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Image: Shutterstock

Comment lutter contre les photos non-consenties sur les réseaux sociaux?

Aujourd'hui, il suffit de deux clics pour prendre en photo quelqu'un et diffuser l'image sur Internet. Une situation qui impacte notre vie privée et peut conduire à des cas de cyberharcèlement. Une recherche menée par la HEC Lausanne pointe différentes solutions pour lutter contre le problème.
07.09.2021, 17:3207.09.2021, 23:48
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Une photo d'une soirée trop arrosée, une image volée dans les vestiaires de gym ou encore un cliché en train de se gratter le nez. À l'ère des smartphones et des réseaux sociaux, en deux secondes, vous pouvez vous retrouver sur Internet dans une position peu valorisante. «Les cas les plus extrêmes, c'est la pornodivulgation. Mais même les photos les plus banales peuvent nous porter préjudice», observe Kevin Huguenin, professeur à la Faculté des HEC de l'Université de Lausanne.

«On a beau faire attention à protéger notre vie privée, elle peut être mise à mal par les autres»
Kevin Huguenin, professeur à la HEC Lausanne

Celui qui dirige le laboratoire de sécurité de l'information et protection de la vie privée souligne à quel point nous sommes désormais dépendants des autres pour préserver notre sphère privée en ligne: «L'un des exemples les plus saillants, ce sont les photos publiées sans notre consentement.»

Ces dernières peuvent, par exemple, poser problème vis-à-vis d'un futur employeur qui cherche à en savoir davantage sur vous sur Internet. «Le cyberharcèlement est aussi de plus en plus répandu, notamment chez les très jeunes», pointe Kevin Huguenin.

Flouter les visages sur toutes les photos, est-ce la solution?

Selon les recherches qu'il a menées avec son collègue Mauro Cherubini, 16% des utilisateurs des réseaux sociaux interrogés ont déclenché un conflit en partageant une photo sans consentement, au cours des douze derniers mois précédant l'étude, et environ 7% ont subi des conséquences graves, comme l’humiliation publique, la discrimination ou la pornodivulgation.

«Ce qui pourrait pousser les réseaux sociaux à s'intéresser au problème, c'est le risque que les utilisateurs partent sur un autre site s'ils ne se sentent pas en sécurité»
Kevin Huguenin

Pour tenter de remédier au problème, les deux professeurs à HEC Lausanne ont publié une étude dans laquelle ils proposent plusieurs solutions concrètes. Des solutions dont ils espèrent que les géants comme Facebook ou Instagram s'inspireront:

  • Un dispositif qui floute automatiquement le visage de toutes les personnes présentes sur une photo lorsque celle-ci est publiée (à l'exception de celui de l'auteur). Les concernés doivent ensuite valider l'image pour que leur visage soit déflouté.
  • Un message d'avertissement visant à sensibiliser l'utilisateur avant qu'il ne publie une photo et l'inciter à demander l'autorisation des autres personnes présentes sur l'image.

«Ce qu'on a observé, c'est que les gens avaient besoin de certitudes. Ils préfèrent donc une approche où on bloque techniquement la publication plutôt que de la sensibilisation», analyse Kevin Huguenin.

Des robots
comme médiateurs

Une autre proposition a émergé suite aux discussions des chercheurs avec les utilisateurs. «Certains ont proposé un système de médiation avec l'idée que ce conflit entre la personne qui publie et celle qui figure sur l'image peut se résoudre par le dialogue», détaille le professeur à HEC.

Problème, des centaines de millions de photos sont publiées chaque jour sur Internet. «Il est impossible que des humains animent ces discussions. On a donc pensé à des chatbots (réd: une intelligence artificielle qui gère une conversation)», poursuit Kevin Huguenin, qui souligne que l'option sera étudiée dans les mois à venir par son équipe.

Prendre le temps de réfléchir et de dialoguer

Sociologue du numérique à l'Université de Lausanne, Olivier Glassey confirme l'importance de s'intéresser au problème: «On ne sait pas comment ces images de nous postées par d'autres vont circuler, ni à quel moment elles vont réapparaître. Cela constitue une sorte de menace invisible.»

«Au moment de prendre la photo, est-ce qu'on pense aux conséquences pour les personnes sur l'image?»
Olivier Glassey, sociologue du numérique

À ses yeux, les smartphones n'ont cessé de simplifier et d'accélérer la prise et la publication de photos ces dernières années. «C'est dans cette spontanéité encouragée que vont se nicher les problèmes de divulgation d'images. Il reste peu d'espace pour réfléchir aux conséquences.»

Si le sociologue est convaincu que l'on pourrait faire mieux techniquement pour protéger la vie privée des utilisateurs, il souligne que les algorithmes ne sont pas le seul remède: «Ce n'est pas la technologie qui va apporter l'entièreté de la solution à un problème qu'elle a créé.»

«Les gens ont envie de communiquer, mais ils aimeraient avoir la garantie que cela ne restera pas»
Olivier Glassey, sociologue du numérique

De ce point de vue là, Olivier Glassey apprécie d'ailleurs le dispositif de floutage imaginé par la HEC Lausanne. Selon lui, le système va amener des négociations entre les différentes personnes en les forçant à dialoguer, pour savoir pourquoi ils ont validé, ou pas, une photo. «Nous n'avons pas tous la même perception de ce qui est gênant. Ce sont des enjeux dont on ne parle pas souvent et dont il faudrait discuter davantage.»

Garder le contrôle
sur son image

Juriste spécialisé dans le droit des nouvelles technologies, François Charlet va dans le même sens. Il préfère pourtant la seconde solution proposée par Kevin Huguenin et son équipe, c'est-à-dire les messages de sensibilisation. «Il y a un côté éducatif, cela permet de rappeler qu'il y a des choses qui se font et d'autres pas. Au-delà de questions juridiques, il y a aussi le savoir-vivre.»

«Sans tomber dans la paranoïa, on ne sait jamais la manière dont les images, même banales, peuvent se retourner contre nous»
François Charlet, juriste

Le juriste rappelle toutefois que prendre et publier un cliché n'est jamais anodin. Même pour une photo quelconque, chacun a le droit de décider de la manière dont son image est utilisée. «Et même si vous êtes d'accord sur le moment de faire une photo, vous ne dites pas oui à plus que ça. Publier l'image sur les réseaux sociaux va plus loin que l'autorisation implicite que vous avez donnée.»

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