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Arnaud Montebourg et Anne Hidalgo. Paris, 2017.
Arnaud Montebourg et Anne Hidalgo. Paris, 2017.Image: Shutterstock
Présidentielle 2022

Panique dans la gauche française, à poil avant la bataille

A cinq mois de l'élection présidentielle, la gauche française, terriblement divisée, réalise qu'elle risque de se faire massacrer.
09.12.2021, 18:3610.12.2021, 06:26

La gauche française est au plus mal. Elle est en crise. Tous les sondages, sans exception, la donnent battue dès le premier tour de l’élection présidentielle d’avril prochain. Pas un seul candidat, dans l’offre disponible allant des communistes aux Verts, en passant par les socialistes et les Insoumis, ne semble en mesure d’accéder au second tour du scrutin. Un état de choses désolant pour les uns, qui prête au sarcasme pour les autres.

Une primaire? Toi d'abord!

Pas d’autre solution, se dit-on, qu’une candidature de rassemblement au premier tour pour se sauver du ridicule. Anne Hidalgo, la maire de Paris représentant le Parti socialiste, créditée d'une misère (entre 3% et 6% d’intentions de vote), a proposé mercredi soir une primaire à gauche, d’où ne sortirait qu’un seul candidat.

Réponse jeudi matin de ses concurrents: c’est «non», comme l’ont signifié aux aurores Yannick Jadot (EELV, écologistes) et l’inconnu Fabien Roussel (PCF, communistes). Les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon (10% dans les sondages, le plus haut score à gauche) ont décliné l’offre mercredi soir déjà, faisant comprendre à la dame que c'était à elle, très basse sur l'échelle sondagière, de se retirer de la compétition électorale. Seul Arnaud Montebourg, un autre candidat de gauche qui veut «réindustrialiser la France», semble partager l'option défendue par Hidalgo.

Explosée

Résultat des courses, ou plutôt de ce surplace: sauf miracle en janvier-février, la «gauche» ne sera pas présente au second tour. Mais pourquoi est-elle donc si faible? Où est passé l’électorat qui, en 2012, avant cela en 2007 – mais formellement pas en 2017, ni en 2002, ni précédemment en 1969 dans l’histoire de l’élection présidentielle au suffrage universel – lui avait permis de gagner, en tout cas de concourir pour la victoire finale?

Le PCF est mort avec l’URSS et le Parti socialiste a explosé avec la candidature Macron de 2016-2017. Son pôle social-démocrate (réformiste) s’est rallié au panache macronien, quand sa branche révolutionnaire (celle du «changer la vie» de François Mitterrand élu en 1981) s’est démultipliée en sous-branches formant une gerbe plus ou moins assortie (écologiste, sociétaliste, féministe, etc.).

Qu’est-on, quand on ne fabrique plus rien?

Surtout, la gauche a souffert et souffre encore d’un de ces non-dits qui font les drames familiaux: son positionnement face à la «nation» (un concept originellement sien, issu directement de la Révolution) et sur les âpres questions identitaires, générées tel un contre-effet par la mondialisation, perçue par une partie de l'électorat ouvrier comme une entreprise de déstructuration des «peuples» et de leur outil de travail. Le phénomène de la désindustrialisation, fort en France et paradoxalement initié par la gauche mitterrandienne à partir de 1981, a nourri au fil des décennies un sentiment d’humiliation: qu’est-on, quand on ne fabrique plus rien?

Gauche nationaliste

Il s’est passé ce que l’on sait: une bonne partie du monde ouvrier s’est tournée vers le Front national (aujourd’hui rassemblement national), au point que Marine Le Pen, en termes matérialistes, n’est pas moins candidate de gauche qu’Anne Hidalgo. Mais d’une gauche nationaliste, avec ses boucs-émissaires, tour à tour les «Arabes», les «étrangers», les «immigrés», les «sans-papiers», la candidate RN semblant toutefois moins prompte qu’auparavant à livrer un «autre» en pâture aux «nationaux».

Le «peuple» vs l'«autre»

La gauche, l’historique, pendant ce temps, s’est beaucoup réduite à une fonction morale. Le «peuple» devenu suspect et moins rentable électoralement, elle s’est dédiée à la défense de l’«autre», globalement, les minorités. Elle a brouillé son matérialisme avec des propositions nouvelles. Ainsi Jean-Luc Mélenchon a-t-il dit en novembre vouloir introduire la liberté de changer de genre dans la Constitution.

La laïcité: adieu, je t'aimais bien, tu sais

La laïcité, autrefois cheval de bataille de la gauche, est entrée en contradiction avec sa défense des «musulmans» (pris tout d’un bloc par le même Mélenchon par exemple, qui tente de se faire leur porte-parole politique). La jeunesse musulmane française apparaissant majoritairement conservatrice sur les mœurs comme dans son rapport à la foi (si l’on s’en tient au déclaratif, la réalité étant souvent plus prosaïque), cette gauche pour ainsi dire christique s’est mise au diapason d’un électorat par ailleurs en butte à des discriminations et dont un sondage Ifop relayé mercredi par le magazine Marianne décrit l’imprégnation religieuse.

Ils se détestent

La gauche Mélenchon n’a que mépris pour la «gauche Valls», du nom de l’ancien premier ministre de François Hollande, qu’elle accuse d’avoir détourné la laïcité à des fins «islamophobes». D’où le mot cinglant de Manuel Valls, parlant en 2016 de «gauches irréconciliables». Entre-temps, la droite et l’extrême droite ont récupéré la laïcité pour en faire un thème identitaire de séparation entre un «eux» et un «nous», mimétisme inversé du «nous» et «eux» initié par les entrepreneurs islamistes.

La poule et l'œuf

Un dialogue tout frais sur Twitter rend compte de cette division à gauche. On s’y querelle sur les causes de son effondrement, façon poule et œuf:

Vous avez dit irréconciliables?

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