«Honteux!»: la colère éclate à l'assemblée de Crans-Montana
Le 16 juin, mardi soir, le président de Crans-Montana Nicolas Féraud apparaît pour la première fois face à ses concitoyens depuis l'incendie qui a coûté la vie à 41 personnes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre au Constellation. Dans la salle polyvalente des Martelles à Chermignon-d'en-Bas, il s'installe derrière la table des autorités, le visage fermé.
Compte tenu du contexte, «le traditionnel verre de l'amitié est annulé ce soir», lance-t-il. Une décision qui dira quelque chose de la soirée entière.
La voix légèrement tremblante, il adresse ses excuses «aux victimes et à leurs proches, cette douleur incommensurable». Une minute de silence s'ensuit. Les personnes présentes, dans et hors de la salle, sont invitées à se lever. Certains restent assis. Laetitia Brodard, la mère d'Arthur, décédé dans l'incendie du Constellation, remercie «celles et ceux qui se sont levés», le téléphone portable à la main.
«Après le temps de l'urgence, vient le temps de la mémoire et des enseignements à tirer»: Sébastien Rey, responsable de la cellule de crise, pose le cadre. La mission: renforcer la sécurité, faire évoluer la gouvernance. Patrick Clivaz, municipal en charge de la sécurité, annonce que 56 contrôles d'établissements publics ont été effectués depuis janvier, et que tous auront été inspectés d'ici la fin de l'année.
Nicolas Féraud prend ensuite la parole. Crans-Montana, rappelle-t-il, est une commune jeune, aux dix années d'existence en 2027.
Pendant qu'il parle, Laetitia Brodard se lève et quitte la salle. Elle laisse un siège vide, alors que Nicolas Féraud souhaite faire de Crans-Montana une «commune plus performante et plus robuste, au service de ses habitants.»
La gouvernance au banc des accusés
Les questions ne tardent pas à fuser, âpres. L'organisation des secours est mise en cause, les critères de sélection des responsables du feu passés au crible d'une assemblée qui n'entend plus se satisfaire de réponses vagues. Des lacunes graves auraient été constatées. Une voix réclame la création d'un service RH indépendant, doté de règles claires, imperméable aux arrangements. La salle frémit. Un murmure court entre les rangs, ni tout à fait colère, ni tout à fait résignation.
La menace d'une hausse des impôts et d'une mise sous tutelle pèse sur les esprits. Des voix s'élèvent pourtant pour appeler au rassemblement. «Notre priorité ne doit pas être la division, notre priorité doit être les victimes», assène un homme depuis la salle. Sur l'avenir financier, Féraud répond sans ambages:
«La confiance est perdue»
Sur la gouvernance, Nicolas Féraud ne fuit pas. «La confiance est perdue», reconnaît-il, les yeux dans la salle. «Il faut des actes, pas des mots. La structure communale sera clarifiée, rendue plus lisible, plus fonctionnelle.»
Sur la démission, sa voix se pose. La question, il se l'est posée en famille, en lui-même, chaque jour encore. Partir aujourd'hui, dit-il, créerait un vide institutionnel qui fragiliserait davantage la commune. Alors il reste. Pour assumer. Pour servir.
Un homme prend le micro. Calme, précis: «Peut-on encore exercer pleinement la fonction de premier magistrat lorsque l'on doit simultanément assurer sa propre défense? Peut-on conduire sereinement une réforme de gouvernance, alors qu'on se trouve soi-même au centre des interrogations qui la motivent?»
Il poursuit:
Nicolas Féraud conclut avec gravité. Par respect pour les familles, dit-il, c'est dans l'union et la collaboration que Crans-Montana trouvera la force de redevenir la station qu'elle mérite, avec cette tragédie gravée en mémoire, non comme une blessure paralysante, mais comme un point de départ.
Et de glisser à voix basse, presque pour lui-même:
«Honteux!»
Une dernière phrase qui fait sortir de ses gonds Laetitia Brodard. Un «honteux!» traverse la salle comme un coup.
Elle nous expliquera dehors, quelques minutes plus tard:
Elle dit avoir essayé «d'hurler le plus fort possible».
Devant l'entrée de la salle, une barrière. Sur elle, les visages et les prénoms de 17 des 41 victimes. Laetitia Brodard s'y poste et interpelle chaque personne qui sort:
C'est la première fois, ce 16 juin, qu'elle remonte à Crans-Montana. Nous lui posons une question, si elle va bien. «J'apprends à survivre avec l'amputation de mon demi-cœur. Parce que j'ai un autre enfant, je reste résiliente. On joue au foot, on fait du vélo, on regarde la Coupe du monde. Pour lui, il doit avoir sa maman.»
Arrive-t-elle encore à s'enthousiasmer, parfois?
Elle nous fait défiler des photos d'elle et son fils. Vivants, ensemble, malgré tout. Pour lui, elle se lève le matin. Pour lui, elle se couche le soir. C'est tout, pour l'instant. Et c'est déjà immense.
