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*Lucie (de dos) a reçu une vidéo sous la forme de menaces de mort, en message privé sur Instagram. Une vidéo très courte (médaillon) dans laquelle deux garçons brûlent un drapeau de la communauté LGBTQI+ et menacent ouvertement les homosexuels: «A mort les pédés!»
*Lucie (de dos) a reçu une vidéo sous la forme de menaces de mort, en message privé sur Instagram. Une vidéo très courte (médaillon) dans laquelle deux garçons brûlent un drapeau de la communauté LGBTQI+ et menacent ouvertement les homosexuels: «A mort les pédés!»
Image: watson / dr

Mariage pour tous: «On m'a menacée de mort sur Instagram»

17.09.2021, 06:0219.09.2021, 18:22
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Un drapeau arc-en-ciel incendié sur le bitume, des menaces homophobes sur l'écran et surtout, la voix off d'un garçon qui ne laisse aucune place à l'interprétation: «A mort les pédés!» Cette vidéo, aussi courte que violente, a été adressée à une jeune fribourgeoise de 22 ans, en message privé, sur Instagram. Après être passée par toutes les émotions, *Lucie a pris la décision de ne pas se laisser faire. Interview.

Comment ces menaces de mort se sont-elles retrouvées dans vos messages privés sur Instagram?
Lucie: En réaction. Je suppose. J'avais posté une vidéo en story avec un tract des opposants au mariage pour toutes et tous que j'ai découvert dans ma boîte aux lettres. Je l'ai chiffonné, puis jeté à la poubelle. J'ai terminé ma petite mise en scène par un doigt d'honneur en direction du tract. J'ai reçu ces menaces quasiment dans la foulée. Et par deux fois. A quelques secondes d'intervalle. Deux personnes différentes. La même vidéo. (Elle insiste.) Et rien d'autre: juste cette vidéo. Je suis littéralement restée plantée devant ces deux messages.

Vous êtes restée figée. De peur? D'incompréhension? De colère? Tout ça à la fois?
Oui, tout ça à la fois. Pendant les premières secondes en tout cas. Un raz-de-marée d'émotions, mais diffuses.

Et ensuite, c'est quoi qui prend le dessus?
La peur bien sûr. Mais très vite la colère. Une colère primaire et instinctive d'ailleurs: je me suis retenue très fort de répondre! Et je sais très bien que les premiers mots griffonnés auraient été des insultes. Une réaction normale, j'imagine, non? Je me suis aussi posé très vite la question qu'il ne faut surtout pas se poser: suis-je allée trop loin avec ce doigt d'honneur?

Vous aviez une réponse à cette question interdite?
Pas vraiment. A froid, c'est évidemment un peu con-con ce que j'ai fait. Mais je constate que le doute à propos de ses propres actes, c'est suffisamment dévastateur sur le moment.

«Mon entourage, à qui j'en ai immédiatement parlé, a su me convaincre qu'on ne mérite pas une menace de mort homophobe pour un doigt d'honneur contre une poubelle»

On doute de tout. On remet tout en question. Et ce qui est dingue, c'est que j'en suis venue à me dire «pourquoi moi»?

«Pourquoi moi»... vous parlez des menaces de mort?
Oui, mais aussi pourquoi c'est tombé sur moi d'être lesbienne? Je sais, c’est nul. Mais on a vite la confirmation qu'on peut être considérés comme des petits monstres. Des extraterrestres que certains ne comprennent pas. Que c'est moins facile pour moi que pour un ou une hétéro.

On a peur de mourir dans la vraie vie quand on reçoit une menace de mort sur un écran?
Oui. Et non. Je ne me suis pas dit que ces jeunes pouvaient faire irruption chez moi avec un flingue ou un couteau. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai rassuré mes parents. Je me trompe peut-être? Sur internet, c'est étrange parce que c'est en même temps très direct, violent et ciblé, mais on peine à transposer tout ça dans la vraie vie.

