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A Genève, Givaudan et Firmenich sont soupçonnés de cartel

Pourquoi la police suisse a perquisitionné deux géants des cosmétiques

Par le biais de raids coordonnés au niveau international, les autorités de la concurrence en Europe et aux Etats-Unis recherchent des preuves qui pourraient étayer le soupçon de formation d'un cartel. Si tel est le cas, les entreprises vont devoir payer très cher.
09.03.2023, 20:46
Daniel Zulauf / ch media
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Les quatre plus grands fabricants de parfums au monde sont soupçonnés de cartel. Des indices selon lesquels plusieurs entreprises de la branche auraient activement enfreint le droit des cartels ont été découverts, a annoncé mercredi la Commission de la concurrence suisse (Comco) dans un communiqué aux médias.

Selon une source bien informée, les gendarmes suisses de la concurrence se sont rendus mardi matin en grand nombre dans les bureaux de Givaudan et Firmenich, dont les sièges sont à Genève. Interrogée, Firmenich a confirmé la descente de police. Les deux entreprises ont assuré leur pleine coopération avec les autorités.

Mais l'enquête va bien au-delà des frontières de la Suisse. La Commission européenne, la Competition and Markets Authority britannique et le département antitrust du ministère américain de la Justice ont également lancé des enquêtes similaires et effectuées des perquisitions en accord mutuel. Outre les deux groupes suisses, l'allemand Symrise et l'américain International Flavours and Fragrances (IFF) sont également concernés.

«Une affaire sérieuse»

Des experts chevronnés du secteur, comme l'analyste financier Jean-Philippe Bertschy de la banque zurichoise Vontobel, portent un regard critique sur ces événements. «Cela ressemble à une affaire sérieuse», a déclaré Bertschy.

«Je n'ai pas le souvenir d'un cas d'une telle ampleur dans la branche»

Les autorités avaient manifestement de bonnes raisons de procéder avec autant d'empressement. «Pour que nous puissions ouvrir une enquête, il faut qu'il y ait des soupçons suffisants», explique Andrea Graber, vice-directrice de la Comco, interrogée à ce sujet. Souvent, une enquête formelle est précédée d'investigations de la part des autorités de la concurrence, comme une «observation du marché» plus générale ou une «enquête préliminaire».

Des soupçons existaient déjà

Le fait que les autorités soient passées directement à l'acte dans le cas présent est un indice qu'il existe déjà de forts soupçons. Andrea Graber explique que lors de ses perquisitions à Genève, la Comco a cherché des preuves susceptibles de corroborer les soupçons de cartel.

«Il s'agit d'une grande enquête avec une participation internationale; il y a beaucoup d'argent en jeu»

En ce qui concerne les soupçons concrets, les autorités antitrust restent vagues. Il y aurait des indices selon lesquels plusieurs entreprises coordonnent leur politique de prix, limitent la production de parfums et empêchent les concurrents d'approvisionner certains clients.

«Je suis très surpris et aussi un peu perplexe. D'après ce que je comprends, les commandes importantes dans la branche sont attribuées par le biais de procédures d'offres transparentes. Pour l'instant, je ne peux pas vraiment m'imaginer comment le cartel présumé a pu se répartir les clients.»
Jean-Philippe Bertschy

Un business de plusieurs milliards

Le marché des fragrances, qui entrent dans la composition des parfums, des détergents et de nombreux autres produits de consommation courante, est toutefois très concentré. Selon des études récentes, le marché représente un chiffre d'affaires annuel de plus de 13 milliards d'euros. Sur ce total, 10,4 milliards reviennent aux quatre entreprises mentionnées, comme le montrent leurs rapports annuels. À elles seules, Firmenich et Givaudan réalisent un chiffre d'affaires annuel de 6,4 milliards de francs avec les parfums et les ingrédients. «Au vu des structures oligopolistiques du marché, l'idée d'une formation de cartel n'est pas tout à fait absurde», déclare Bertschy.

La responsable de la Comco ne souhaite pas révéler si l'enquête des autorités de la concurrence est née d'une dénonciation, de l'indication d'un lanceur d'alerte ou même de l'autodénonciation d'un membre présumé du cartel. Ce qui est clair, c'est que l'affaire pourrait coûter cher si les soupçons devaient se confirmer.

En Suisse, la sanction maximale pour les auteurs de cartels s'élève à jusqu'à 10% du chiffre d'affaires réalisé en trois ans sur le marché suisse. Dans l'UE, le régime de sanctions est similaire – mais sur un marché quinze fois plus grand. Rien de surprenant donc à ce que les actions des entreprises concernées aient chuté de 3% ou plus mercredi.

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