Suisse
Crans-Montana

Crans-Montana: ces Romands fabriquent la peau pour les victimes

Sur cette photo, un analyste biomédical travaille au centre de production cellulaire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Epalinges, le 13 janvier 2026.
Sur cette photo, un analyste biomédical travaille au centre de production cellulaire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Epalinges, le 13 janvier 2026.Image: FABRICE COFFRINI / AFP

«La phase la plus critique commence»: ils fabriquent de la peau

Après l’incendie de Crans-Montana, le Centre hospitalier universitaire vaudois produit à plein régime de la peau cultivée à partir de biopsies pour soigner des grands brûlés en Suisse et à l’étranger.
15.01.2026, 16:4915.01.2026, 18:06
Agnès PEDRERO / AFP

Après l'incendie de Crans-Montana, la fabrique de peau du centre de production cellulaire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), la seule en Europe de cette taille, tourne à plein régime pour aider à sauver les grands brûlés.

Laurent Carrez, pharmacien responsable technique pour le centre, situé à Epalinges, déclare:

«Il y a de l'émotion, mais pour l'instant, on est dans l'action. La priorité, c'est d'aider au maximum ces patients, qu'ils soient hospitalisés en Suisse ou à l'étranger.»

Un centre capital après la tragédie

Depuis le drame de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 116 blessés, dont des dizaines sont encore hospitalisés, «on travaille sept jours sur sept», explique Carrez.

Ce centre, le seul capable de produire autant de tissu cellulaire pour la peau en respectant les législations suisse et européenne selon le CHUV, travaille avec des morceaux de peau saine prélevés sur les grands brûlés de Crans-Montana, afin d'éviter les risques de rejet.

Carraz poursuit, en précisant que ces tissus corporels, issus de la reproduction cellulaire, ne sont toutefois pas pourvus de poils ni de glandes sudoripares:

«A partir de 10 centimètres carrés de peau saine, nous sommes capables de produire entre 1 et 3 lots de 2600 centimètres carrés. Les 2600 centimètres carrés représentent un dos à peu près en termes de surface.»

Jusqu'à présent, le centre a reçu 15 demandes de fabrication de peau en lien avec l'incendie de Crans-Montana, alors qu'en temps normal, il en produit pour à peu près une vingtaine de patients par an.

Ce centre joue «un rôle très important», car «à partir de 50 à 60%» de surface corporelle brûlée, «on est obligé de cultiver dans des laboratoires la peau parce qu'on n'y arriverait pas simplement en utilisant la peau saine qui reste», explique le Dr Olivier Pantet, spécialiste des grands brûlés au CHUV.

Le docteur Olivier Pantet, spécialiste des brûlés au Centre francophone des grands brûlés, ici à l'Hôpital universitaire de Lausanne le 13 janvier 2026.
Le docteur Olivier Pantet, spécialiste des brûlés au Centre francophone des grands brûlés, ici à l'Hôpital universitaire de Lausanne, le 13 janvier 2026.Image: FABRICE COFFRINI / AFP

Un processus minutieux

Dans une salle blanche, les préparateurs en pharmacie et techniciens en analyse médicale, en tenue de laboratoire, s'affairent dans le calme, autour des milieux de culture (une préparation nutritive) dans lesquelles baignent les cellules de peau pour se reproduire. Carrez détaille:

«Jusqu'à présent, on a reçu les biopsies des patients. On a récupéré et stocké leurs cellules et on va commencer la deuxième phase, qui est la plus critique: la multiplication des tissus de kératinocytes, c'est-à-dire de peau.»

Cette phase doit durer environ trois semaines, durant lesquelles les cellules, placées dans des boîtes, se multiplient naturellement jusqu'à ce qu'elles se touchent, puis forment des strates en s'empilant les unes sur les autres. Carrez poursuit ses explications:

«Puis, arrivé un moment, elles vont s'arrêter de monter, et c'est à ce moment-là qu'on sait qu'elles sont prêtes. Ça se voit aussi au niveau de l'aspect de la cellule (…) Elles ont atteint la fonction que l'on désire, c'est-à-dire leur fonction de tissu et sont prêtes à faire l'équivalent d'une peau.»

Vient ensuite le travail de coordination avec les hôpitaux pour «greffer ces peaux» qui, une fois «arrivées à maturité», doivent être posées dans «les deux jours qui suivent».

Des analystes biomédicaux travaillent au centre de production cellulaire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Epalinges, au-dessus de Lausanne, le 13 janvier 2026.
Au bout de trois semaines, les peaux sont prêtes à être greffées.Image: FABRICE COFFRINI / AFP

De très bons résultats, mais pas de garantie

La réussite de ces greffes n'est cependant pas toujours certaine. Olivier Pantet souligne:

«Si 80% des greffes prennent, on est très contents, c'est un excellent résultat»

En attendant ces greffes, les médecins peuvent notamment appliquer sur les zones brûlées des pansements hermétiques, des morceaux de peau de donneurs décédés ou de peau de poisson. Actuellement, le CHUV accueille sept grands brûlés de Crans-Montana.

De grandes et profondes blessures

D'après les premiers éléments de l'enquête, le drame a été provoqué par des étincelles de bougies «fontaine» entrées en contact avec une mousse acoustique posée au plafond du sous-sol du bar incendié. Selon le Dr Pantet, un grand nombre des blessés de Crans-Montana ont la particularité d'être brûlés sur une grande surface, mais aussi profondément.

Pour traiter ces patients grièvement brulés, le CHUV veille, étant donné leur absence de barrières cutanées, à les hydrater et au contrôle de leur température: ils sont admis dans des espaces chauffés à haute température, de l'ordre de 30 degrés, avec une humidité particulièrement élevée.

Une fois les greffes effectuées, les médecins doivent aussi veiller au positionnement des articulations pendant le processus de cicatrisation, avec notamment des attelles, avant un long processus de rééducation, explique le Dr Pantet.

La cérémonie d'hommage à Martigny (VS)
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source: sda / michael buholzer
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