International
Analyse

France: le blocage des lycées est attisé par le silence de Macron

Analyse

«Tuez-la!»: la révolte des lycéens français vire au chaos

Le silence d'Emmanuel Macron, qui semble se désintéresser des manifestations lycéennes en France, interroge à quelques mois de l'élection présidentielle.
Le silence d'Emmanuel Macron, qui semble se désintéresser des manifestations lycéennes en France, interroge à quelques mois de l'élection présidentielle.Image: keystone / montage watson
La situation dégénère, dans les lycées à travers toute la France. L'absence d'Emmanuel Macron et le comportement des ténors de LFI contribuent à attiser la situation. Explications.
04.10.2026, 20:4704.10.2026, 20:47
Stefan Brändle

«Non, pas le piano!», lance une employée du lycée de Moissy-Cramayel, au sud-est de Paris, aux jeunes encagoulés qui, au cours de leur expédition de vandalisme, renversent un piano dans le hall d’entrée et sautent dessus. «Pas le piano!», répète la femme d'une voix désespérée, constate-t-on dans une vidéo.

Son cri a fait le tour des réseaux sociaux. Certains commentateurs se sont demandé ce que les émeutiers auraient fait aux enseignants s’ils avaient réussi à les attraper. Car la spirale de la violence s'est accélérée en France.

Les figures d'autorité sont ciblées

En deux semaines de manifestations scolaires, 5000 fauteurs de trouble – dont 85% de mineurs – ont déjà été interpellés. A La Ciotat, un directeur d’établissement a été aspergé d’essence alors qu’il tentait de mettre fin aux attaques. Il a réussi à se sauver de justesse, sans que personne ne mette le feu au carburant.

Non loin de là, à Marseille, une vidéo virale montre un adolescent de 15 ans dirigeant à bout portant la flamme d'une bombe aérosol qu’il avait allumée avec un briquet vers le visage d’une femme. La victime a subi des brûlures et déposé plainte.

La liste pourrait encore s’allonger. Ici, un véhicule de pompiers incendié. Là, une jeune aspirante policière pourchassée par des cris tels que «tuez-la!», rattrapée, puis rouée de coups de pied alors qu’elle gisait au sol, jusqu’à devoir être hospitalisée.

Tout pour les caméras

A Nantes, sur la côte atlantique, le lycée Nelson-Mandela a été incendié. Des scènes similaires ont été signalées à Strasbourg, au Havre, à Paris et à Lyon. Devant leur écran, les Français s’interrogent: pourquoi ces élèves du secondaire s’en prennent-ils à leurs propres lycées, discréditant du même coup leurs revendications en faveur de davantage d’enseignants et d’établissements rénovés? Philippe Guibert, du Service d’information du gouvernement (SIG), a déclaré:

«Depuis quelques années, la culture de la violence prend des formes toujours plus extrêmes»

Les manifestations de rue et les soulèvements populaires – au cours desquels on entonne souvent la Marseillaise et son appel «Aux armes, citoyens!» – font partie de la tradition française.

Ce qui a changé, c’est qu’ils sont désormais retransmis en direct. De quoi pousser les plus jeunes à la surenchère. A Toulouse, la vidéo montrant plusieurs élèves asséner de violents coups de poing et de pied à un enseignant qui tentait d’intervenir avec un extincteur a cumulé un million de vues.

L'élection de 2027 dans le viseur

A cela s’ajoute l’instrumentalisation politique des manifestants à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Dans un rapport, les services de renseignement français ont décrit comment le candidat de gauche Jean-Luc Mélenchon et son parti, La France insoumise (LFI), avaient délibérément attisé les premières manifestations scolaires deux semaines auparavant.

Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, en banlieue parisienne, a lancé devant les caméras des mots qui ont sonné comme un signal pour de nombreux manifestants:

«La violence peut être légitime»

Où est passé le président?

