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Antonio Hodgers vs Greta Thunberg keystone/watson

Greta vous regarde dans les yeux et vous dit «je veux que vous paniquiez»

Le Vert Antonio Hodgers dénonce dans un entretien à watson une certaine écologie de la peur qui prédit l'écroulement de nos sociétés. Pour le conseiller d'Etat genevois, ce type de discours produit des réactions type «égologie». Il s'explique.



Que faire maintenant? Deux semaines après le rejet de la loi CO2, c'est la grande question qui taraude la classe politique suisse et bien d'autres organisations économiques et écologistes. Tout le monde y va de sa solution.

Deux semaines après la votation, Genève a présenté une nouvelle plateforme pour fédérer différents acteurs de l’innovation au service de la transition écologique. Watson en a profité pour rencontrer Antonio Hodgers, écologiste «canal historique», passé par le Parlement à Berne et aujourd’hui conseiller d’Etat genevois.

Il y a les grèves du climat, les actions d’Extinction Rebellion. Les cantons et la Confédération multiplient les annonces liées au climat. Or, la population rejette la loi CO2. N’est-elle pas gavée par la question climatique? Ne faudrait-il pas changer le discours autour du climat?
Antonio Hodgers: Le discours doit évoluer. Quand je suis entré chez les Verts dans les années 1990, c’était la fin du communisme et l’émergence des mouvements altermondialistes. On parlait de l’écologie de manière joyeuse, avec le vert comme couleur de l’espoir. Un monde économiquement relocalisé tout en gardant les frontières ouvertes entre les peuples. C’était enthousiasmant, positif.

Depuis quelques années, il y a une tendance à l’écologie de la peur avec des projections d’écroulement de nos sociétés. Par exemple, Greta Thunberg vous regarde dans les yeux et dit: «Je veux que vous paniquiez»

Bien sûr, les experts ont scientifiquement raison de dire qu’on va droit à la catastrophe si l’on continue comme cela. Mais le problème est que l’écologie est devenue source d’angoisses. C’est là que survient le phénomène d’écoanxiété.

Ce discours est-il finalement contreproductif?
Ce discours de la crainte de la fin du monde ne crée pas un projet collectif qui donne envie. C’est humain: quand on nous dit que le monde va s’effondrer, on se protège, on protège ses proches, on se replie sur soi et on devient plus égoïste. Il y a une forme de survivalisme. Cette idée d’effondrement, populaire dans certains milieux écologistes, c’est l'opposé de ce qui m’a fait m’engager en politique, soit l’écologie joyeuse, l’écologie de l’espoir, l’idée d’un monde meilleur pour lequel on a envie de se battre. L’enjeu de proposer un futur qui soit à la fois écologique et enviable.

Concernant la loi CO2, peut-être bien qu’après la pandémie où il fallait limiter au maximum le contact avec ses semblables, demander à la population de faire un effort pour le collectif ne pouvait pas être compris. Si le message est de dire qu’on va tous brûler, cela renforce le «chacun pour soi».

Et les Verts, dans tout ça?
Il est peut-être temps que les Verts renouent avec ce discours de l’espoir. Un discours qui fait envie au lieu de surtout parler d’écologie punitive. Il y a quelque chose à renouveler, car ces propos ne perceront pas dans l’opinion publique.

«De plus en plus de gens comprennent l’écologie comme uniquement la défense de leur propre pré carré, leur jardin, leur arbre devant chez eux en oubliant le reste du monde. C’est une égologie»

Pour moi, à l’inverse, l’écologie est un humanisme, une forme de générosité. L’écologie sans altruisme, ça ne m’intéresse pas.

