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Paléo 2022: Stromae avait des choses à dire

Paléo 2022: Stromae avait des choses à dire
Dimanche soir, Stromae a célébré son retour sur scène à Nyon.

Stromae fait son grand retour au Paléo et il avait des choses à dire

Dimanche soir, après sept ans d'absence, Stromae a célébré son retour sur scène à Nyon. 35 000 personnes ont écouté, religieusement. Et ils ont eu raison.
25.07.2022, 12:3528.07.2022, 16:12
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On avait tous un peu oublié à quoi ça servait, un concert. Quel goût ça avait. Quelles traces ça laissait autour de la bouche ou sur la chemise. Stromae, aussi.

Dimanche soir, le coup de fourchette est revenu. Universel, triomphal et jubilatoire. 35 000 convives affamés, l'estomac suspendu au bord des lèvres de Paul Van Haver, 37 ans, revenu de tout et (presque) comme si de rien. Le Belge nous avait abruptement abandonnés huit ans plus tôt. Repus, gavé même. Il a fallu vidanger un trop-plein. De tournées à rallonge, de succès sournois, de toutes ces foules sentimentales. Trop d'amour pour nous et pour son reflet. Pas assez pour lui, une fois tout seul dans sa tête. Des maux somme toute ordinaires, qu'on cueille trop souvent entre les soupirs d'un open-space. La grosse fatigue, jambes et nerfs sciés. Mais personne n'est véritablement préparé à voir vaciller quelqu'un qui venait tout juste de soulever l'avenir de la pop française d'une paire de biceps improbables.

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Stromae aïe, aïe

On aurait dû pourtant sentir le vent tourner.

Dimanche, sur une Grande scène nyonnaise dressée pour le festin, il a fallu ravaler ses acquis dès les premiers cliquetis dans les enceintes. Avouer qu'on s'était tous un peu gourés.

C'est que, la décennie précédente, on a trop vite rangé le jeune maestro du «Plat Pays» dans la carcasse du (pourtant très) grand Brel

La faute, sans doute, à Bruxelles, à ce timbre inimitable qu'on rêvait dans le creux de notre oreiller quand rien n'allait. La faute, aussi, à ces pupilles azur, cette beauté trop longue, cette bouche élastique, les gesticulations messianiques. Et à ces tubes, savamment enroulés dans du cellophane populaire.

Souvenez-vous, à l'époque, OrelSan n'avait pas encore terminé sa mue de gendre idéal. Eddy de Pretto ne savait pas encore qu'il allait, lui aussi, parler dans des chansons et laisser les tympans fantasmer les mélodies. Stromae s'était donc faufilé, un peu malgré lui, dans une artère où le sang a tapé trop vite et trop fort dans le coeur d'un public aux yeux fermés.

Le single «Santé», symbole d'un rétablissement.Vidéo: YouTube/StromaeVEVO

Prédire un retour d'entre les tristesses, sans éraflure aucune, n'allait donc pas de soi, dimanche, au Paléo Festival. Le bonheur (aussi retrouvé soit-il) accouche rarement de chef-d'œuvres. (Regardez Beigbeder.) Mais à 23h15, dans un océan de poussière, il y avait des bambins sur des épaules, des fidèles à la bouche sèche et une cargaison de bonne «Santé». Stromae a repris le film de sa carrière, sans avoir eu besoin de rembobiner. Sans même un petit résumé des épisodes précédents. Le grand bonhomme a réussi à remiser le passé sous cette Grande scène qui tremblait déjà sous le poids de son succès, en 2014. Et il avait quelque chose à nous dire. Entourés de musiciens alignés comme des cow-boys scientifiques en dentelles. Troquant les machines électroniques contre une cumbia chaude, mais toujours citadine.

«Putain de maladie»
Stromae jure... que tout ira mieux.
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Très vite, en gros plan, un poing fermé déchire les deux écrans de la scène. Comme s'il fallait remettre les pendules à l'heure d'un grand coup sec. C'est «Invaincu», premier morceau limpide, d'un dernier album «volontairement» moins taillé pour les stades que pour les dimanches soirs en petit comité. Déjà, l'imposante structure métallique qui le surplombe vient tour à tour étouffer et auréoler la mise en scène. Le spectacle est à la hauteur de la renaissance. A la fois humble et gaillarde. On pardonnera même les incursions techno-loufoques (un chien-robot pour tout assistant et des simulacres d'instruction de vol pour mieux danser.) Stromae gambade fermement sur les planches comme pour laisser des traces de semelles sur le début du reste de sa vie.

Renaissance joufflue

Les psys le disent toujours, c'est impossible, voire dangereux de faire table rase, de faire l'autruche, de faire comme si de rien. Si bien qu'entre la «Multitude» d'injonctions au bonheur qu'il a compilé dans son dernier album, sont venues se faufiler les noirceurs d'antan. «Cancer» a fait partie du voyage. Un détail, néanmoins: ses deux joues ont fait des réserves, probablement pour ne plus perdre l'équilibre à la moindre bourrasque. Sérénité renflouée et matins plus joufflus qu'il y a huit ans. Stromae est heureux, qu'il vous dit.

«Et vous, vous êtes heureux, Paléo?»

Au fil des minutes, on comprend qu'on n'avait décidément rien compris. Stromae n'a exhumé personne hormis lui-même. Brel peut reposer en paix. L'autre grand Belge mérite désormais qu'on danse sur autre chose que son succès. L'homme est intemporel. Sa musique, inclassable. Paul Van Haver n'a jamais été à la mode et ne sera jamais totalement has-been. Dans sa bouche, des histoires de couple qui finissent joyeusement mal. Un poème pour son fils dont il est «fier».

Passé minuit, les mioches sur les épaules ont ôté leur petit casque anti-bruit fluorescent, comme pour mieux picorer les conseils pour bien démarrer dans la vie.

Au final, tout ça, c'est une bonne nouvelle pour la civilisation. Qu'il soit formidable ou fort minable, même un génie doit savoir dire non.

Et, dimanche, pour 35 000 âmes caniculées, ce fut un grand oui.

Paléo 2022: On a joué à «wrong answers only» avec vous
Video: watson
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