assez ensoleillé
DE | FR
Economie
Témoignage watson

Credit Suisse: «Il y aura une bataille sanglante pour les jobs»

Symbolbild Credit Suisse Mitarbeiter
Marco travaille au Credit Suisse. Il a peur de ce qui l'attend.image: keystone/shutterstock/watson
Témoignage watson

Un salarié de Credit Suisse: «Il y aura une bataille sanglante pour les jobs»

Marco estime que les médias ont une responsabilité dans la situation dans laquelle se retrouve la banque. Il raconte l'ambiance au sein de la banque et la peur de perdre son job.
21.03.2023, 18:4222.03.2023, 18:47
Plus de «Economie»

Marco a entre 20 et 30 ans et travaille chez Credit Suisse. Il se dit déçu par les événements de ces derniers jours. Pour lui les médias ont une grande part de responsabilité dans la situation actuelle. Pour l'heure, il espère garder son emploi et n'a pas encore envoyé son CV à droite à gauche. Confession sans filtre. 👇

Savez-vous comment mes collègues de travail et moi-même avons appris que le Credit Suisse allait être racheté par l'UBS? Exactement comme vous tous, par les médias. Nous étions en plein après-ski avec bière et schnaps.

A ce moment-là, l'heure était encore aux suppositions. La décision définitive est tombée dimanche soir. Nous avons été informés par nos supérieurs. Ce lundi, le marathon des réunions s'est poursuivi. Mais rien de concret n'a pu nous être communiqué. J'ai le sentiment que la direction est dépassée par les événements.

«Il y a eu un acharnement contre le Credit Suisse»

Pour moi, une chose est sûre: si nous en sommes arrivés là, ce n'est pas à cause de l'incompétence de la direction de notre banque. Cette situation est due à notre société et aux médias. La semaine dernière, le chef de la Banque nationale saoudienne a déclaré qu'il ne pensait pas que le Credit Suisse avait besoin de nouveaux capitaux parce que les chiffres étaient bons. Après cela, les chiffres ont chuté. Pas à cause de ce qu'il a dit, mais parce que les médias ont déformé ses propos.

Les médias sont responsables de ce crash, car ces dernières semaines et ces derniers mois, le Credit Suisse a été visé par une chasse à l'homme. Ce bashing permanent dans pratiquement tous les médias a façonné une certaine image du Credit Suisse auprès de la population et par conséquent auprès de notre clientèle. Les pires ont été, à mon avis, «20 minutes» et «Inside Paradeplatz». On nous a coupé l'herbe sous le pied et tout s'est effondré.

A mon avis, si les médias avaient été plus neutres, on n'en serait pas là aujourd'hui. Diffusion de paroles déformées, de contre-vérité. Le fait que les médias recherchent uniquement les vues et les clics a causé beaucoup de dégâts. Et je ne parle pas seulement de Credit Suisse - la place financière suisse dans son ensemble a également souffert.

«Nous souffrons de peurs existentielles»

En tant que collaborateurs, nous sommes tous terrassés par la peur. Et notamment celle de perdre notre emploi.

Que ferons-nous si les 10 000 collaborateurs que nous sommes sont mis à la porte? Nous postulons tous pour les mêmes jobs?

Certains d'entre nous connaissent bien UBS, notre futur employeur - si nous ne sommes pas licenciés avant. Des dizaines de mes collaborateurs sont d'anciens employés d'UBS. Ils ne se réjouissent pas du tout de la fusion.

«C'est la chose la plus triste qui puisse arriver», une phrase que j'ai déjà entendue plusieurs fois. La plupart des personnes avec qui j'ai parlé n'aiment pas du tout l'idée d'être bientôt employées par UBS.

J'ai très peur de perdre mon emploi. Mes collègues disent que l'UBS ne se soucie pas des nouveaux collaborateurs. Que le but de l'entreprise est uniquement le profit. Elle possède déjà suffisamment de collaborateurs. Cela signifie que beaucoup d'entre nous devront partir. Il ne sera pas possible de sauver tout le monde.

Il y aura une bataille sanglante en interne pour les postes à pourvoir. Celle-ci s'étendra à toutes les fonctions. De l'assistant à la conseillère.

«Le daily business continue»

Mais le daily business continue. Nous faisons de notre mieux et assurons aux clients que leur argent est en sécurité chez nous. Il est important pour moi de le mentionner: Credit Suisse a travaillé consciencieusement. Nous rassurons les clients et leur expliquons qu'ils ne doivent pas s'inquiéter du rachat de la banque.

C'est ce que nous disons à tous les clients qui souhaitent transférer de l'argent ou solder des comptes. Mais si, après nos explications, ils veulent toujours changer de compte, nous le faisons. Avant, nous essayions encore de convaincre les clients de ne pas transférer leur argent. Mais je vais être honnête: maintenant, on s'en fiche.

Nous leur disons que cela n'a plus vraiment d'importance. S'ils veulent clôturer leur compte, nous pouvons le faire.

«Je ne suis pas à la recherche d'un emploi»

Je ne suis pas prêt à quitter le bateau de sitôt. Je ne suis pas encore en recherche active d'emploi. Mais mon CV est toujours prêt. Je veux faire partie de la transition: voir à quoi cela ressemble vraiment et ce qui se passe en coulisses. Je veux rester au Credit Suisse tant que c'est possible. Car le travail dans cette banque est l'une des choses les plus géniales qui me soient arrivées. En fait, nous avons toujours été motivés pour redevenir la meilleure banque.

Je n'abandonnerai pas et je me battrai avec tous les autres. J'espère toujours que tout se passera bien, mais avec cette question qui ne me quitte pas: A quoi cela ressemblera à la fin?

J'ai peur, mais je ne panique pas. Si je suis licencié, je chercherai un nouveau travail. Si l'UBS me propose un emploi, je l'accepterai.

Ce taureau court au milieu d'une banque et provoque le chaos
Video: watson
2 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
2
Pourquoi 2024 sera «une année pivot» pour UBS
En 2024, UBS doit intégrer Credit Suisse, une tâche immense, selon son PDG, Sergio Ermotti.

L'exercice 2024 s'annonce comme «une année pivot» pour UBS qui doit mener à bien la gigantesque tâche d'intégrer Credit Suisse, a martelé mardi le directeur général de la banque aux trois clés, Sergio Ermotti.

L’article