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La recherche néglige la santé des femmes et en Suisse on en a marre

La Suisse sera peut-être la nouvelle «place to be» pour les technologies dédiées à la santé des femmes.
La Suisse sera peut-être la nouvelle «place to be» pour les technologies dédiées à la santé des femmes. Image: Shutterstock
Saviez-vous que seuls 4% des investissements de santé sont consacrés aux femmes? En Suisse, on veut mieux faire. L’EPFL Innovation Park et le Groupe Mutuel s'allient pour booster le secteur.
08.03.2021, 06:5918.03.2021, 08:13
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Un tout petit 4%. C’est la part consacrée spécifiquement aux femmes dans le financement global des recheches du domaine de la santé. Ce chiffre a été publié sur Forbes en 2018.

Aujourd’hui, on vous en parle parce qu'il paraît fou et parce que c’est le 8 mars - Journée internationale des droits des femmes. Mais aussi parce qu’en Suisse romande, des forces s’allient justement pour que les choses changent.

Pourquoi investit-on si peu dans la santé des femmes?

Si la moitié féminine de la population est la grande oubliée de la recherche de santé, aussi dans les domaines technologiques, ce pourrait être en partie parce que les données sur les femmes manquent, selon cet article de Medium très bien sourcé.

Sous-représentées dans les essais cliniques durant des années, les femmes en ont mêmes été exclues aux Etats-Unis jusqu'en 1993. On avait si peur que le foetus soit en danger si les femmes tombaient enceintes, qu’on préférait ne pas les inclure du tout... sauf qu’on excluait aussi les femmes sous contraception ou celles de plus de 65 ans (lisez cet article passionnant de la Revue Médicale Suisse).

Du tabou et des hommes

Mais ce n’est pas tout. Lan Zuo Gillet, chargée de développer des programmes de soutien de start-ups à l’EPFL Innovation Park (nous y reviendrons ci-dessous) note que le tabou que représente encore la santé féminine dans la société expliquerait aussi les sous-investissements financiers.

Elle ajoute que les entreprises de technologie liées aux femmes sont bien souvent fondées par des femmes elles-mêmes: «Elles doivent se battre dans un arsenal de start-ups dominé par les hommes, où convaincre n'est pas toujours aisé».

Les Femtech, elles,
sont à fond

Reste que malgré ces constats, les technologies qui s’occupent de la santé des femmes existent et sont en plein essor. Vous avez peut-être déjà utilisé, ou vu utiliser, une de ces applis qui traquent le cycle menstruel? C’est de ça que l’on parle.

Ces technologies, on les appelle Femtech. Leur mission est de trouver des solutions innovantes dans plusieurs domaines:

  • La grossesse, le post-partum, la maternité et la vie de famille
  • Les menstruations
  • La fertilité et l’infertilité
  • La ménopause
  • Les soins généraux
  • La santé sexuelle
  • La santé mentale

Les Femtech peuvent travailler tant sur la création d’applis que de plateformes d’échange, d’outils de diagnostic, des dispositifs thérapeutiques ou même sur une forme de médecine supportée par de l’intelligence artificielle.

Quelques exemples? Imaginez des nouvelles protections hygiéniques plus durables, des tests d’hormones de fertilité à faire chez soi, des bracelets connectés qui suivent l’ovulation en direct, un «rééducateur» du périnée connecté et des traitements spécifiques pour soulager les symptômes de la ménopause.

Un coup d'accélérateur
depuis la Suisse

Vous pensez bien que ces inventions pourraient changer le quotidien de pas mal de femmes - si ce n’est de millions d'entre elles. C’est en se basant sur un tel potentiel que le Groupe Mutuel et l'EPFL Innovation Park ont décidé de créer Tech4Eva, un accélérateur de start-ups dédié aux Femtech. Une première en Suisse et en Europe continentale.

Nicolas Loeillot, directeur de l’innovation au Groupe Mutuel, est l’un des initiateurs du projet:

«Un des droits des femmes, c’est d’être en bonne santé. Si elles le sont, toute la société va mieux. Et une assurance est une actrice clé pour l’amélioration de la santé».
Nicolas Loeillot, directeur de l'innovation au Groupe Mutuel

9 mois pour cartonner

Des experts sélectionneront une poignée de start-ups suisses et internationales. Elles seront soutenues durant neuf mois (la durée d'une grossesse, clin d'oeil). Workshops, formations, coaching et échanges avec des pointures du domaine seront au menu. «Nous les connecterons à des investisseurs majeurs du milieu de la santé», ajoute aussi Lan Zuo Gillet de l’EPFL Innovation Park.

Un challenge participatif sera aussi lancé pour que tout un chacun - ceux qui s'y connaissent en tech, mais pas seulement - puisse faire émerger de nouvelles idées en matière de santé féminine. En bref, Tech4Eva veut devenir un terreau où les graines poussent vite et se transforment en jardin.

Le partenariat a été signé pour trois ans entre l'assurance et la fondation. Plusieurs «fournées» de start-ups pourront dès lors se faire coacher.

Côté finances, Groupe Mutuel ne révèle pas le montant déboursé pour des raisons commerciales (d’autres partenaires pourraient être intéressés). L’EPFL Innovation Park met son staff à disposition gratuitement, en tant que fondation à but non lucratif.

Juste une opération marketing?

On se devait de poser la question. A l'ère où les départements marketing capitalisent volontiers sur la cause de l’égalité pour gonfler l’image et/ou les portemonnaies des sociétés. Et surtout quand on lit que le potentiel de marché des Femtech pourrait atteindre 50 milliards de dollars d’ici à 2025.

Non, nous répond-on. A l’EPFL Innovation Park et au Groupe Mutuel, on y croit. Vraiment. Lan Zuo Gillet est certaine:

«Un tel projet peut réellement faire avancer les choses. Nos programmes ont amené beaucoup de sociétés à la réussite»
Lan Zuo Gillet, deputy managing director, EPFL Innovation Park

Nicolas Loeillot, lui, se voit presque en mission: «Si Tech4Eva devient ce que l'on imagine, on pourra se dire qu'on aura eu un impact sur la Suisse. Cette cause, c'est une vraie conviction pour moi.»

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