Il y avait l’«impôt heureux» du conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis, il y aura-t-il l’«écologie heureuse» d’Antonio Hodgers?
Ce n’est pas de moi, mais oui. Je constate que les jeunes des mouvements climatiques manquent parfois de joie, même si je partage leur inquiétude du futur. On peut pourtant être engagé et optimiste. Prenez le mouvement féministe : tout en abordant des thèmes durs et sérieux, comme l’exploitation des femmes, le viol, le machisme ordinaire, il peut être très festif faisant la part belle à l’art et la sororité. Derrière ce mouvement, il y a une ambition et un discours pour monde meilleur, débarrassé du patriarcat pour le bien de tous. Et ce monde, il me fait envie! Pour l’écologie, il faut admettre que l’optimisme est en rade.

Que faire, alors?
Ça renvoie à une question plus large qui touche toutes nos sociétés actuelles: avons-nous un projet collectif? Chaque génération en a eu un.

«Là, il n’y a rien. On navigue à vue. Je n’ai pas de réponse toute faite, mais aujourd’hui, il faut réenchanter le discours de l’écologie»

Oui, les temps à venir seront rudes, mais il faut du panache, du courage, de la solidarité et de la joie de vivre !

L’Union suisse des arts et métiers (Usam) a fait part de ses solutions et les cantons multiplient les annonces. N’est-ce pas à ces derniers de faire le boulot en matière de climat?
Pas uniquement. Des plans pour le climat, il en faut à toutes les échelles. Au niveau international comme l’Accord de Paris, au niveau fédéral, au niveau cantonal et au niveau des entreprises. Je pense même qu’il faudrait des plans climat familiaux, où chacun réfléchit à sa consommation et prend ses responsabilités.

Le plan climat de Genève, s’il se concrétise entièrement, permettrait au canton d’atteindre la neutralité carbone en 2050, ce qui remplit les objectifs de l’Accord de Paris. Tout le monde pourrait faire pareil, non?
C’est un peu théorique. Le plan climat est un document d’orientation et chaque mesure devra faire l’objet d’un débat et de lois.

«Aussi, nous remplirons les objectifs de l’Accord de Paris si les Genevois modifient leurs habitudes en réduisant, par exemple, considérablement leurs déplacements en avion et en voiture»

Pour obtenir ces changements de comportement, il faut des mesures au niveau fédéral, car ce sont des domaines où les cantons n’ont pas de compétences.

Le peu de compétences vous pousse-t-il à innover?
Oui, et surtout, à investir dans nos domaines d’action. Nous pouvons travailler sur la rénovation du bâtiment, l’énergie, la mobilité, la nature en ville, etc. Ce que nous faisons déjà. Mais cela doit s’accompagner de mesure touchant la consommation individuelle au sens large. Je pense par exemple qu'il faudrait sensibiliser davantage la population sur des thèmes comme l’alimentation et les questions liées à l’importation de denrées depuis l’autre bout de la planète.

Mais la loi CO2 n’abordait pas cette question-là…
Non, mais c’est typiquement un secteur qu’il faut déglobaliser, en favorisant les circuits courts pour la production et la consommation, en régulant davantage et en protégeant nos paysans. Cela demande de revoir les règles du commerce international au niveau fédéral.

Dans votre plan climat, il n’y a pas les mots «taxe» ou «impôt». Pourtant, vous semblez dire qu’ils sont inévitables pour modifier les comportements.
On n’en parle pas parce qu’on n’a pas de compétences là-dessus. Ce n’est pas tabou, c’est juste qu’on ne peut pas. Nous pouvons, c'est une exception, toucher à l’impôt sur les véhicules et nous sommes justement en train de l'augmenter.

Le canton de Genève a accepté la loi CO2. Mais quand on regarde les résultats dans le détail, on voit aussi des communes périurbaines qui ont dit non. Un phénomène qu’on retrouve au niveau national.
Exactement. Des bastions conservateurs comme Wil, Frauenfeld, Winterthur, Emmen, Rapperswil ou Sempach ont voté oui. A l’inverse, la commune genevoise de Chancy, traditionnellement à gauche, a voté non.

«Cela montre qu’en ville, on est écologiste de facto et c’est facile de l’être sans effort. Ce n’est pas le cas en périphérie où la dépendance à la voiture et au chauffage individuel est forte»

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