On était à la conférence de presse de la Nati et c'était rocambolesque
Journalistes, cameramen, techniciens: il y a foule, ce mardi, à la conférence de presse de la Nati. On se croirait à la présentation de Jürgen Klopp, nommé à la tête de l’équipe d’Allemagne juste avant un grand match international. Mais il ne s’agit ici que de Jan Cadieux et de deux rencontres d’opérette contre la Hongrie, jeudi et vendredi à Bienne. Les joueurs de NHL ne sont même pas encore de la fête.
Jan Cadieux sort tout juste de l’entraînement et se présente, en milieu de journée, dans les coursives du temple du hockey biennois. Dans la petite salle de presse, il fait face aux médias nationaux pour la toute première fois en tant que sélectionneur. L’intérêt est d’autant plus grand qu’il succède au technicien destitué Patrick Fischer, dont il était encore l’assistant il y a quelques jours.
Très vite, une chose devient claire: Jan Cadieux ne pourra sortir de l’ombre de son prédécesseur qu’en menant la Suisse au titre lors du prochain Championnat du monde. Il aurait pu s’émanciper et affirmer sa propre identité dès ce mardi, en graciant Lian Bichsel, exclu de la sélection par Patrick Fischer jusqu’au Championnat du monde 2026 inclus, pour ne pas avoir répondu, pour de bonnes raisons, à des convocations en équipe de Suisse juniors.
Cependant, Cadieux ne l’a pas fait. Il maintient la suspension, et la Nati sera privée de cet excellent joueur. «C’était à l’époque une décision prise à la majorité, et cela reste ainsi.» A y regarder de plus près, ce choix est une pure folie. Bichsel pourrait être disponible pour les quarts de finale du Mondial et apporter un vrai plus en défense. Mais le respect des principes semble primer sur les considérations sportives.
Lors de cette conférence de presse, Jan Cadieux est accompagné du directeur sportif Lars Weibel, qui occupe déjà un poste similaire à Ambri et quittera la fédération après le Championnat du monde, ainsi que du responsable des relations presse Finn Sulzer.
Ce dernier précise d’emblée qu’il est interdit de poser la question que tout le monde se pose: Lars Weibel, supérieur hiérarchique direct de Patrick Fischer, était-il au courant du certificat Covid falsifié? «C’est ce que montrera l’enquête externe qui vient d’être commandée.» Les interviews individuelles non supervisées ne sont pas autorisées. La crainte est trop grande qu’une déclaration imprudente ne déclenche une nouvelle tempête médiatique.
Et nous en arrivons ainsi à un autre sujet qui préoccupe tout le monde: que pense Jan Cadieux de la lettre de son capitaine Roman Josi, dans laquelle celui-ci exhorte le président de la fédération à réintégrer Patrick Fischer?
Il serait tentant de dire que l’équipe pourrait se diviser en deux camps: les pro-Fischer et les pro-Cadieux. Mais cela ne se passera sans doute pas ainsi.
Jan Cadieux assure que cette lettre ne lui pose aucun problème. Roman Josi s’est comporté de manière professionnelle et correcte, et l’avait déjà informé vendredi de son intention d'adresser un message au président ce dimanche. «Cela a été abordé au sein de l’équipe. Il y a eu beaucoup de discussions dans le groupe, qui compte de nombreuses personnalités. Les opinions divergent, c’est normal dans une équipe. Tout le monde n’est pas du même avis. Mais toutes les opinions sont traitées avec respect.»
Lars Weibel tombe alors dans le pathos. Il ne s’agit pas des individus, mais de l’ensemble, de l’équipe! «Les joueurs ont le cœur au bon endroit.» Du patriotisme plutôt que la division. Jan Cadieux semble lui aussi avoir ressenti ce patriotisme. Il loue l’état d’esprit des joueurs, ainsi que l’intensité des entraînements.
Et comme le nouveau sélectionneur national semble visiblement mal à l’aise sous les projecteurs, Finn Sulzer a soudain une excellente idée: les réponses se feront dans la langue de la personne qui pose la question. Comme les collègues venus de loin, c’est-à-dire du Tessin, doivent justifier leurs frais de déplacement, ils s’expriment avec beaucoup d’ardeur, à tel point que les trois quarts de la conférence de presse se déroulent en italien. Les trois quarts des personnes présentes sont pourtant des Alémaniques, dont la plupart ne maîtrisent pas la langue d’Umberto Eco.
Bien que deux matchs contre la Hongrie soient prévus, parmi la cinquantaine de journalistes, cameramen et techniciens, personne ne s’intéresse vraiment à l’adversaire. Comment le pourrait-on, d’ailleurs? La Hongrie est un nain, avec 1555 licenciés contre plus de 12 000 en Suisse. Elle occupe la 18e place du classement mondial, contre la 5e pour la Nati. Des matchs d’opérette, presque ennuyeux, donc. Heureusement que cette conférence de presse nous divertit.
