Deux lycéens bientôt jugés dénoncent coups, insultes racistes et homophobes
«Corps de pédé», «sale nègre», des coups de pied ou encore des gifles. Deux adolescents, qui comparaîtront eux-mêmes pour des violences qu'ils nient, témoignent à l'AFP de coups et d'insultes reçus pendant ou après leur interpellation en région parisienne, lors de la mobilisation lycéenne.
Ils ont tous deux porté plainte auprès de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la «police des polices» française. Alors qu'une grande manifestation nationale est prévue ce samedi. Au total, 36 enquêtes ont été ouvertes à ce stade par l'IGPN pour des violences présumées depuis le début du mouvement lycéen.
Emmanuel, bientôt jugé, raconte
Le 30 septembre, Emmanuel a été interpellé en marge du blocage du lycée de l'Observatoire à Meudon (Hauts-de-Seine), où il est scolarisé en première. Les policiers lui reprochent d'avoir jeté des cailloux sur les fonctionnaires près de son lycée, ce qu'il nie. Peu de temps avant d'être interpellé, un policier lui assène un coup de bouclier à la tête alors qu'il «ne représente aucun danger», estime le lycéen dans sa plainte dont l'AFP a eu connaissance.
Emmanuel tombe au sol, est menotté, puis «sept à huit» autres fonctionnaires le matraquent, lui assènent plusieurs coups de pied au niveau des jambes alors qu'il est allongé sur le ventre, selon ses propres affirmations. Un agent lui appuie la tête contre le sol, Emmanuel dit qu'il ne peut plus respirer. C'est là qu'un autre policier lui lance:
Les policiers le traînent ensuite au sol sur une trentaine de mètres, comme il le relate dans sa plainte.
Arrivé au commissariat de Meudon, Emmanuel est immédiatement transporté à l'hôpital, où il reçoit plusieurs points de suture à la cuisse et au front. Un scanner révèle la présence de bouts de verre dans son crâne et un traumatisme crânien.
Aujourd'hui, Emmanuel est encore «sous le choc», raconte son père, Fernand, aide-soignant de 52 ans:
Sollicité, le parquet de Nanterre a indiqué qu'Emmanuel sera jugé le 9 décembre pour violences sur personne dépositaire de l'autorité publique aggravées et participation avec arme à un attroupement par une personne dissimulant volontairement son visage afin de ne pas être identifiée.
L'histoire d'Adam, bientôt jugé
Adam a été interpellé chez son père, le jour même du blocus de son lycée André-Marie Ampère à Morsang-sur-Orge (Essonne), le 30 septembre. Selon un procès-verbal d'interpellation consulté par l'AFP, la vidéosurveillance montre l'adolescent, que les policiers ont identifié grâce au trombinoscope de son établissement, tirer un feu d'artifice «en direction des effectifs de police», non visibles sur l'image. Il raconte, encore choqué, à l'AFP:
Lorsqu'il refuse de donner son code de téléphone, des policiers lui «mettent une gifle», affirme-t-il. «Je redis non, ils me remettent une gifle, et puis ils m'ont emmené au commissariat de Juvisy-sur-Orge», se remémore Adam. «A chaque fois que je dis non, ils me frappent, et ça a duré facilement 10, 15, 20 minutes», assure-t-il. Alors qu'il est en caleçon pour une fouille, Adam finit par céder. «Je commençais à avoir froid», souffle-t-il.
En short et tee-shirt, il est transféré à un autre commissariat en raison d'un manque de place – où il dort «par terre, dans le froid, sur le sol en béton». Au cours de sa garde à vue, l'adolescent essuie aussi «plusieurs fois des insultes homophobes, comme quoi j'étais un pédé, j'avais un corps de pédé».
L'avocat commis d'office d'Adam produit une attestation écrite, consultée par l'AFP, qui fait état de gifles, d'insultes et de conditions dégradées. Adam assure qu'il se sent «humilié»:
Sollicité, le parquet d'Evry a indiqué que l'adolescent sera jugé le 20 novembre pour violence sur un fonctionnaire de police sans incapacité de travail et pour avoir refusé de remettre le code de déverrouillage de son téléphone. (afp/tam)
