veut dire «bah, c’est mieux que rien».

Le politicien fainéant

En politique, c'est évidemment aussi la foire à la normalité. Mais l'utilisation du terme poursuit un objectif radicalement différent de celle du citoyen lambda qui rêve d'une vie sociale retrouvée. Est-ce qu'on se souvient encore de la «(nouvelle) normalité» d'Alain Berset il y a pile une année? Celle qui précédait un retour au semi-confinement à la rentrée alors que la pandémie se renforçait une énième fois?

«Le politicien qui parle de normalité fait preuve d'une certaine paresse. Il ne s'engage à rien et ne risque pas grand-chose. C'est une sorte de formule magique d’apaisement. En appeler à la normalité c'est finalement en appeler à un consentement présupposé»

Stéphanie Pahud, linguiste à l'Unil.

En France, c'est peu ou prou le même jeu de dupes qui se joue en ce moment. Avec également une idée de «nouvelle normalité», notamment empoignée par Florian Philippot, le président du mouvement Les Patriotes, lorsqu'il décide de contrer le Premier ministre français et ses multiples assouplissements:

Alors qu'en Suisse, de plus en plus de politiciens refusent sèchement cette idée de normalité, surtout quand elle est vendue par le camp adverse, en pointant notamment du doigt les dommages collatéraux qu'elle trimballe:

Et alors que le passeport Covid semble être l'arme la plus fiable pour imaginer un retour à cette fameuse normalité, certains responsables politiques sont déjà en train de fouiller dans les mesures ou les outils actuels pour en fabriquer des règles à suivre à l’avenir, mais cette fois en CDI. Cette semaine, le PLR vaudois Olivier Français nous dévoilait son souhait de voir naître une task force permanente.

Normaliser la task force?

«Désormais, il faut préparer la suite pour faire face aux prochaines crises majeures qui pourraient affecter soudainement l'ensemble de la société»

Olivier Français, conseiller aux Etats PLR (VD)

Jean Castex, Premier ministre français, a même suggéré récemment l'utilisation régulière du masque comme un outil de prévention, «notamment en période de grippe» et, c'est important: en utilisant le conditionnel. Pour Stéphanie Pahud, «c'est une mesure de protection pour les politiciens. Ils anticipent ainsi l'éventualité qu’on ne retrouve pas toutes nos libertés. C'est plus apaisant de l'annoncer de cette façon, en amont et en lançant le débat, que d'imposer froidement une nouvelle forme de contrainte à venir».

En tous les cas, c'est la France qui, cette semaine a goûté à ce début de retour à la normale, avec l'ouverture des terrasses mercredi 19 mai. Et (parfois) sous la pluie. Histoire de doucher une bonne fois pour toutes l'existence d'une seule et unique normalité?

Une année de Covid-19, en images

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Une année de Covid-19, retour en images
source: sda / alessandro crinari
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