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Une experte suisse déconstruit les clichés sur les Etats-Unis

«L'Amérique d'avant Trump existe toujours»

Depuis l’Europe, les Etats-Unis apparaissent comme un pays en crise permanente. Sur place, l’image est différente. La politologue Claudia Brühwiler, originaire de Saint-Gall, explique comment Trump a réellement transformé le pays.
04.07.2026, 18:5604.07.2026, 18:56
Natasha Hähni

Le moment ne pourrait guère être mieux choisi: alors qu’aux Etats-Unis se déroule la Coupe du monde de football et que la fête nationale approche, Claudia Brühwiler passe l’été comme chercheuse invitée à l’University of Wisconsin à Madison. Elle découvre un pays qui célèbre sa nation – tout en étant en proie à des débats internes.

Elle évoque l’évolution de l’Amérique, la manière dont Donald Trump restera sans doute dans les mémoires, et le produit le plus curieux orné du drapeau américain qu'elle ait croisé jusqu'à présent.

President Donald Trump gestures after speaking at Mount Rushmore National Memorial, Friday, July 3, 2026, near Keystone, S.D. (AP Photo/Matt Gade)
Donald Trump
Donald Trump après avoir pris la parole au mont Rushmore, vendredi 3 juillet 2026, dans le Dakota du Sud.Keystone

Les Etats-Unis fêtent leur 250e anniversaire. Quel est l'état d'esprit patriotique dans le pays ?
Claudia Brühwiler: L’ambiance est fondamentalement toujours patriotique aux Etats-Unis. . On voit le drapeau américain partout : sur des chaises, des pistolets à eau, des sucreries. Mon produit préféré était un remède contre les brûlures d’estomac qui, selon son étiquette, était censé vous aider à célébrer votre indépendance. Je pense que celui-là est imbattable.

Professeure à la HSG Claudia Franziska Brühwiler.
Claudia Brühwiler.Image: Benjamin Manser

A Washington, le président célèbre déjà depuis des semaines le 250e anniversaire, avec des commémorations, des festivités et un grand rassemblement. A quel point les célébrations du Wisconsin sont-elles différentes?
Je me trouve dans une ville universitaire très progressiste. Beaucoup de personnes ici sont en conflit ouvert avec le gouvernement. Régulièrement, des retraités se tiennent au bord de routes très fréquentées avec des pancartes sur lesquelles on peut lire: «Nous fêtons le 4 juillet, vous le 6 janvier» – une allusion à l’assaut du Capitole. Mais, de manière générale, les gens célèbrent surtout localement. Le 4 juillet est avant tout un jour de congé. Quand on sait combien les Américains ont peu de jours de vacances, on comprend pourquoi cela constitue déjà une raison de faire la fête.

Beaucoup veulent simplement profiter de l’été pour s’éloigner un moment de la politique.

On entend souvent dire que le pays n’a jamais été aussi divisé. Est-ce vraiment le cas?
Dans la vie quotidienne, la division est moins visible. Cela dépend toutefois fortement de l’endroit où l’on se trouve. Dans les «Purple States», où l'électorat est politiquement divisé, les différences entre ville et campagne sont souvent marquées: à la campagne, on retrouve un patriotisme évident, moins présent en ville – avec des vêtements de pêche et de chasse, des pick-up et des t-shirts aux couleurs du drapeau américain.

A person cools down with a portable fan ahead of President Donald Trump's speech at the opening of the Great American State Fair on the National Mall, Wednesday, June 24, 2026, in Washington. (AP ...
Une personne se rafraîchit avec un ventilateur portable avant le discours du président Donald Trump, mercredi 24 juin 2026, à Washington.Keystone

On peut donc deviner les convictions politiques de quelqu'un rien qu'en le regardant ?
Oui, cela a toujours fait partie de la culture politique aux Etats-Unis. Les convictions politiques sont volontiers affichées publiquement. Autrefois avec des autocollants sur les voitures, aujourd’hui plutôt avec des stickers sur les ordinateurs portables ou des patchs sur les sacs à dos et les vêtements.

Comment cette division pourrait-elle évoluer davantage ? Les élections futures, comme les élections législatives de novembre et l’élection présidentielle dans deux ans, ne seront-elles qu’une bataille entre radicaux ?
La majorité de la population reste plutôt centriste. Mais le système politique le reflète de moins en moins. Il récompense de plus en plus ceux qui se situent aux extrêmes, à gauche comme à droite. Si cette polarisation au sein du Congrès continue de s'accentuer, il lui sera encore plus difficile de collaborer.

