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Une réflexion sur la vaccination obligatoire s'impose, estime l'éthicien de la médecine bernois Mathias Wirth.
Une réflexion sur la vaccination obligatoire s'impose, estime l'éthicien de la médecine bernois Mathias Wirth.Image: Montage watson

«Ethiquement, la vaccination obligatoire est aujourd'hui l'option la plus sensée»

Le nombre d'infections et d'hospitalisations augmente à nouveau. Il est temps de réfléchir à une vaccination obligatoire, estime l'éthicien de la médecine bernois Mathias Wirth. Juridiquement, ce serait faisable, mais il y a un mais.
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18.11.2021, 05:4918.11.2021, 08:00
Vanessa Hann
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Le nombre de cas augmente rapidement, et de plus en plus de personnes atteintes du Covid-19 sont hospitalisées ou décèdent dans les hôpitaux. Ce que nous avons déjà vu et vécu lors des vagues précédentes se répète. Pour Mathias Wirth, spécialiste en éthique médicale à l'université de Berne, il est donc grand temps d'envisager une nouvelle solution: une vaccination obligatoire.

«Ethiquement, la vaccination obligatoire est actuellement l'option la plus sensée», déclare Mathias Wirth. Selon lui, toutes les autres mesures ont été épuisées. Information médicale, accès à bas seuil à la vaccination, certificat obligatoire, incitations avec récompenses: «Tout cela a certes permis d'augmenter le taux de vaccination, mais pas dans la mesure nécessaire». L'homme nie d'emblée un scénario d'horreur:

«L'idée ici n'est pas que les gens soient emmenés par la police et se fassent enfoncer une aiguille dans le bras»

Selon lui, l'obligation doit être imposée par des amendes: celui qui ne peut pas présenter de certificat de vaccination dans les endroits où la vaccination est obligatoire devra donc payer. Il est lui-même favorable à l'obligation générale de vaccination. Il est toutefois évident qu'une obligation partielle, par exemple pour le personnel médical, serait plus consensuelle d'un point de vue politico-stratégique.

Privation de liberté

Pour Mathias Wirth, le fait que la liberté de certains individus serait ainsi restreinte n'est pas un contre-argument: «D'un point de vue éthique, la restriction de la liberté individuelle par une amende est vraiment une bonne raison si, au final, elle permet d'éviter des milliers de décès.» C'est typiquement le genre de situations où «l'appel seul ne suffit pas, et il faut alors des lois». En plus, la société accepterait déjà des restrictions drastiques de sa liberté, affirme celui qui est aussi professeur de théologie:

«Les obligations de quarantaine que nous acceptons comme allant de soi dans notre pays sont bien plus envahissantes qu'une vaccination obligatoire»

L'expert préconise que le gouvernement mène la discussion et que l'on réfléchisse à nouveau à la solution qu'il appelle de ses vœux. «C'est là où, selon moi, l'Etat a un devoir à remplir.» Malheureusement, la politique s'est massivement fourvoyée sur ce sujet: avant même qu'il y ait une vaccination, il a été dit qu'il n'était en aucun cas question d'une vaccination obligatoire: «c'était une erreur.»

Si on veut, on peut

En Suisse, une vaccination obligatoire serait juridiquement possible. Selon la loi sur les épidémies, le Conseil fédéral peut l'introduire pour «certains groupes de personnes», par exemple celles qui sont particulièrement exposées par leur profession. Les cantons pourraient également décréter une obligation en cas de danger particulier, par exemple si le système de santé est directement menacé.

Voici comment l'obligation vaccinale se distingue de la vaccination obligatoire.
Les expressions «obligation vaccinale» et «vaccination obligatoire» sont souvent utilisées comme synonymes l'une de l'autre dans le débat actuel. Or, il existe une nette différence de sens dans le jargon juridique: l'obligation vaccinale peut signifier une «mise en application réelle» physique. Ce serait alors le scénario d'horreur avec la police qui vous enfonce une aiguille dans le bras. Il n'existe aucune base juridique pour cela en Suisse. En d'autres termes, une obligation vaccinale imposée par l'Etat est interdite par la Constitution. La vaccination obligatoire, quant à elle, signifie qu'une personne qui devrait être vaccinée selon l'obligation, mais qui ne l'est pas, peut être punie d'une amende.

