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Un jeune PLR genevois: «Pourquoi j'ai voté non au mariage pour tous»

Le «non» surprise des jeunes libéraux-radicaux genevois au mariage pour tous, le 2 juillet, en vue de la votation du 26 septembre, a provoqué l'indignation quasi générale. Mais l'un d'eux, interrogé par watson, assume son vote négatif en prenant soin de l'expliquer.



«J’ai voté non, pas parce que je suis contre le mariage pour tous, mais par opposition à la PMA (procréation médicalement assistée), que je trouve contraire à l’éthique.» Enfin un jeune libéral-radical genevois qui assume son vote. Le soir du 2 juillet, en plein Suisse-Espagne, quart de finale à l’Euro, la jeunesse PLR du canton de Genève était invitée à se prononcer, lors d’une assemblée générale en ligne, sur la votation du 26 septembre relative au mariage pour tous. Comme quatorze de ses camarades de parti, Joé Fivaz a voté «non».

«C'est la honte»

Résultat: 15 non, 12 oui. L’impensable s’est produit. De toutes les sections suisses de jeunes PLR, la genevoise est la seule à avoir exprimé un refus. De nombreux jeunes militants libéraux-radicaux du bout du lac sont pris d'un sentiment de honte. Ils n'assument pas ce vote, qui pourrait être interprété comme homophobe. D’où l’exigence d’une nouvelle assemblée générale, qui devrait se tenir dans une dizaine de jours, en conformité avec les statuts. Pour effacer la tache.

«Le refus par nos troupes, ce soir-là, du mariage pour tous, est totalement contraire à notre ADN. Nous avons été les premiers, nous les jeunes libéraux-radicaux genevois, à soutenir ce projet au plan fédéral, il y a dix ans», réagit Aude Echard, secrétaire du comité de la section genevoise. Ou plutôt, ex-secrétaire. La jeune femme a annoncé mercredi sa démission du comité. Pour protester contre un fonctionnement interne qu’elle estime «peu transparent» et «agressif». «Je reste toutefois membre des jeunes PLR», précise-t-elle.

La lettre publique de démission d'Aude Echard

Le soir de Suisse-Espagne

Mais comment diable ce résultat a-t-il été possible? Et que dit-il du débat sur le mariage pour tous, où les opposants semblent raser les murs, comme l’a constaté watson? Le soir où l’inimaginable s’est produit, ils étaient 46 inscrits à l’AG devant dégager une position en vue de la votation du 26 septembre. «Un nombre de participants dans la moyenne des AG», explique Aude Echard. Sur les 46, seuls 27 ont pris part au vote, les autres s’étant égayés entre-temps – une AG le jour et à l’heure de Suisse-Espagne était sans doute une mauvaise idée. «Nous étions sur Zoom. Avant de passer au vote, nous avons un peu échangé. A aucun moment, quelqu’un a pris la parole pour dire qu’il allait voter "non"», relate Aude Echard. La surprise aurait donc été totale.

Le président est en Arménie

Vraiment? On ne peut exclure du réseautage en amont de l'AG, pour se mettre d'accord sur une position, tant chez les «non» que chez les «oui». Ensuite, de rares voix au sein des jeunes PLR genevois avaient laissé entendre dans les jours précédant la délibération officielle qu’ils étaient contre le mariage pour tous. Non pas, comme tient à le souligner Joé Fivaz, par opposition à l’union de deux personnes de même sexe, mais pour des raisons «éthiques» liées à la PMA, inscrite dans la loi.

Le président de la section genevoise, Davit Ghukasyan, serait sur cette ligne-là: opposé à la PMA. Mais depuis le scrutin du 2 juillet, il fait la sourde-oreille avec les médias. Il n’a pas répondu à nos appels. «Il est actuellement en Arménie», renseigne Joé Fivaz. Ce dernier, diplômé dans la finance, se définit comme un «vrai libéral»: Liberté et responsabilité de l'individu.

«Je ne suis en rien homophobe»

Membre du comité genevois des jeunes PLR, Joé Fivaz précise sa position sur le mariage pour tous: «Je ne suis en rien homophobe et personne ne l’est, j'en suis certain, chez les jeunes PLR genevois. Je le répète, je suis favorable au mariage entre des personnes de même sexe, de même que je suis pour que des couples d'hommes ou de femmes puissent adopter, ce que la loi prévoit aussi. Mon opposition concerne la PMA».

Vote caché

Le «vote caché» de la jeunesse PLR genevoise, dans les faits contre le mariage pour tous, malgré les nuances apportées, pourrait présager d’un résultat plus serré qu’attendu le 26 septembre à l'échelon fédéral. «La pression sociale et morale qui pèse sur ceux qui, comme moi, expriment des réserves, peut se retourner contre la loi», estime Joé Fivaz. Il dresse un parallèle avec la loi CO2 rejetée en votation, «y compris par de nombreux PLR, malgré le mot d'ordre du parti en sa faveur».

Joé Fivaz qui prend ensuite l’exemple de Donald Trump: «Je ne suis pas trumpiste», assure-t-il, «mais on remarquera que celui qui avait peu de soutien aux débuts de sa présidence en a reçu davantage par la suite à force d’être attaqué par cette part de la société exerçant une forte pression sur ceux qui ne pensent pas comme elle».

Purge ou réconciliation?

Joé Fivaz et ceux qui comme lui ont voté «non» le 2 juillet, tenteraient-ils de se victimiser? N’y aurait-il pas, chez une partie d’entre eux, un peu d’homophobie rentrée, du moins de l'agacement face à l'engouement pour les questions LGBTQ+, où tout écart de la ligne est jugé incompatible avec les valeurs de progrès? Les jeunes libéraux-radicaux genevois favorables au mariage pour tous voudront-ils purger le comité de ses membres hostiles, quelles que soient leurs raisons, à cette union civile élargie? La confiance peut-elle être rétablie?

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