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Crans-Montana: Nicolas Féraud ne lâchera pas son siège

Assemblée communale de Crans-Montana, à la suite de l'incendie meurtrier survenu au bar Le Constellation, à Crans-Montana, en Suisse, le mardi 16 juin 2026.
Entre hommage à l'extérieur et discussion à l'intérieur, la soirée fut émotive à Crans-Montana.Image: montage watson

«Honteux!»: la colère éclate à l'assemblée de Crans-Montana

Crans-Montana tenait son assemblée communale. Cinq mois et demi après l'incendie du Constellation, qui a coûté la vie à 41 personnes. Nicolas Féraud, le président, répondait pour la première fois aux questions de ses concitoyens. Une soirée entre colère, deuil et interrogations.
17.06.2026, 06:5617.06.2026, 06:57

Le 16 juin, mardi soir, le président de Crans-Montana Nicolas Féraud apparaît pour la première fois face à ses concitoyens depuis l'incendie qui a coûté la vie à 41 personnes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre au Constellation. Dans la salle polyvalente des Martelles à Chermignon-d'en-Bas, il s'installe derrière la table des autorités, le visage fermé.

Compte tenu du contexte, «le traditionnel verre de l'amitié est annulé ce soir», lance-t-il. Une décision qui dira quelque chose de la soirée entière.

La voix légèrement tremblante, il adresse ses excuses «aux victimes et à leurs proches, cette douleur incommensurable». Une minute de silence s'ensuit. Les personnes présentes, dans et hors de la salle, sont invitées à se lever. Certains restent assis. Laetitia Brodard, la mère d'Arthur, décédé dans l'incendie du Constellation, remercie «celles et ceux qui se sont levés», le téléphone portable à la main.

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Keystone

«Après le temps de l'urgence, vient le temps de la mémoire et des enseignements à tirer»: Sébastien Rey, responsable de la cellule de crise, pose le cadre. La mission: renforcer la sécurité, faire évoluer la gouvernance. Patrick Clivaz, municipal en charge de la sécurité, annonce que 56 contrôles d'établissements publics ont été effectués depuis janvier, et que tous auront été inspectés d'ici la fin de l'année.

Nicolas Féraud prend ensuite la parole. Crans-Montana, rappelle-t-il, est une commune jeune, aux dix années d'existence en 2027.

«Une commune importante, exposée, touristique, complexe, appelée à prendre des décisions toujours plus exigeantes»
Nicolas Féraud

Pendant qu'il parle, Laetitia Brodard se lève et quitte la salle. Elle laisse un siège vide, alors que Nicolas Féraud souhaite faire de Crans-Montana une «commune plus performante et plus robuste, au service de ses habitants.»

La gouvernance au banc des accusés

Les questions ne tardent pas à fuser, âpres. L'organisation des secours est mise en cause, les critères de sélection des responsables du feu passés au crible d'une assemblée qui n'entend plus se satisfaire de réponses vagues. Des lacunes graves auraient été constatées. Une voix réclame la création d'un service RH indépendant, doté de règles claires, imperméable aux arrangements. La salle frémit. Un murmure court entre les rangs, ni tout à fait colère, ni tout à fait résignation.

epa13042216 Nicolas Feraud, mayor of Crans-Montana, observes a minute of silence during a primary assembly in Crans-Montana, Switzerland, 16 June 2026, over the deadly fire at Le Constellation. Forty- ...
Nicolas Féraud.Keystone

La menace d'une hausse des impôts et d'une mise sous tutelle pèse sur les esprits. Des voix s'élèvent pourtant pour appeler au rassemblement. «Notre priorité ne doit pas être la division, notre priorité doit être les victimes», assène un homme depuis la salle. Sur l'avenir financier, Féraud répond sans ambages:

«Notre avenir n'est pas en danger pour les 10-15 prochaines années. Nous n'augmenterons pas les impôts»

«La confiance est perdue»

Sur la gouvernance, Nicolas Féraud ne fuit pas. «La confiance est perdue», reconnaît-il, les yeux dans la salle. «Il faut des actes, pas des mots. La structure communale sera clarifiée, rendue plus lisible, plus fonctionnelle.»

Sur la démission, sa voix se pose. La question, il se l'est posée en famille, en lui-même, chaque jour encore. Partir aujourd'hui, dit-il, créerait un vide institutionnel qui fragiliserait davantage la commune. Alors il reste. Pour assumer. Pour servir.

Un homme prend le micro. Calme, précis: «Peut-on encore exercer pleinement la fonction de premier magistrat lorsque l'on doit simultanément assurer sa propre défense? Peut-on conduire sereinement une réforme de gouvernance, alors qu'on se trouve soi-même au centre des interrogations qui la motivent?»

Il poursuit:

«S'agripper à la barre ne suffit pas. Il faut aussi accepter de regarder la réalité en face, avec toute la lucidité et toute l'exigence que la situation impose»

Nicolas Féraud conclut avec gravité. Par respect pour les familles, dit-il, c'est dans l'union et la collaboration que Crans-Montana trouvera la force de redevenir la station qu'elle mérite, avec cette tragédie gravée en mémoire, non comme une blessure paralysante, mais comme un point de départ.

Et de glisser à voix basse, presque pour lui-même:

«Avant le 1er janvier, tout était tellement plus simple»

«Honteux!»

Une dernière phrase qui fait sortir de ses gonds Laetitia Brodard. Un «honteux!» traverse la salle comme un coup.

Elle nous expliquera dehors, quelques minutes plus tard:

«Qu'il reste par dignité pour les familles, que son départ créerait un dysfonctionnement. C'est inaudible»

Elle dit avoir essayé «d'hurler le plus fort possible».

Assemblée communale de Crans-Montana, à la suite de l'incendie meurtrier survenu au bar Le Constellation, à Crans-Montana, en Suisse, le mardi 16 juin 2026.
Laetitia Brodard, maman Arthur, était présente lors de l'assemblée communale du 16 juin.Image: watson

Devant l'entrée de la salle, une barrière. Sur elle, les visages et les prénoms de 17 des 41 victimes. Laetitia Brodard s'y poste et interpelle chaque personne qui sort:

«Ils ont un visage, un prénom. Ce ne sont pas des victimes. Le mot victime ne les représente pas»

C'est la première fois, ce 16 juin, qu'elle remonte à Crans-Montana. Nous lui posons une question, si elle va bien. «J'apprends à survivre avec l'amputation de mon demi-cœur. Parce que j'ai un autre enfant, je reste résiliente. On joue au foot, on fait du vélo, on regarde la Coupe du monde. Pour lui, il doit avoir sa maman.»

Arrive-t-elle encore à s'enthousiasmer, parfois?

«Je ne sais plus ce que c'est, l'enthousiasme»

Elle nous fait défiler des photos d'elle et son fils. Vivants, ensemble, malgré tout. Pour lui, elle se lève le matin. Pour lui, elle se couche le soir. C'est tout, pour l'instant. Et c'est déjà immense.

L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
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L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)

Un incendie s'est produit ce jeudi 1er janvier à 1h30 dans un bar de la station de ski de Crans-Montana (VS).

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Le résumé de la conférence de presse de Crans-Montana
Video: watson
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