La Nati a un problème de plus en plus grave avec sa relève
Quart de finale de la Coupe du monde 2026, quart de finale de l’Euro 2024. Et auparavant, depuis 2006, une qualification pour la phase à élimination directe de chaque grand tournoi, à l’exception de l’Euro 2012. Le passé et le présent de notre équipe nationale de football donnent l’impression que le football suisse se porte à merveille.
Mais l’alarme avait déjà été tirée il y a deux ans. En cause: la baisse du temps de jeu accordé aux talents suisses en Super League et en Challenge League. Peter Knäbel, actuel président de l’Association suisse de football (ASF) et fin connaisseur de la relève helvétique, avait averti à l’automne 2024 (il n'était pas encore président de l'ASF) dans une interview accordée à CH Media, le groupe de watson:
A la question précise de savoir si les participations régulières de la Suisse à l’Euro et à la Coupe du monde étaient menacées, Peter Knäbel avait répondu:
Et, plus généralement:
Peter Knäbel n’était pas le seul à pointer du doigt ce problème: la fédération avait elle aussi tiré la sonnette d’alarme il y a deux ans. L’ASF avait publié une étude dans laquelle la Suisse faisait très mauvaise figure par rapport à d’autres pays européens réputés pour la formation. En Belgique, en Autriche, en Croatie et au Danemark, notamment, les talents ont plus tôt l’occasion de faire leurs preuves dans le football professionnel. Et davantage de joueurs issus de ces pays, parfois deux fois plus, parviennent à rejoindre l’un des cinq grands championnats européens.
En réaction à cette tendance négative, l’ASF avait constitué une task force et réclamé des mesures afin d’inciter à nouveau les clubs à faire jouer les talents locaux. L’argent sert de levier: ceux qui encouragent les jeunes Suisses reçoivent des primes. Une grande partie de ces récompenses est distribuée en Challenge League, où quelques centaines de milliers de francs de plus ou de moins ont une influence considérable sur les budgets des clubs. Mais jusqu’ici, cela n’a pas fonctionné.
Un temps de jeu qui a encore baissé
Depuis, l’âge moyen des joueurs alignés dans les ligues professionnelles suisses a certes diminué. Mais pas au bénéfice des talents locaux: lors de la saison 2023/24, les joueurs suisses âgés de 21 ans ou moins avaient cumulé plus de 70 000 minutes de jeu en Challenge League. Lors de la saison 2025/26, ce chiffre n’était plus que de 57 000. En Super League, il est passé de 36 000 à 35 000. Autrement dit: dans l’ensemble, les clubs professionnels suisses préfèrent miser sur des talents étrangers.
La comparaison internationale le montre également: les signaux d’alarme lancés il y a deux ans n’ont jusqu’ici rien changé. Au contraire: en Suède, Croatie, Norvège, Pologne, Danemark, Belgique, aux Pays-Bas et en Tchéquie, les jeunes talents locaux cumulent parfois jusqu’à trois fois plus de minutes de jeu dans l'élite nationale que leurs homologues en Suisse.
Pour l’heure, l'ASF espère que les incitations financières et les nombreuses discussions avec les clubs professionnels suisses provoqueront une prise de conscience générale et permettront aux talents locaux d’obtenir davantage de temps de jeu. Ces derniers possèdent en tout cas le niveau nécessaire pour évoluer en Super League, assure Alex Frei, sélectionneur de l’équipe de Suisse M21, dans une interview accordée à CH Media.
Mais que se passera-t-il si le renversement de tendance se fait encore attendre ces prochaines années? Au Mexique, les clubs qui n’atteignent pas un nombre prédéfini de minutes de jeu accordées aux talents locaux sont sanctionnés par des amendes, voire par des retraits de points. On espère ne pas devoir arriver à une initiative aussi radicale en Suisse.
Adaptation en français: Yoann Graber
