«Cela prouve que nous n'avons pas à rester prisonniers du bullshit»
Une vague bleue a déferlé sur les Etats-Unis ce mardi 3 novembre. En effet, les Américains étaient appelés aux urnes lors des élections de mi-mandat pour élire le Congrès, composé du Sénat et de la Chambre des représentants. Un vote crucial qui a permis aux démocrates de reprendre le contrôle de cet organe du pouvoir. Dès janvier 2027, un sérieux coup de frein pourrait ainsi être mis à Donald Trump.
Cette défaite aura-t-elle des répercussions de l'autre côté de l'Atlantique, en Suisse notamment? David Sylvan, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève (IHEID) apporte son éclairage.
Quelles pourraient être les conséquences de ces élections de mi-mandat en Suisse?
David Sylvan: La première chose à laquelle je pense est les droits de douane. Souvenez-vous: Donald Trump a voulu imposer à deux reprises des droits de douane à la Suisse et à d'autres pays. La Cour suprême en a invalidé une partie.
Néanmoins, le taux d'inflation et le prix de certaines denrées, notamment dans des états agricoles comme le Kansas ou l'Iowa, ont poussé les Américains à aller voter. Donald Trump a perdu énormément de voix à cause des droits de douane. Il y a donc de fortes chances que le Congrès fasse de la résistance. Peut-être même que ces taxes seront réduites au cours des prochains mois.
Y aura-t-il un impact sur le porte-monnaie des Suisses?
La guerre en Iran a contribué à faire augmenter le prix du pétrole, de l'engrais utilisé pour l'agriculture, de l'hélium pour fabriquer les puces électroniques.
Qu'en est-il des relations internationales entre la Suisse et les Etats-Unis?
Aucun changement ne surviendra. Marco Rubio, le secrétaire d'Etat des Etats-Unis, est installé. D'autres sont également en place, à l'ambassade de Berne, par exemple, ou au sein d'organisations internationales. En revanche, la victoire des démocrates sera utile pour le pouvoir d'influence (soft power).
La vague bleue qui a submergé le pays permettra-t-elle de redorer cette image qui s'est effritée depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump?
Au début des années 2000, la politique menée par George W. Bush a terni la vision que beaucoup avaient des Etats-Unis. Ensuite, Barak Obama a été élu. Je me souviens que des personnes venaient me féliciter. Elles me disaient: «Nous sommes rassurés!» (Réd: David Sylvan est d'origine américaine et vit en Suisse depuis de nombreuses années.) La même chose s'est observée avec l'élection de Trump en 2016, puis de Biden en 2020. Le problème, en 2024, est que les Américains ont voulu que le républicain revienne pour un second mandat.
Un ras-le-bol face à certaines politiques/certains gouvernements qui s'exprime également en Europe.
Nous l'avons vu en Serbie, en Hongrie et même en dehors des frontières européennes, au Brésil. Les gens n'ont pas forcément voté pour Lula, mais considéraient que le fils de Bolsonaro était un fossoyeur de la démocratie.
Avec la montée des idées d'extrême droite en Europe, l'écrasante victoire des démocrates insufflera-t-elle un vent d'espoir sur le Vieux Continent?
Une émulation a émané après les résultats du 3 novembre. Cela montre qu'il n'existe pas qu'un seul trajet politique et que le peuple peut déterminer ce qu'il se passe. Le bullshit est reconnu et nous n'avons pas à en rester prisonniers.
