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US Open: hommage à John Isner, le dernier des géants

US Open: hommage à John Isner, le dernier des géants
John Isner quittera la tennis après l'US Open.

Hommage à John Isner, le dernier des géants

Après avoir claqué 14'411 aces, record historique, John Isner quitte le tennis comme il est venu: en silence et en ne payant pas de mine (il préférait les envoyer).
29.08.2023, 16:5729.08.2023, 17:23
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Quand un grand acteur s'en va, on le désigne rituellement comme le dernier des géants. C'est ainsi que le monde du tennis rend un dernier hommage à John Isner, cette semaine, avant ses grands adieux sur la scène de l'US Open. Peu importe que la grandeur dont il est question ici tienne davantage à son anatomie (2,08 m) qu'à sa stature d'artiste: le coeur y est.

«Soyez honnête avec vous‐même», a demandé un journaliste à Kasper Rudd: «Vous est‐il déjà arrivé de rentrer précipitamment de l’école, du travail ou de tout autre endroit, pour vous asseoir devant la télévision, excité à l’idée de regarder un match de John Isner?» Ruud, sans hésiter, a répondu «oui». Il a prouvé qu'il connaissait ses classiques (lui). Il a cité «le match le plus long», mais aussi le sale air de la peur lorsque, pour la seule fois de sa carrière, Rafael Nadal a frisé l'élimination au premier tour de Roland‐Garros (2011).

Le match le plus long
John Isner a connu son heure de gloire à Wimbledon 2010 en battant le Français Nicolas Mahut 6-4 3-6 6-7 (7/9) 7-6 (7/3) 70-68, après 11 h 05 de jeu étalés sur trois jours. Ce match est le plus long de toute l'histoire du tennis.

De mémoire helvétique, Isner a aussi infligé à Federer l'une des défaites les plus vexantes de sa carrière; Federer pulvérisé à Fribourg, en Coupe Davis, devant sa famille et sa cour. «C’était cool, s'est souvenu l'Américain dimanche. Le terrain en Suisse était vraiment mauvais, plein de mauvais rebonds. Roger n’aimait pas ça. J’ai adoré. Plus le court est mauvais, mieux c’est pour moi.»

Parce que, disons-le, John Isner n'est pas homme à lisser ses aspérités. Il n'a jamais eu la main leste et la foulée vibrionnante de ses ainés (Sampras, Agassi, Courier). Il est issu de cette école américaine moderne qui, tournée vers l'essentiel, d'obédience utilitaire, a façonné toute une génération de gros lourds à casquette, sommairement équipés d'un service et d'un coup droit assommants. Aucun n'a percé au-delà des bonnes intentions; ni Donald Young, ni Sam Querrey, ni Jack Sock - qui prend également sa retraite après l'US Open.

Objectif: entourer sa famille.
Objectif: entourer sa famille.

Isner (lui) ne s'est jamais pris pour un autre. Il n'a jamais eu d'autre vocation que servir et disparaître - un ace et puis voilà. Il restera ce personnage de western dont les pieds dépassent du lit, avec sa férocité nonchalante et ses deux balles dans le barillet, la première pour tuer, la deuxième pour survivre. Il a frappé 14'411 aces dans sa carrière, record absolu. Et sinon, advienne que pourra, de volées kamikazes en revers d'infortune.

Pouvait-il espérer mieux? L'éternel universitaire a débarqué dans le tennis la casquette à l'envers, à une ère (lui qui en manquait parfois, du haut de son double mètre replié sur lui-même) où ce sport semblait promis aux grands gaillards (Raonic, Del Potro, etc). Or ces gars-là, et surtout leurs genoux, n'ont pas tenu.

Tournée de shots 👇

Sauf lui... - éventuellement Ivo Karlovic, mais dans un piteux état. John Isner est resté planté là pendant 17 ans, fier épouvantail, en essuyant sans broncher une pluie de critiques, exposé à tous les courants de pensée, le vent de la nouveauté comme le souffle de la jeunesse.

On l'a dit ringard, bizarre, avec son amplitude de bras qui effrayait les moineaux, mais il avait le physique de l'emploi et en a exploité tous les avantages. Il est né avec ce physique d’épouvantail et les chroniqueurs n'ont cessé de répéter doctement qu'il «fait figure d'épouvantail dans ce tournoi».

Chez les beaux joueurs, certains ont tenté de le rabaisser, puisqu'il était malvenu de le prendre de haut. On l'a parfois décrit comme une brute épaisse, haro sur le bobet, au motif qu'avec lui les échanges ne duraient pas plus de trois syllabes (bim, bam, boum). Mais John Isner a fait de grandes choses avec pas grand-chose. Quand il serrera la main de l'arbitre, ce soir à l'US Open, sans lever le bras, sur une nouvelle victoire ou une ultime défaite, on gardera le souvenir attendri d'un grand méchant mou. En un mot: un géant.

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