Ces candidats extrêmes sont-ils susceptibles de gagner une élection présidentielle?
Probablement pas. Si les démocrates présentent un candidat résolument à gauche face à un candidat républicain connu comme Marco Rubio ou JD Vance, de nombreux électeurs pourraient dire qu’ils n’aiment aucun des deux. Mais ils percevraient sans doute les républicains comme plus prévisibles qu’une alternative plus radicale.

«Dans un tel scénario, il faut partir du principe que les démocrates ne gagneraient pas»

Pourquoi?
Sur le fond, beaucoup de positions de l’aile gauche du parti ne sont pas si inhabituelles vues d’Europe. Ce qui dérange plutôt, c’est le ton – notamment la frontière ténue entre antisionisme et antisémitisme ou la critique véhémente des Etats-Unis. Cela peut mobiliser dans un contexte de protestation, mais reste difficilement majoritaire à l’échelle nationale. Les récents succès de la gauche du parti ne doivent donc pas être surestimés.

Qui, côté démocrate, serait capable de défier les partisans de Trump?
L’un des gouverneurs modérés, comme Josh Shapiro en Pennsylvanie ou Andy Beshear dans le Kentucky. Tous deux incarnent une approche pragmatique et ont montré qu’ils pouvaient aussi convaincre des électeurs républicains.

Pennsylvania Gov. Josh Shapiro speaks at an election night watch party in Warminster, Pa., Tuesday, May 19, 2026. (AP Photo/Matt Rourke)
Election 2026 Pennsylvania
Josh ShapiroKeystone

Donald Trump transforme profondément l’Amérique. Que reste-t-il aujourd’hui de l’ère pré-Trump?
Je crois que la situation est plus complexe qu'il n'y paraît. On a souvent tendance à regarder Washington et à généraliser à l'ensemble du pays. Or, l'Amérique est bien plus que la politique fédérale. J'ai récemment discuté avec des membres de diverses assemblées législatives d'État, républicains et démocrates confondus. Tous s'accordaient à dire que la plupart des décisions sont encore prises par consensus ou par compromis. Cette Amérique-là existe toujours, même si elle est peu visible à l’international. Les institutions se sont également révélées étonnamment résistantes. La Cour suprême continue de s’affirmer face au président, et au Congrès, une résistance croissante se manifeste face aux ambitions de pouvoir de la Maison-Blanche.

«L’ampleur réelle de la transformation opérée par Trump ne pourra sans doute être évaluée qu’avec le recul historique»

Le ton entre adversaires politiques a toutefois beaucoup changé.
Le ton s’est durci, les tabous ont disparu. Beaucoup de choses qui auraient autrefois mis fin à une carrière politique n’ont aujourd’hui plus de conséquences. Le déplacement permanent des limites, le spectacle au détriment de la dignité humaine et la mise à l’épreuve constante des pouvoirs présidentiels ont durablement transformé la culture politique.

Dans quelle mesure la relation entre l’Amérique et l’Europe souffre-t-elle actuellement?
En politique étrangère, Trump a plutôt été un accélérateur qu’un déclencheur. L’idée que l’Europe doit devenir plus autonome sur le plan sécuritaire existait déjà sous George W. Bush et Barack Obama. Trump a simplement accéléré ce mouvement avec davantage de brutalité. Il a rappelé à l’Europe que les Etats suivent avant tout leurs intérêts. On le savait en théorie depuis longtemps; sous Trump, c’est devenu une réalité politique.

En Europe, l’image des Etats-Unis s’est fortement dégradée sous Trump. Cela s’est aussi vu avant la Coupe du monde de football, lorsque l’on craignait que les supporters étrangers rencontrent des difficultés à la frontière ou sur place. Pourtant, le pays hôte semble vivre une fête du football décontractée. Ces craintes étaient-elles infondées?
Honnêtement, je n’ai jamais partagé ces inquiétudes. Je pense que beaucoup vivent actuellement une autre Amérique que celle que nous connaissons à travers les gros titres. Les médias se concentrent forcément sur Donald Trump et les grands conflits politiques. Pour de nombreux Européens venus pour la Coupe du monde et ayant découvert des régions en dehors des circuits touristiques classiques, cela constitue une expérience importante. Ils constatent que la réalité est plus complexe que l’image transmise à distance.

