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A Gampel (Haut-Valais), fini les mini-shorts, les dos dénudés et les crop tops.
A Gampel (Haut-Valais), fini les mini-shorts, les dos dénudés et les crop tops.Image: Montage watson
Duel

Interdire les tenues légères à l'école, c'est sexiste ou c'est normal?

En Valais, le cycle d'orientation (secondaire I) de Gampel interdit désormais les tenues jugées «provocantes»: shorts courts, dos nus, etc. Une mesure bienvenue? inacceptable? Deux jeunes Valaisans engagés dégainent leurs avis opposés sur l'arène watson.
17.08.2021, 06:0117.08.2021, 17:36
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«Rétines et pupilles / Les garçons ont les yeux qui brillent / Pour un jeu de dupes / Voir sous les jupes des filles», chantait le subtil Souchon, poursuivant, sur fond de guitares et synthés pop: «Elles, très fières / Sur leurs escabeaux en l'air / Regard méprisant / Et laissant le vent tout faire / Elles dans l'suave / La faiblesse des hommes, elles savent / Que la seule chose qui tourne sur terre / C'est leurs robes légères.»

Pas sûr que ces paroles glissent aujourd'hui dans les oreilles et les esprits de le même manière qu'en 1993, quand est sortie cette chanson poétisant l'éveil des ados à l'érotisme. Décrire un habit comme étant sensuellement évocateur, voire provocant, cela revient maintenant pour beaucoup de féministes à sexualiser les corps, et surtout – de fait – celui des femmes.

Les réactions provoquées chez certains internautes par la récente mesure d'un secondaire I en Valais interdisant les tenues légères ne font pas exception. Les habits en question? Ceux, relaie la Walliser Bote, jugés «provocants», du type short de maximum 10cm à partir de l'entrejambe, dos nus ou crop top (vêtement à la mode chez les jeunes femmes, laissant voir le bas de leur ventre).

Parmi les personnalités ayant critiqué cette décision, la socialiste Sarah Constantin, 30 ans, est députée au Grand conseil valaisan. Elle dénonce le sexisme de la décision haut-valaisanne, estimant qu'une jeune fille doit pouvoir s'habiller comme elle veut sans que cela crée de problèmes. Le libéral-radical Pierre Loretan, 24 ans, juriste et lui aussi Valaisan, ne comprend pas cet argumentaire. Place donc au duel en six questions précises.

1. Comment réagissez-vous à la décision du cycle d'orientation de Gampel?

Pierre Loretan: Je l’accueille favorablement. Une tenue décente à l’école me paraît aller de soi. S’il y a régulièrement des cas d’abus de la part des autorités scolaires, surtout vis-à-vis des filles, je suis étonné de voir que c’est ici le principe même de la tenue correcte qui est remis en question.
Sarah Constantin: Je suis sidérée! Samedi, en lisant la news à ce sujet, je me suis demandé si c’était une archive d’il y a 50 ans. Mais non, en 2021, on raisonne encore comme ça. On préfère mettre la honte sur le corps des filles plutôt que d’éduquer les garçons. C’est rageant!

2. S'habiller de manière «sexy», selon vous, c'est purement une affaire de perception des uns et des autres ou c'est un fait?

Pierre Loretan: Le caractère «sexy» ou non d’une tenue est une question de perception individuelle, mais certaines tenues sont aussi, de façon générale, perçues comme plus respectueuses que d’autres. C’est notamment le cas du training et des tenues de plage, et c’est surtout cela que vise ledit règlement, tant chez les filles que chez les garçons.
Sarah Constantin: A mon sens, il n’y a aucune raison de sexualiser les corps d’élèves qui sont encore des enfants. Je rappelle que les élèves commencent le cycle d’orientation à 12-13 ans. C’est indécent de résonner en termes d’érotisme à l’école obligatoire, que ce soit vis-à-vis des filles ou des garçons.

3. Il y a des codes vestimentaires dans toute la société: banques, mais aussi administrations étatiques, rédactions... Tout le monde devrait-il s'habiller comme il veut partout ou l'école doit-elle préparer les jeunes à la société telle qu'elle est?

Pierre Loretan: L’école est aussi un lieu de travail, il est normal qu’elle prépare les jeunes pour leur avenir, notamment en leur apprenant qu’il n’est pas possible de s’habiller comme on veut, partout. Ceux qui imaginent l’école comme un lieu sans contraintes ne sont pas en phase avec la réalité.
Sarah Constantin: Les codes vestimentaires sont dictés par une société patriarcale qui sexualise le corps des femmes et entend nous dire ce que l’on peut porter ou non, ce qui est «assez» ou ce qui est «trop». L’école doit jouer son rôle dans l’éducation et l’égalité, mais elle ne doit pas préparer les filles à vivre dans une société où les hommes ne savent pas se comporter: elle doit éduquer les garçons!

4. En matière d'habillement, chaque institution peut-elle mener sa politique ou cette question devrait-elle être réglée politiquement au niveau cantonal, voire fédéral?

Pierre Loretan: Le choix doit pouvoir dépendre de chaque institution, qui peut ainsi prendre les mesures les plus adaptées à la ligne qu’elle souhaite donner. Le canton pourrait éventuellement poser des exigences minimales ou maximales, mais une surrèglementation qui limite la marge de manœuvre ne serait dans l’intérêt de personne, les élèves en premier.
Sarah Constantin: Ce n’est pas la question de l’habillement qui doit être traitée en politique, mais bien la question du message que l’on veut donner. Le département cantonal de l’instruction publique est-il en accord avec ce règlement? Ou alors est-ce le moment que la honte change de camp? Nous attendons des réponses de leur part, clairement. Si elles ne viennent pas ou ne nous satisfont pas, des interventions seront déposées lors de la prochaine session du Grand Conseil valaisan.

5. Etendez-vous votre point de vue aux habits religieux – tels que le voile islamique, au cœur de certains débats – ou est-ce une discussion différente pour vous?

Pierre Loretan: Les habits religieux posent surtout la question du vivre ensemble et de la compatibilité de la religion avec les valeurs d’égalité. Même s’il a trait à l’autre extrême, je ne pense pas qu’il s’agisse du même débat.
Sarah Constantin: La discussion du voile, en plus d’avoir des relents racistes, a une similitude avec celle qui nous occupe aujourd’hui: elle stigmatise exclusivement les femmes, à qui l’on dit ce qu’elles peuvent porter ou non. Notre corps nous appartient et il ne revient à personne de décider de notre tenue. Par contre, il appartient bel est bien à tous de nous respecter.

6. On ne peut pas arriver tout nu à l'école, vous serez sûrement d'accord là-dessus. Si vous pouviez déterminer les limites idéales de l'habillement à l'école, quelles seraient-elles?

Pierre Loretan: La tenue à l’école devrait se calquer sur les exigences générales du monde du travail, et tout ce qui y paraîtrait inapproprié ne devrait pas être admis. Il est surtout essentiel que les filles et les garçons soient soumis aux mêmes règles, car sinon, ce serait donner raison à ceux qui pensent que celles-ci cachent une oppression systémique.
Sarah Constantin: Un bon mix entre décence, respect et bon sens. Le tout après avoir éradiqué le patriarcat, cessé de sexualiser le corps des filles et éduqué les garçons. Mais, ce jour-là, il n’y aura probablement plus besoin de règlement, car la honte aura enfin changé de camp.

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