Si la violence se déchaîne sans retenue dans les rues françaises, c’est sans aucun doute aussi parce que le pouvoir brille par son absence. Le président Emmanuel Macron s’est tenu à l’écart de ces graves émeutes. Jusqu’à présent, il s’est contenté d’un banal «appel à chacun à garder son calme». Ce vœu pieux est resté lettre morte.

Or, lorsque le président s’efface en France, la nation perd sa principale figure d’autorité. Le chaos s’engouffre alors dans la brèche. Par le passé, des présidents comme Jacques Chirac ou François Mitterrand avaient solennellement pris la parole à la télévision pour apaiser la situation en annonçant des concessions concrètes.

Au sommet de l’Etat, c’est désormais le grand vide. Emmanuel Macron abandonne à son sort son ministre de l’éducation, Edouard Geffray, complètement dépassé. Celui-ci ne dispose d’aucun moyen pour faire des concessions aux élèves. Le projet de budget pour 2027 qui vient d’être présenté ne prévoit aucune dépense supplémentaire pour l’éducation, mais des économies.

Macron ne s'intéresse qu'à l'international

Pour ses six derniers mois à l’Elysée, Emmanuel Macron ne semble plus s’intéresser qu’à la géopolitique. Selon le politologue Dominique Reynié, le vide du pouvoir ne profite qu’aux extrémistes: Jean-Luc Mélenchon rallie les lycéens en âge de voter, tandis que Marine Le Pen conquiert la majorité silencieuse.

D’après un sondage réalisé en 2025, 73% des Français souhaitent un «vrai chef» qui «rétablisse l’ordre». Le constat est particulièrement amer pour Emmanuel Macron: en 2017, puis lors de sa réélection en 2022, il avait fait campagne en promettant d’endiguer Marine Le Pen. Elle est aujourd’hui plus forte que jamais.

Nul ne sait encore comment les manifestations lycéennes se termineront. Mardi, les lycéens, les syndicats et les associations de parents d’élèves entendent descendre dans la rue pour donner plus de poids à leurs revendications en faveur de moyens supplémentaires pour l’enseignement secondaire. Et ils l’assurent: ce sera sans violence. (btr/az)

Les cours suspendus lundi dans «400 à 500 établissements»
Par mesure de sécurité, les cours seront «totalement ou partiellement» suspendus dans 400 à 500 lycées lundi, à la veille d'une nouvelle journée de blocages redoutée par le gouvernement, qui se défend de faire état d'un usage disproportionné de la force, face à la colère des lycéens.

Sur les 3700 lycées du pays, «entre 400 et 500» ont du suspendre leurs cours vendredi, parce que les conditions de sécurité matérielles n'étaient «pas remplies», ou que des personnels «ont été directement visés» et «il y en aura probablement autant lundi, mais avec une reprise partielle des cours», a indiqué dimanche le ministre de l'Education Edouard Geffray, sur France 2 et France inter.

Depuis les premiers blocages, «78 personnels de l'Education nationale ont été blessés», (...) 24 établissements ont été incendiés ou saccagés« et en incluant les dégradations de logements de fonction, la facture atteint probablement »entre 20 et 30« millions d'euros, a résumé le ministre (ats).
Explosion à Neuchâtel le 29 septembre
1 / 11
Explosion à Neuchâtel le 29 septembre
source: watson / antoine menusier
partager sur Facebookpartager sur X
Des lycées s'embrasent dans toute la France
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Jeux en ligne illégaux: plus de 200 arrestations aux Philippines
Des travailleurs étrangers, en majorité chinois, ont été interpellés vendredi sur deux sites de Mindanao, selon le bureau de l’immigration.
Les autorités philippines ont arrêté plus de 200 travailleurs étrangers «en majorité chinois», lors de la plus vaste opération menée cette année contre les opérateurs illégaux de jeux en ligne, a annoncé samedi le bureau de l'immigration.
L’article