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Partage de nudes chez les jeunes, attention danger!

Le cyberharcèlement, une situation très douloureuse qui peut survenir quand des nudes privés atterrissent sur les écrans d'un grand nombre de personnes.
Le cyberharcèlement, une situation très douloureuse qui peut survenir quand des nudes privés atterrissent sur les écrans d'un grand nombre de personnes.Image: Shutterstock
L'envoi de nudes a augmenté chez les jeunes. Une nouvelle campagne nationale met l'accent sur le repartage d'images intimes à des tiers, qui peut avoir des conséquences dramatiques.
08.04.2021, 19:28
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Les chiffres officiels ont presque doublé en huit ans. En 2020, 11% des jeunes en Suisse de 12 à 19 ans ont dit avoir déjà envoyé une photo ou vidéo érotique ou aguicheuse les représentant, alors qu'ils n'étaient que 6% en 2012, selon l'étude JAMES. 37% ont aussi indiqué qu'ils avaient déjà reçu de telles images.

De quoi on parle
- Les nudes: des photos ou des vidéos à caractère sexuel ou intime, le plus souvent des selfies nus
- Le sexting: l'action de se partager par voies électroniques du matériel personnel à caractère sexuel ou intime, dont les nudes font partie

L'échange de nudes a augmenté chez les jeunes. Ce qui inquiète le milieu de la prévention, c'est surtout la dérive de ce phénomène de société: le repartage de fichiers intimes à des tiers sans consentement.

Une nouvelle vidéo

Pour lutter en particulier contre ce danger, une nouvelle campagne nationale a été lancée ce mardi par les polices suisses et la Prévention suisse de la criminalité (PSC). Celle-ci s'articule notamment autour d'une vidéo mettant en scène deux personnages, Jessica et Marco.

Ils s'attirent, ils s'envoient des nudes. Puis Marco décide de repartager les images de sa copine à ses potes, qui eux-mêmes les balancent plus loin. Jessica, dont l'intimité a été exposée, subit alors l'enfer du cyberharcèlement.

Pourquoi le sexting a tant la cote? Qui sont les victimes de ses dérives? Que dit la loi? Nous avons saisi l'occasion de répondre à ces questions que vous vous posez sûrement.

Pourquoi les jeunes s'envoient-ils des nudes?

La campagne nationale revient sur les raisons qui poussent les jeunes à s'envoyer des images intimes ou sexuelles:

  • Ils veulent montrer leur amour à l'autre ou lui témoigner sa confiance
  • Ils veulent draguer, séduire l'autre
  • Ils veulent partager du plaisir

Marjory Winkler, la directrice de Ciao.ch, ce site dédié aux jeunes entre 11 et 20 ans, explique aussi: «Les nudes sont juste un prolongement de l'intimité, une forme d'intimité différente». Il est alors devenu tout à fait coutumier d'en envoyer, à l'ère du digital. «C'est quelque chose de beau, à la base, quand ces images sont réellement désirées».

Sauf que, parfois, les nudes peuvent aussi être échangés sans qu'une réelle envie en soit à l'origine. Olivia Cutruzzolà, porte-parole de la police cantonale vaudoise et répondante pour la campagne nationale autour du sexting, précise:

Certains jeunes sont mis sous pression par leurs pairs et le font pour appartenir à un groupe. Certains manquent de confiance en eux, ont peur qu'on les quitte ou subissent du chantage. Ils le font pour être aimés.
Olivia Cutruzzolà, répondante pour la campagne des polices et de la PSC

Qui sont ceux qui repartagent des nudes?

C'est là tout le problème: lorsque les images sortent du cadre privé dans lequel elles avaient été échangées à la base et atterrissent sur les écrans d'un grand nombre de gens. Sans que la personne présente sur les photos ou vidéos n'ait donné son consentement.

La chercheuse vaudoise Yara Barrense-Dias a consacré sa thèse de doctorat au sexting chez les adolescents (en 2019 à la Faculté de biologie et de médecine de l'Université de Lausanne). Selon une étude menée en 2017 chez les 24-26 ans, elle note que ces "repartages" sont davantage le fait des hommes.

