L'adversaire pour les adieux de Messi cache une stratégie insoupçonnée
Pour le dernier match de Lionel Messi avec la sélection, la fédération argentine de football (AFA) a décidé d'organiser à Buenos Aires une rencontre amicale contre le Bénin, modeste 89e au classement Fifa, ce mercredi (1h du matin, heure suisse). «Un choix de rival qui a laissé perplexe tant à l'international qu'en Argentine», fait savoir L'Equipe.
Mais pour qui suit un peu l'Albiceleste, cette affiche n'est, au final, pas étonnante. Et pour cause: depuis 2023, l'Argentine n'affronte que des adversaires de seconde zone, des «petites équipes», en matchs amicaux. Cette année, il y a eu la Mauritanie, la Zambie, le Honduras, l'Islande, la Bolivie, le Burkina Faso et donc le Bénin. La meilleure sélection que Messi et ses coéquipiers ont défiée ces quatre dernières années? L'Australie, en juin 2023, alors seulement 29e mondiale.
Alors bien sûr, ces duels contre des «petits» présentent des avantages: ils permettent au sélectionneur Lionel Scaloni de tester des nouveaux joueurs et schémas tactiques. Ils peuvent aussi gonfler la confiance des footballeurs argentins grâce à des victoires aisées. Tout le contraire d'une défaite face à un adversaire solide, qui a de quoi plomber le moral.
Pour justifier le choix du Bénin, Scaloni a expliqué qu'il restait peu de sélections disponibles pour ce match, organisé à la hâte après l'annonce de Messi fin août sur sa retraite internationale. C'est vrai aussi qu'il est compliqué d'affronter des formations européennes en matchs amicaux, car elles disputent la Ligue des nations. Mais ça n'a pas empêché le Brésil de défier l'Espagne et l'Angleterre en 2024, rappelle L'Equipe.
Et même: à la place de jouer contre le Bénin, la Mauritanie ou le Honduras, l'Argentine pourrait par exemple organiser des rencontres contre de solides sélections asiatiques (Japon, Corée du Sud), nord-américaines (Etats-Unis, Canada) ou africaines (Maroc, Sénégal, etc.). Mais non, l'Albiceleste s'obstine à défier des «petits», et c'est avant tout pour ses finances, comme l'expliquent plusieurs médias de référence.
Monétiser l'aura de Messi et du titre mondial
La sélection sud-américaine, championne du monde en 2022, a parfaitement compris comment monétiser son aura et celle de sa superstar, Lionel Messi. Elle fait payer de petites nations du football pour leur permettre de l'affronter. Pour ces petites équipes et leurs fédérations, c'est l'assurance d'une exposition inespérée. Pour l'Argentine, un moyen de remplir facilement sa caisse. L'Equipe donne l'exemple de l'Angola, qui a déboursé sept millions d'euros pour recevoir l'Albiceleste en novembre 2025.
Les sélections plus huppées ne veulent pas – ou n'ont pas besoin – de faire ces concessions financières pour défier Messi et ses compatriotes: la simple opportunité de se tester contre une bonne équipe devrait suffire aux Argentins.
Le Temps – qui a consacré un article sur le sujet en mars – résume cette idée:
Et c'est d'ailleurs valable pour les matchs à l'extérieur comme ceux en Argentine. RMC Sport, qui cite le journaliste français Romain Molina, fait savoir que la totalité des recettes contre le Bénin reviendra à la fédération argentine. La sélection africaine, elle, ne sera que défrayée (déplacements et hébergement).
L'Albiceleste se montre particulièrement gourmande, d'après Le Temps. Citant la presse marocaine, le média romand raconte que le Maroc a finalement décliné un match amical en 2025 contre les Argentins, la faute à leurs prétentions trop élevées: «10 millions d’euros, des billets d’avion en classe affaires, un hôtel cinq étoiles et d’autres avantages logistiques».
Le Temps précise:
Le début de cette stratégie d'affronter de faibles adversaires en matchs amicaux coïncide avec le changement, début 2023, de la société commerciale chargée d'organiser ces rencontres pour l'AFA: TourProdenter LLC a remplacé World Eleven, avec un contrat qui offre davantage de revenus à la fédération.
«Après la victoire en Coupe du monde, l’AFA a décidé de vendre la sélection pour une question économique et non sportive», déplorait dans Le Temps le directeur de World Eleven. Le média romand souligne que TourProdenter LLC et la fédération sont dans le viseur de la justice pour des transferts d'argent suspects.
Mais l'AFA a donc pu monétiser jusqu'au bout l'aura de Lionel Messi. Pour le 208e et dernier match de la légende, au stade Monumental de Buenos Aires, les 70 000 billets mis en vente ont trouvé preneurs en 90 minutes.
Sans son dieu ni son titre mondial (perdu cet été en finale contre l'Espagne), l'Albiceleste devra peut-être se résoudre à changer de stratégie pour ses matchs amicaux, en privilégiant désormais l'aspect sportif et en affrontant ainsi des adversaires plus prestigieux.
