«De nombreuses personnes sont traumatisées» par cette prison new-yorkaise
New York ne tiendra pas dans les temps sa promesse de fermer la tristement célèbre prison de Rikers Island, où l'insalubrité, la violence, la surpopulation et l'insuffisance de soins médico-sociaux ont causé la mort de dizaines de détenus.
Portes de cellules et fenêtres cassées, froid ou chaleur intenables, inondations... Dans cet immense complexe pénitentiaire ouvert en 1932 sur une île isolée entre le Queens et le Bronx, «les infrastructures (...) sont dans un état déplorable», décrit Lauren Stossel, qui y a exercé comme psychiatre avant d'intégrer l'autorité indépendante de surveillance des prisons de la ville.
Elle dénonce également les violences «généralisées», le nombre élevé de détenus et des problèmes de gestion «profondément enracinés», notamment le manque de personnel et les difficultés à lutter contre la contrebande. Cet établissement, qui accueille principalement des détenus en attente de leur procès, est placé sous surveillance de la justice fédérale depuis 2015, après la révélation de violences systémiques et de graves dysfonctionnements.
En 2017, le maire démocrate Bill de Blasio s'était engagé à fermer d'ici août 2027 la célèbre prison où ont notamment séjourné Mike Tyson, Dominique Strauss-Kahn et Harvey Weinstein. Mais à moins d'un an de l'échéance, seuls quelques établissements de Rikers Island ont fermé leurs portes. Quant aux quatre prisons plus petites qui doivent les remplacer à Manhattan, Brooklyn, dans le Queens et le Bronx, elles sont encore en construction.
«On a perdu quatre ans pendant la pandémie et avec l'administration d'Eric Adams (réd.: le maire démocrate de 2022 à 2025) qui n'était ni intéressée ni impliquée», dénonce Insha Rahman, de l'ONG Vera Institute of Justice, vouée à réformer le système carcéral américain.
Une fermeture qui n'en finit pas
Entré en fonction en 2026, le maire démocrate et socialiste Zohran Mamdani a repris le flambeau, nommé un ancien détenu à la tête de l'administration pénitentiaire et déplacé une centaine de lits pour prisonniers malades dans un hôpital de Manhattan. «Nous sommes déterminés à fermer cet établissement dans les plus brefs délais» et à «tourner la page dans notre ville sur l'histoire sombre d'un système carcéral qui ne sert en rien les personnes emprisonnées et le personnel qui y travaille», déclare Dana Kaplan, qui supervise ce dossier à la mairie. Le conseil municipal devra fixer une nouvelle date de fermeture.
Les premiers appels à la fermeture de Rikers remontent aux années 1960, en raison des dangers que représente la prison tant pour les détenus que pour le personnel pénitentiaire. Dans les années 2010, les responsables politiques et l'opinion publique se sont ralliés à cette cause, notamment grâce aux campagnes menées par des familles de prisonniers et d'anciens détenus comme Darren Mack, cofondateur de l'ONG Freedom Agenda.
La violence reste aujourd'hui un problème majeur. Début septembre, trois agents pénitentiaires ont été blessés par un détenu, selon leur syndicat.
Un coût humain et financier exorbitant
Le «coût humain» (avec 48 décès attribués par l''ONG Vera à une incarcération dans les prisons de New York entre 2022 et 2025) et «financier» (près de 3 milliards de dollars de budget annuel de fonctionnement) justifient à eux seuls cette fermeture. En outre, selon Rahman, 20% des détenus souffrent de troubles mentaux graves, tandis que les addictions et les problèmes liés à la pauvreté seraient mieux pris en charge ailleurs.
L'incarcération à Rikers est «contraire à la sécurité publique parce que de nombreuses personnes sont traumatisées» par leurs allers-retours dans cette prison, conclut Mack.
En attendant que les détenus puissent être transférés dans les nouveaux établissements pénitentiaires inspirés du modèle scandinave, les responsables du dossier s'accordent sur la nécessité d'agir rapidement, à commencer par la réparation de centaines de portes de cellules qui ne ferment plus.
Fermer Rikers ne suffira pas
Priorité doit aussi être donnée à la mise en place de programmes socio-éducatifs, ainsi qu'à la réduction du nombre de détenus de plus de 6500 à 4000 (chiffre atteint pendant la pandémie), en accélérant les procédures judiciaires et grâce à des transferts vers des unités de soins et d'insertion. «Il ne s'agit pas simplement de remplacer des bâtiments par d'autres, mais de repenser en profondeur le fonctionnement de la justice pour les personnes en attente de leur procès dans notre ville», souligne Dana Kaplan.
Quant à l'île, la mairie envisage de la dédier au traitement des eaux usées et aux énergies renouvelables. «Je suis plus optimiste que jamais au vu des progrès réalisés et des possibilités qui s'offrent à nous», assure Insha Rahman. (afp/mrs)