Pourquoi diffusent-ils ces images intimes?

Plusieurs facteurs entrent là aussi en compte. Pour Olivia Cutruzzolà et Marjory Winkler, les gens qui diffusent des nudes à d'autres ne le font pas nécessairement pour nuire à la personne qui y apparaît. Ils peuvent le faire par fierté, pour montrer que leur crush est beau. Ou pour faire «marrer leurs copains».

«Ils n'ont pas nécessairement conscience de la gravité de ce geste.»
Olivia Cutruzzolà, répondante pour la campagne des polices et de la PSC

Cependant, la volonté de blesser l'autre ou de se venger d'une rupture, par exemple, peut aussi être une motivation. On appelle cela le revenge porn.

Quelles sont les conséquences pour les victimes?

Les victimes de ces partages en chaîne sont plus souvent des filles que des garçons. «On peut le dire clairement», affirme Olivia Cutruzzolà.

Après avoir été trahies, elles peuvent être confrontées à des situations de harcèlement ou de cyberharcèlement. Leurs photos peuvent aussi se retrouver sur des sites pédopornographiques. Et la honte et la culpabilité les gagnent encore trop souvent, selon la PSC. Tout cela peut mener à des situations psychologiques dramatiques voire au suicide.

Ne plus axer la prévention sur la victime

C'est pour cela que, cette année, la campagne veut à tout prix baser sa communication sur la personne responsable des partages, et non sur la victime. Ce qui n'était pas le cas par le passé dans les milieux de la prévention, note Marjory Winkler.

En résumé, le message donné: la personne responsable, c'est celle qui diffuse le nude à d'autres personnes (et tous ceux qui le font par la suite sans casser la chaîne). La responsable, ce n'est pas la victime.

En France, une campagne qui a indigné
Au début du mois de mars, un tweet de prévention du sexting diffusé par la police nationale française a créé une vague d'indignation. En cause: le message était perçu comme culpabilisant pour les victimes. Il stipulait qu'«envoyer un nude, c’est accepter de prendre le risque de voir cette photo partagée». La police a reconnu une maladresse et a retiré son tweet.

Que dit la loi?

Vous l'aurez compris, la grande prudence s'impose si l'on souhaite s'envoyer des nudes. Le consentement et le contexte privé sont au centre de tout partage.

Le cadre légal est différent en fonction de l'âge des personnes concernées.

  • Pour les jeunes de moins de 16 ans, tout est interdit: produire, consommer, posséder, diffuser, montrer et rendre accessibles des fichiers à caractère sexuel mettant en scène des mineurs. Garder un tel contenu ou le partager avec d'autres est punissable.
  • Pour les jeunes entre 16 et 18 ans, la loi autorise à s'échanger des nudes qui les impliquent, pour autant que cela reste entre eux et qu'ils soient consentants.

Cette vidéo de ciao.ch explique très bien la situation légale pour les jeunes:

  • Pour les adultes, il est interdit de diffuser à une tierce personne une photo ou une vidéo de nu sans le consentement de la personne de la photo/vidéo, sous peine de sanction.

Concernés par le sexting? Quelques conseils

Les polices et la Prévention suisse de la criminalité donnent ces conseils principaux:

  • Il est important d'être conscient des risques. Si un nude est tout de même envoyé, soyez le plus safe possible et veillez à ce que votre visage, vos signes distinctifs (tatouages, piercings) ne soient pas identifiables.
  • Ne partagez pas une photo ou une vidéo qui vous a été envoyée dans un cadre intime, même avec un groupe de copains ou votre meilleur ami.
  • Ne repartagez pas à votre tour un nude qui vous a été envoyé. Supprimez le fichier et signalez le cas à un adulte de confiance.
  • Victimes d'une diffusion non désirée? Parlez-en à un adulte de confiance et ne restez pas dans la solitude. Des liens de structures d'aide sont disponibles ci-dessous.
  • Parents ou personne ressource d'une victime? Ne reprochez pas à la victime qui vient chercher de l'aide d'avoir commis une faute.

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