Elle sera jugée pour tentative de meurtre contre son mari terroriste
Comme tant d'autres, elle sera jugée pour avoir rejoint avec ses deux enfants les zones contrôlées par l'organisation Etat islamique. Mais devant la cour d'assises spéciale de Paris, Vanessa B. devra aussi répondre à compter de mercredi de la tentative de meurtre de son époux, un djihadiste français.
Que s'est-il exactement passé au printemps 2014 dans un appartement de Raqqa, «capitale» du «califat» de l'Etat islamique (EI) en Syrie, pour que cette femme aujourd'hui âgée de 38 ans tire avec un fusil à pompe dans le ventre de Mohamed S., qu'elle avait épousé religieusement? Originaire de la région lyonnaise, cette tenante d'un islam radical était arrivée en décembre 2013 en Syrie, y emmenant son garçon de cinq ans et sa fille de deux ans.
Gravement blessé et opéré sur place, Mohamed S., qui avait rejoint les zones de combat avec d'autres jeunes Nîmois, survit au tir. Selon des éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance, celle-ci aurait échappé à l'exécution car son époux lui aurait accordé son pardon.
Quelques semaines plus tard, Mohamed S. fuit la Syrie, laissant derrière lui Vanessa B., enceinte, ainsi que les deux premiers enfants de son épouse nés en France. Arrêté en Turquie en août 2014, expulsé vers la France, il y est arrêté et placé en détention.
Aux policiers qui s'enquièrent de sa cicatrice à l'abdomen, cet homme explique, selon l'enquête, que son épouse lui a tiré dessus après avoir compris son intention de déserter les rangs de Daesh, qui devait être défait par une coalition internationale en 2019. Mais quand elle rentrera à son tour, Vanessa B. livrera un autre récit: elle aurait fait feu dans un contexte de violences conjugales lourdes dont elle était victime.
En 2017, Mohamed S. avait été condamné à huit ans de prison pour avoir rejoint les zones de djihad, en compagnie de quatre autres jeunes hommes originaires des cités de Nîmes. Entre 2012 et 2014, une vingtaine de jeunes de quartiers populaires de la cité gardoise ont rejoint les zones de djihad. Plusieurs y ont trouvé la mort.
Après le retour en France de Mohamed S., Vanessa B., qui a eu deux autres enfants en Syrie, une fille et un garçon, épouse un autre djihadiste, un Tunisien qui, selon l'enquête, lui aurait également fait subir des violences.
Un enfant en quête de réponses
Outre le manquement à ses obligations parentales et la tentative de meurtre sur conjoint, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité, l'accusée devra s'expliquer sur son engagement djihadiste qui semble avoir été déterminé, selon le parquet.
Sous la «kunya» (surnom de guerre) d'Oum Ayoub («la mère d'Ayoub»), Vanessa B., dont les deux filles sont mortes dans un bombardement, a manifesté «tout au long de son séjour sur zone son adhésion à l'idéologie mortifère de l'Etat islamique, détenant des armes à son domicile, transmettant cette idéologie à ses enfants et incitant d'autres ressortissants français à rejoindre le groupe terroriste Etat islamique», selon le parquet. Elle a aussi bénéficié «d'un hébergement» et «de subsides de cette organisation terroriste», selon la même source.
Sollicitée par l'AFP, son avocate, Margot Boittiaux s'est refusée à tout commentaire avant l'ouverture des débats. Maxime Lévin, conseil du fils aîné de Vanessa B., explique que son client, partie civile, est «en quête de réponses et d'explications sur son passé». Le jeune homme fêtera son 18e anniversaire à la fin de l'année. Le verdict contre Vanessa B., qui comparaît détenue, est prévu vendredi.
Selon un bilan communiqué début 2026 par le parquet national antiterroriste (Pnat), 1490 personnes, dont 417 femmes, ont rejoint depuis la France les régions contrôlées par des groupements djihadistes en Irak et en Syrie. Cela fait de la France le pays de l'Union européenne le plus concerné. Quelque 180 femmes sont rentrées, avait ajouté le Pnat. Parmi elles, Emilie König, considérée comme «l'égérie» française de l'Etat islamique en Syrie, dont le procès prévu en novembre est particulièrement attendu. (dag/afp)