«L’Amérique, c’est plus que Trump – tout comme la Suisse ne se résume pas aux banques et aux montagnes»

Sur les réseaux sociaux, des supporters européens partagent avec enthousiasme leurs découvertes américaines, notamment des supermarchés comme Costco et Walmart, le barbecue, ou encore le dernier succès auprès des Européens: la sauce ranch.
Je pense que cela fait aussi du bien aux Américains de voir leur pays à travers les yeux de visiteurs. Tout le monde est content quand des étrangers apprécient son pays. Nous, Suisses, connaissons cela aussi: bien sûr, nous râlons quand les touristes se pressent sur le pont de la Chapelle (réd: un célèbre pont de Lucerne). Mais en même temps, cela nous rend aussi un peu fiers de voir des gens heureux de venir et repartir enthousiastes.

Qu’est-ce que nous, en Europe, négligeons face à tous ces gros titres négatifs sur les États-Unis ?
Ce qui me surprend toujours, c’est la gentillesse des gens. Beaucoup d’Européens la jugent superficielle, mais je la perçois souvent comme sincère et agréable. A la caisse d’un supermarché ou dans un café, on engage facilement la conversation, même avec des inconnus. On apprend quelque chose sur la région, sur la vie des gens – ou simplement quel produit est en ce moment le plus populaire.

Donald Trump travaille visiblement à son héritage: son portrait pourrait figurer sur les billets, il se présente comme artisan de la paix, et un aéroport en Floride devrait porter son nom. Pour quoi se souviendra-t-on un jour du 47e président?
Cela dépend fortement du recul historique – et de ce qui suivra. George W. Bush est un bon exemple. Pendant son mandat, on parlait surtout en Europe de la guerre en Irak, de ses maladresses rhétoriques et de son intelligence supposée limitée. Aujourd’hui, le jugement, même chez de nombreux démocrates, est bien plus nuancé. La guerre en Irak reste une grave erreur, mais les critères ont changé. Il en sera probablement de même pour Donald Trump. Certains historiens comme Niall Ferguson le qualifient déjà de président transformateur. D’autres se demandent à juste titre quelle part de son héritage politique restera et quelle part pourra être annulée.

«Je pense que Trump restera surtout comme le symbole d’un basculement profond du système politique américain: celui d’une époque marquée par une désillusion croissante envers la démocratie et l’économie, et par une recomposition du pouvoir mondial des Etats-Unis.»

Pensez-vous que Trump a été le point de départ d'un changement majeur dans la politique américaine, ou plutôt une anomalie ?
Sur le plan intérieur, Trump a surtout rendu visibles des lignes de fracture qui existaient depuis longtemps. Il a mis en lumière des conflits qui pouvaient auparavant rester cachés. Leur évolution future est beaucoup plus difficile à prévoir. Tout dépendra des alternatives politiques qui émergeront après lui.

L'administration Trump tente d'effacer toutes les pages sombres de l'histoire américaine. Des livres sont interdits, des expositions muséales modifiées. Le président réussira-t-il ?
Non. Ces débats font partie des guerres culturelles américaines et reviennent régulièrement par vagues. Au fond, il s’agit de savoir quel récit les Etats-Unis veulent avoir d’eux-mêmes: comment raconter leur histoire quand elle comprend à la fois l’idéal de liberté et la Constitution, mais aussi l’esclavage, l’expulsion des peuples autochtones et d’autres crimes? Trump mène ce conflit de manière particulièrement brutale et frontale, mais il ne l’a pas créé. Je ne pense donc pas que sa vision s’imposera durablement. Le pendule devrait plutôt revenir vers une mémoire plus équilibrée.

Comment allez-vous célébrer le jour de l’indépendance américaine?
Très simplement. Je vais partir avec mes fils à la recherche d'un pygargue à tête blanche, l'oiseau national des États-Unis, sur le fleuve Mississippi. (trad. tib)

La visite de Donald Trump chez Charles III, en images
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La visite de Donald Trump chez Charles III, en images

Marine One, transportant le président américain Donald Trump et la première dame Melania Trump, arrive pour atterrir au château de Windsor.

source: getty images europe / wpa pool
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Trump a signé l'accord avec l'Iran à Versailles
Video: watson
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