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La Suisse reste neutre, mais sauve ses fesses in extremis

Le Conseil fédéral a décidé lundi, après de longs jours de tâtonnement diplomatique, de s'aligner sur les sanctions de l'Union européenne infligées à la Russie de Poutine. Est-ce que «le Conseil fédéral agit avec conviction», comme l'a déclaré Ignazio Cassis? Pas seulement.
28.02.2022, 19:5301.03.2022, 06:27
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Ils en auront mis du temps. Non pas à prendre des décisions, mais à simplement s'exprimer pleinement depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Après s'être pris les pieds dans l'actualité bouillonnante, après une première conférence de presse (mal) expédiée par Ignazio Cassis la semaine dernière et, enfin, l'aveu d'Ueli Maurer sur le fait qu'«il régnait une grande perplexité au sein du Conseil fédéral» devant l'escalade des violences décidées par Vladimir Poutine, le Conseil fédéral a empoigné sa neutralité par les cornes: la Suisse reprend les «paquets de sanctions édictés par l’Union européenne» et gèle des avoirs de (et autour de) Vladimir Poutine.

«L'attaque de la Russie contre l'Ukraine est inacceptable d'un point de vue du droit international public, politique et moral»
Le président de la Confédération Ignazio Cassis

Le verbe fut un peu plus ferme, aussi. Avec un bon coup de volant dans la forme donnée à ces déclarations. Lundi, c'est à quatre voix que le Conseil fédéral a annoncé ses punitions. Une voix par département. Il fallait peser (un peu) plus lourd que ces derniers jours. Est-ce que «le Conseil fédéral agit avec conviction» comme le président Cassis l'a brandi ce lundi? Pas vraiment. Ou alors, pas seulement. Critiqués de toute part, de la classe politique suisse ou internationale, jusque dans la rue dans le cadre de manifestations à Berne ou sur les réseaux sociaux, nos sages se savaient au pied du mur.

En cause: le risque de froisser nos voisins européens sur le délicat sujet des sanctions financières, mais également notre image. Alors que la grande majorité des pays du monde s'est rangée du côté de l'attaqué, nous aurions peut-être trop facilement pu passer pour des amis de l'attaquant.

Toutefois, et contrairement aux réactions de nombreux observateurs internationaux réagissant à cette «décision historique», le Conseil fédéral ne s'est pas assis lourdement sur la neutralité du pays. Tout juste a-t-il posé une fesse taquine sur sa définition théorique, si chère, par exemple, à l'UDC.

En s'alignant aux sanctions de l'Union européenne, la Suisse s'est au contraire efforcée de lui offrir des contours plus élastiques. Reste à savoir comment Vladimir Poutine prendra cette nouvelle neutralité.

Car, selon Ignazio Cassis, «avec Moscou, on veut garder les possibilités diplomatiques ouvertes.» Est-il confiant à ce sujet? «On verra bien ce qui se passe» a-t-il terminé en répondant à un journaliste. Un peu comme on lance un Mentos dans une bouteille de Coca-Light. Avec pas mal de gaz (si possible).

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