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Pour les pétitionnaires, la vidéosurveillance et la reconnaissance faciale dans l'espace public mettraient un terme à la vie privée.
Pour les pétitionnaires, la vidéosurveillance et la reconnaissance faciale dans l'espace public mettraient un terme à la vie privée. image: shutterstock

La pétition contre la reconnaissance faciale est lancée, pourquoi est-ce si important?

L'utilisation de logiciels de reconnaissance faciale dans l'espace public est en plein essor dans le monde entier. Les militants pour la protection des données veulent désormais interdire la surveillance biométrique en Suisse.
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18.11.2021, 19:0819.11.2021, 17:59
Oliver Wietlisbach
Oliver Wietlisbach
Oliver Wietlisbach
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Une alliance d'organisations de défense des droits de l'homme et de protection des données demande l'interdiction de la reconnaissance faciale et de la surveillance de masse biométrique en Suisse. Cela concerne l’identification automatisée d’individus dans l’espace public à partir de caractéristiques personnelles, telles que le visage, la démarche, les yeux ou la voix.

L'organisation non gouvernementale Amnesty International, AlgorithmWatch Suisse et la Société Numérique lancent, ce jeudi, une pétition contre la surveillance biométrique de masse.

Limiter la surveillance de masse

L'analyse automatisée du visage ou de la démarche permet d'identifier des personnes dans une foule, par exemple lors d'une manifestation. Pour ce faire, les programmes informatiques font des comparaisons avec des données biométriques enregistrées dans une base de données.

Des entreprises de logiciels controversées comme la société américaine Clearview AI possèdent, selon leurs propres dires, plusieurs milliards d'images de portraits. Certaines ont même été récupérées sur les réseaux sociaux. Ces entreprises vendent leurs logiciels de surveillance aux autorités pénales du monde entier, y compris en Suisse. Ensuite, les programmes de surveillance informatique offrent aux autorités et aux particuliers la possibilité de surveiller l'espace public de manière automatisée 24 heures sur 24.

«Si nous pouvons être identifiés ou suivis à tout moment dans l'espace public au moyen de systèmes de reconnaissance faciale, c’est une atteinte à la vie privée. Cela peut aussi dissuader les gens de participer à des manifestations ou d'exprimer ouvertement leurs opinions»
Angela Müller, AlgorithmWatch

Le plus grand danger réside «dans l’association entre la vidéosurveillance et la reconnaissance faciale», écrivent les opposants à ces pratiques dans un communiqué commun. Les trois organisations lancent donc aujourd’hui la pétition «Protégeons les droits fondamentaux – Non à la reconnaissance faciale!» qui vise à attirer l’attention sur les dangers des nouvelles technologies.

L'opposition à la reconnaissance faciale grandit

Parallèlement à cette pétition, des politiciens de Lausanne et Zurich demandent également que leurs villes renoncent à la surveillance biométrique. Ils affirment que ces technologies peuvent être utilisées à des fins de surveillance de masse et «sapent ainsi les principes démocratiques fondamentaux». La reconnaissance faciale dans l'espace public ne porte pas seulement atteinte à la sphère privée. Elle prive également les individus de leurs droits fondamentaux tels que la liberté d'expression ou de réunion.

Lausanne et Zurich ne seraient pas les seules villes à interdire l’identification de masse. En 2019, San Francisco est la première ville des Etats-Unis à avoir interdit l'utilisation des technologies de reconnaissance faciale par les autorités.

La Chine tente également d'identifier les personnes à l'aide de caractéristiques biométriques, comme la démarche.
La Chine tente également d'identifier les personnes à l'aide de caractéristiques biométriques, comme la démarche.image: keystone/ap/mark schiefelbein

En Chine, les caméras de surveillance sont pratiquement omniprésentes dans les villes. Selon les dires du gouvernement, elles doivent permettre de retrouver des personnes disparues ou des terroristes. Toutefois, la minorité musulmane des Ouïghours est surveillée et réprimée à travers ces logiciels capables de reconnaître les visages ou la démarche. La technologie de reconnaissance faciale est programmée pour filtrer les Ouïghours en fonction de leur apparence.

Selon les recherches de Surfshark, la surveillance biométrique n’est plus uniquement utilisée dans les Etats autoritaires comme la Chine ou la Russie. En 2019, 109 pays ont autorisé la reconnaissance faciale automatisée à des fins de surveillance, dont 32 en Europe.


En Suisse aussi, plusieurs corps de police utilisent des logiciels de reconnaissance faciale automatisée sans base légale claire.

«Ces pratiques mènent tout droit vers une surveillance de masse permanente et généralisée. De plus, elles ne visent pas seulement les grands criminels, mais l’ensemble de la population»
Erik Schönenberger, directeur de la Société Numérique

Les avis divergent

Comme d'autres cantons actuellement, l'Argovie expérimente la reconnaissance faciale automatisée. Pour eux, cela n’a rien à voir avec de la surveillance de masse: «Chez nous, c’est de la pure fiction», a déclaré André Gloor, chef du centre de situation et d’analyse de la police cantonale argovienne au Tages-Anzeiger. Le logiciel représente avant tout un gain de temps. Contrairement à la Chine, la protection des données en Suisse pose des limites étroites.

Mais Amnesty International, AlgorithmWatch CH et la Société Numérique ne sont pas de cet avis. Ils soutiennent leurs positions avec des études qui démontrent que l’utilisation de systèmes de reconnaissance faciale se répand à grande vitesse en Europe. Ils s’attendent à ce que la surveillance biométrique soit bientôt de plus en plus présente en Suisse.

Les cyberactivistes et les défenseurs de la vie privée craignent que la politique ne prépare le terrain à l’arrivée de ces technologies. Ils mettent également en garde contre l’utilisation de ces logiciels dans une zone grise. Seule une interdiction claire pourrait empêcher cela.

Presque aucun pays européen ne renonce complètement à la reconnaissance faciale à des fins de surveillance.
Presque aucun pays européen ne renonce complètement à la reconnaissance faciale à des fins de surveillance.graphique: surfshark

Dans un avenir dystopique, les caméras et les systèmes informatiques détecteraient automatiquement tous les délits commis sur la voie publique. Grâce à la reconnaissance faciale, une amende pourrait être directement envoyée au domicile de délinquant. Mais que se passerait-il si le logiciel s'est trompé et que ce n’est pas la bonne personne?

Les systèmes de surveillance biométrique ont toujours fait l’objet de vives critiques. Ils ne sont pas infaillibles, ce qui amène parfois les autorités à arrêter des innocents. De plus, les logiciels reconnaissent moins bien les personnes à la peau foncée. Elles seraient alors plus souvent identifiées à tort.

Mais la critique ne s’arrête pas là. Avec les systèmes de surveillance biométrique, le potentiel d’abus serait beaucoup trop important et le principe de proportionnalité serait violé. En effet, la surveillance continue sans raison préalable est une pratique disproportionnée.

Les militants pour la protection des données soulignent que les nouvelles méthodes de surveillance suscitent toujours de nouvelles convoitises chez les enquêteurs. Tout ce qui est techniquement possible sera utilisé, même si cela sort du cadre légal. Les autorités estiment que la base juridique peut être créée ultérieurement si nécessaire. La pétition lancée aujourd’hui vise à empêcher la reconnaissance faciale dans l’espace public avant qu’il ne soit plus possible de revenir en arrière.

Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

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