Pourquoi la campagne se dépeuple mais ne veut pas de l'immigration
Les zones rurales se trouvent dans un paradoxe. Alors que certaines régions de campagne se dépeuplent, ses habitants semblent plus réfractaires à l'immigration. Simon Stückelberger réalise des sondages d’opinion sur des thèmes politiques pour l’institut de recherche Sotomo. Il commente cette apparente opposition, qui est plus complexe qu'il n'y paraît.
On a l'impression que les positions les plus critiques envers l'immigration se trouvent justement là où elle est la plus faible. Est-ce vrai?
Simon Stückelberger: De manière générale, dans les localités plus rurales où l’immigration est faible ou où la population recule, l’opposition à l’immigration tend effectivement à être plus forte. Cependant, ce n'est pas forcément dû à des préoccupations personnelles. Souvent, les habitants sont tout à fait d'accord avec le fait que leur village connaisse une croissance démographique.
A quoi cela est-il dû, alors?
Cela relève davantage d’une orientation générale des valeurs.
Dans ces régions, l’identification à des préoccupations conservatrices est plus marquée. Il s’agit de préserver une Suisse traditionnelle et de considérer avec méfiance les changements ainsi que les influences extérieures. A cela s’ajoutent parfois un sentiment de marginalisation et l’impression que les responsables politiques ne se préoccupent pas suffisamment de leur situation.
Les communes dont la population diminue peuvent-elles profiter de l’arrivée de personnes venues de l’étranger?
Pour stopper ou inverser la baisse de population, il faut généralement améliorer les infrastructures de transport ou favoriser un développement économique local positif. Mais les habitants le veulent-ils vraiment? Souvent, ils préfèrent préserver le caractère de leur localité. Plus généralement, les personnes vivant dans des communes qui perdent des habitants peuvent également tirer profit de l’immigration. Soit grâce à l’arrivée directe de nouveaux résidents, soit, par exemple, lorsqu’une commune voisine en croissance obtient de meilleures infrastructures.
Est-il exact que de nombreuses petites communes rurales ressentiraient à peine les effets d’un oui lors de la votation du 14 juin?
Plus fondamentalement, tout dépendrait de la manière dont l’initiative serait mise en œuvre si elle était acceptée.
C'est à dire?
Si elle entraînait la dénonciation de la libre circulation des personnes et, par conséquent, des accords bilatéraux, cela conduirait probablement à un affaiblissement de la croissance économique ainsi qu’à une aggravation de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les habitants de ces communes en subiraient également les conséquences. Par exemple, si les hôpitaux régionaux venaient à manquer de personnel qualifié.
Beaucoup de personnes se sont installées dans de petits villages pour trouver davantage d’espace et éviter les nuisances. Cette initiative pourrait-elle sauver ces localités?
Les immigrés ont tendance à s’installer dans des endroits bien desservis et bénéficiant d’une croissance économique.
Ces dernières sont souvent plus abordables pour se loger tout en restant bien connectées aux réseaux de transport. Un niveau élevé d’immigration vers la Suisse ne suffira pas, à lui seul, à enrayer le déclin de ces villages ni à transformer toutes les petites communes en villes.
Quels moyens ces communes ont-elles pour lutter contre le déclin démographique?
L’amélioration des liaisons de transport, des infrastructures générales et le développement économique constituent les leviers les plus évidents pour contrer la tendance à la décroissance. Toutefois, la situation de chacun de ces villages est différente et doit être analysée individuellement. (trad. tib)