Vous avez eu en revanche le réflexe d'enregistrer la vidéo, faire une capture d'écran du compte et de fouiller pour trouver l'identité de ceux qui vous ont menacée.
C'est vrai. D'autant que l'un d'eux m'a vraisemblablement envoyé cette vidéo avec son vrai nom, son vrai compte Instagram. Une rapide enquête m'a permis de réaliser que nous avons des amis en commun, des écoles communes, que nous habitons le même coin. J'ai contacté des potes. Ils le connaissent. Du coup, bah... oui, je sais qui c'est.

Qu'est-ce que ça fait de connaître son identité?
C'est encore plus hallucinant et incompréhensible. Une sensation étrange de proximité. On se dit: «Mec, on s'est déjà certainement croisé. On a des amis en commun. Tu fous quoi, sérieusement?». Il doit avoir une petite année de moins que moi. Comme quoi, il y a encore du boulot.

Il y a du boulot, mais qui doit faire ce boulot?
Tout le monde! La société, les parents, l'Etat, les médias.

«Mais, parfois, je me dis que pour certains jeunes, c'est peine perdue. Qu'il n'y a plus rien à faire. Que c'est trop tard»

Vous parliez de votre entourage. Il a réagi comment?
Ma copine m'a immédiatement soutenue et de manière proactive. Elle m'a vivement conseillé de ne pas répondre aux messages. Et si je décidais de porter plainte, elle est prête à me soutenir, me conseiller, m'accompagner.

Vous avez déjà pris cette décision?
Je suis en tout cas en chemin pour imaginer le faire. Je suis en contact avec des associations; ma petite amie a plus d'expérience que moi dans ce domaine et mes parents m'aident beaucoup.

Des menaces, vous en aviez déjà reçues avant?
Non. Pas des menaces. Des remarques. Quand je tiens la main de mon amie dans la rue. Un classique. Les mecs nous sifflent et nous disent parfois: «Hey, on fait un plan à trois les meufs?».

De votre propre expérience, les garçons sont-ils parfois plus tolérants avec les femmes que les hommes homosexuels?
Mais tellement! Je l'ai même déjà entendu texto: les lesbiennes c'est OK, pas les mecs entre eux. Un fantasme d'un côté, un rejet de l'autre. C'est malheureux, mais pour l'instant c'est encore comme ça.

Vous ressentez une tension, au quotidien, liée à la votation sur le mariage pour tous?
Il y a évidemment les affiches affreuses des opposants, ce qu'on peut lire dans la presse, mais de la tension dans mon entourage proche, non, pas vraiment. En revanche, on me pose beaucoup de questions à ce sujet. Si je compte me marier, avoir des enfants, tout ça.

Vous répondez à ces questions ou ça vous agace?
Les deux, je crois!

Vous semblez bien entourée. Vos parents sont aussi à vos côtés. Ils l'ont été dès le début?
Alors... ben... ils ont été surpris au moment du coming out. Même si on est ouvert et tolérant, c'est une sacrée nouvelle à digérer pour des parents. J'avais 14 ans quand j'ai décidé d'en parler. D'abord à mes potes bien sûr. Ensuite mes parents. Il faut dire qu'ils ne s'y attendaient pas du tout!

«Alors oui, bon, je fais du foot, j'adore le sport depuis toute petite, mais ça n'a jamais été écrit sur mon front que j'aime les femmes»

Un choc comme celui que vous venez de vivre, ça pousse à militer activement pour la cause LGBTQI+?
Je ne suis pas encore dans la phase où ça me rend plus forte. C'est tout frais. Mais ce sont des expériences suffisamment graves pour se dire qu'il faut agir pour faire évoluer les mentalités. Je n'ai jamais été militante pure et dure, mais... ça fait monter une colère qu’il va falloir utiliser à bon escient. Toute la communauté LGBTQIA+ souffre et s’en prend plein la gueule sans raison, personne n’est épargné. C’est aberrant que les jeunes réagissent encore comme ça aujourd’hui.

*prénom d'emprunt

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