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Il faut remonter en 1586, à Lucerne, pour trouver les premières traces de l'existence d'un ambassadeur du pape sur le territoire suisse.
Il faut remonter en 1586, à Lucerne, pour trouver les premières traces de l'existence d'un ambassadeur du pape sur le territoire suisse.

Berne a enfin une ambassade au Vatican et «c'est vital pour la Suisse»

La Suisse signe la dernière étape du rapprochement diplomatique avec le Saint-Siège. Ce vendredi 6 mai, elle inaugure sa première ambassade au Vatican. Cinq questions à un historien passionné par l'Etat pontifical.
06.05.2022, 17:2606.05.2022, 18:00
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De nouveaux gardes suisses ont prêté serment ce vendredi 6 mai au Vatican sous le regard du président de la Confédération, Ignazio Cassis. Mais à côté de cette cérémonie s'est glissé un autre symbole non moins important: il s'agit de l'inauguration de la première ambassade suisse au Vatican. Que signifie ce rapprochement pour les deux Etats? La Suisse a-t-elle vraiment besoin d'un ambassadeur dans le plus petit Etat du monde? Avant d'entrer dans le vif du sujet et d'entendre les explications de notre expert, voici un petit rappel historique.

Une relation tumultueuse

Les relations entre la Suisse et le Saint-Siège n'ont pas toujours été sereines. Il faut remonter en 1586, à Lucerne, pour trouver les premières traces de l'existence d'un ambassadeur du pape sur le territoire helvétique. Le nonce apostolique (oui, c'est son petit nom) était alors accrédité auprès des cantons catholiques, avant de l’être auprès de la Confédération dès 1803, comme l'explique le département des affaires étrangères (DAFE). Mais en 1873, le «Kulturkampf» (la politique libérale visant à séparer l'Etat de l'Eglise) a mené à la rupture des relations diplomatiques. Bye Bye le nonce (ou l'ambassadeur) et bonjour l'éloignement qui durera près de 50 ans.

En effet, ce n'est qu'en juin 1920 que la Suisse autorise à nouveau la nonciature. Malgré ce retour en grâce dira-t-on, les relations entre la Suisse et le Saint-Siège gardent un aspect jugé insolite, car elles sont non réciproques, c'est-à-dire que la Suisse n'a toujours pas d'ambassadeur auprès de la papauté.

Ce n'est qu'en 1991 qu'un ambassadeur en mission spéciale est nommé et que la non-réciprocité prend fin. Le modèle choisi est celui de la co-accréditation, à savoir un représentant accrédité dans un pays tiers et également au Vatican. Depuis 2004, c’est le cas de l’ambassadeur suisse en Slovénie.

Vous avez suivi jusque-là? Très bien. watson a demandé à Jean-Pierre Dorand, historien et auteur de La Suisse et le Vatican dans la tempête, ce que représente l'inauguration de cette ambassade.

Jean-Pierre Dorand, historien, auteur de <em>La Suisse et le Vatican dans la tempête</em>
Jean-Pierre Dorand, historien, auteur de La Suisse et le Vatican dans la tempête

Comment qualifieriez-vous les relations entre la Suisse et le Vatican?
Elles sont excellentes aujourd'hui, mais il faut rappeler que le «Kulturkampf», dans les années 1870, a été une période de conflit. A l'époque, les évêques de Lausanne et de Bâle ont été expulsés, les tensions étaient majeures entre notre pays et le Saint-Siège. Le «Kulturkampf» était une confrontation idéologique. C'était un véritable «choc de civilisation», ce n'était pas la petite Suisse contre le petit Saint-Siège, mais l'Etat moderne laïc contre la vision rétrograde de l'Eglise. Ces deux visions se sont affrontées pendant près d'un siècle.

«Essayez de proposer un évêque à Genève et vous verrez la réaction encore aujourd'hui»

Un ambassadeur suisse au Vatican, est-ce vraiment utile ?
Bien sûr! L’universalité des relations est vitale pour la Suisse. Idem pour le Saint-Siège.

«Le Saint-Siège est souvent très bien renseigné et il est utile pour la diplomatie suisse d’avoir des contacts avec celui-ci»

Ce n'est pas anecdotique. Au contraire, c’est la formalisation du rétablissement, sur un pied d’égalité, des relations entre la Suisse et le Vatican. Il a fallu près de 150 ans pour que cela se concrétise. Cela va changer peu de choses, mais les contacts seront plus fréquents et plus rapides. Quant aux tâches de l'ambassadeur, elles seront habituelles: soit représenter la Suisse, défendre ses intérêts et assurer le contact avec le gouvernement local.

Le réseau diplomatique du Saint-Siège est donc efficace?
Je peux vous dire que durant la Seconde Guerre mondiale, les Suisses ont eu des renseignements de premier ordre de la part du Vatican. En 1939-1945, le cardinal secrétaire d’Etat Maglione et l’ambassadeur à Rome Rueger étaient de bons amis. Le Vatican fournit des renseignements politiques et militaires à la Suisse et celle-ci lui rend des services diplomatiques (courrier transporté en sûreté) et financiers (capitaux bloqués aux Etats-Unis).

Le Vatican peut-il jouer un rôle dans la guerre en Ukraine?
«Probablement qu'il joue un rôle, mais il ne le fait pas savoir. Si on regarde depuis la Suisse, notre administration n'a pas de contact direct avec les églises orthodoxes, mais le Vatican oui. Cela peut instaurer une forme de dialogue.»

La diplomatie du Vatican peut donc se démarquer des autres administrations ?
Oui, bien sûr. Le nonce, c'est le doyen du corps diplomatique dans certains pays. Regardez la photo du Conseil fédéral lorsqu'il reçoit le corps diplomatique dans son ensemble, c'est le nonce que l'on voit à sa tête. Cela marque son importance.

«Le Saint-Siège n'est pas une diplomatie de puissance de premier ordre ni d'intérêts économiques. C'est ce qu'on pourrait appeler une diplomatie pacificatrice»

Grâce à ce positionnement, il peut œuvrer comme Etat dans les affaires les plus complexes.

Vous êtes historien et avez écrit La Suisse et le Vatican dans la tempête; qu'est-ce qui vous intéresse dans les relations de ces deux Etats?

«Ce sont deux petits Etats neutres, stables, vivant dans un monde chaotique. Ils ont besoin de s’entraider»

Leurs relations sont passionnantes. Ce qui m'a intéressé, ce sont les relations complexes qui lient notre pays à la cité-Etat.

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