Mais qu'en est-il du droit à l'intégrité physique? Une vaccination obligatoire peut en principe être introduite malgré cette garantie, explique la spécialiste du droit public Eva Maria Belser. «L'Etat peut, dans certaines circonstances, justifier l'idée que l'intérêt d'une vaccination obligatoire pour certains groupes de personnes est plus grand que le droit fondamental individuel.» En revanche, une véritable obligation vaccinale serait incompatible avec le droit à l'intégrité physique, selon la membre de la task force scientifique fédérale Covid-19.

Une spécialiste du droit public évoque une autre raison

«Dans la situation actuelle, il serait juste d'envisager au moins une vaccination obligatoire pour certains groupes de personnes», explique Eva Maria Belser. Actuellement, la pression sur certains groupes professionnels pour qu'ils se fassent vacciner augmente. «Pour de nombreuses personnes, il n'est pas encore vraiment clair pour elles si elles doivent se faire vacciner ou non.» Il y a des incitations et aussi une grande pression, parfois même la peur du licenciement. «Des règles claires pour tous seraient préférables», estime la professeure de droit. Une réglementation sur mesure du Conseil fédéral, limitée au minimum, améliorerait la situation.

Les chiffres parlent également en faveur des arguments de l'éthicien de la médecine: l'incidence augmente et, avec elle, le nombre de décès. C'est ce qu'a déclaré Virginie Masserey mardi devant les médias. «Nous devons nous préparer à ce que l'incidence continue d'augmenter et qu'il y ait un risque de surcharge des unités de soins intensifs», a déclaré la responsable de la section Contrôle des infections à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). A la question de watson de savoir si la Confédération ou un canton envisageait de rendre la vaccination obligatoire, elle a simplement répondu:

«Nous n'en discutons pas actuellement»

Que disent les politiques?

La politicienne de la santé Ruth Humbel (Die Mitte) doute de la proposition. «Je ne pense pas qu'une obligation de vaccination soit réalisable. Nous avons toujours dit qu'il n'y en aurait pas, maintenant nous ne pouvons pas soudainement en lancer une.» Il faudrait en outre beaucoup de travail de persuasion et de confiance dans cette mesure, selon la présidente de la commission de la santé du Conseil national. Les réactions à la loi Covid 19 montrent que cela risque d'être difficile.

Humbel évalue la meilleure voie à suivre de la manière suivante: «Il faudra probablement trouver d'autres solutions, comme des triages pour les unités de soins intensifs.» Il s'agit du cas où le système de santé est tellement à bout de souffle qu'il faut trier entre la vie ou la mort pour des raisons de capacité. Humbel approuve le fait que les personnes non vaccinées doivent supporter de telles conséquences, mais pas la vaccination obligatoire.

L'UDC Marco Chiesa est favorable à une vaccination obligatoire partielle

Il se peut néanmoins que la discussion arrive bientôt sur le plateau politique. Mardi, le président de l'UDC Marco Chiesa a déclaré dans une interview accordée aux journaux Tamedia qu'il était favorable à une vaccination obligatoire pour le personnel soignant. Il est certes opposé à une obligation générale, mais pour les soignants qui ont affaire à des personnes vulnérables, une telle règle a tout son sens.

A l'étranger, les discussions sur la vaccination obligatoire battent déjà leur plein: la semaine dernière, dans un reportage du journal télévisé, le groupe scientifique allemand «Leopoldina» s'est clairement prononcé en faveur d'une vaccination obligatoire dans certaines professions. La célèbre scientifique et journaliste Mai Thi Nguyen-Kim a fait de même: dimanche, elle a publié une vidéo sur le sujet.

En Autriche aussi, des juristes plaident publiquement en faveur de l'obligation, et la Belgique joint déjà le geste à la parole: selon les informations diffusées par la radio, le cabinet a mis sur les rails une vaccination obligatoire pour le personnel de santé.

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