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Analyse

Israël et le vaccin, les raisons d’un optimisme

Plus de la moitié de la population israélienne a reçu au moins une première dose du vaccin contre le coronavirus. Et l’écrasante majorité des personnes à risque sont désormais protégées. Modèle à suivre?
02.03.2021, 18:0102.03.2021, 18:32
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Où en est le programme de vaccination?

Israël a été l’un des premiers pays au monde à lancer sa campagne d'injections, dès le 19 décembre 2020. Septante-trois jours plus tard, un peu plus de la moitié de la population a reçu au moins la première dose du vaccin Pfizer/Biontech à ARN messager.

Vendredi 26 février, le ministère de la Santé à Jérusalem a indiqué que 4,65 millions de personnes sur les 9,3 millions d'habitants avaient reçu une première dose. Mieux, 35% de la population ont déjà reçu une seconde dose du vaccin, avec un taux dépassant les 85% chez les personnes âgées de 70 ans et plus, autrement dit les individus les plus exposés à une infection au Covid-19.

Le pays est donc dans les temps pour parvenir, ainsi qu’il l’a promis, à immuniser tous les habitants de plus de 16 ans (6,4 millions de personnes) d'ici la fin du mois de mars afin d’entrevoir une fête de Pessah (la Pâque juive) aussi radieuse que déconfinée.

Pourquoi Israël a-t-il été approvisionné en premier?

L’État hébreu a passé un accord avec le laboratoire américain Pfizer: il recevrait les vaccins en premier – en fait il a obtenu le double des doses nécessaires – mais en échange de la totalité des données biomédicales. En clair, Israël sert de cobaye à l’échelle d’un territoire national entier. Cette décision du gouvernement sans l'aval de la Knesset (le parlement), et encore moins de la population qui n'a pas été consultée, n'aurait sans doute pas été possible dans un autre pays démocratique. En Suisse par exemple, la démarche aurait immanquablement fait l'objet d'une récolte de signatures.

Le deal entre Israël et le labo américain a été scellé en décembre au terme de dix-sept conversations entre Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, son ministre de la Santé Yuli Edelstein et Albert Bourla, le CEO de Pfizer. Il n’est pas inutile de rappeler que l’inusable chef du gouvernement israélien, en position délicate depuis quelques années, fait justement face à de nouvelles élections… fin mars.

«Bibi» Netanyahu en pré-campagne électorale avec le 4 millionième Israélien vacciné.
«Bibi» Netanyahu en pré-campagne électorale avec le 4 millionième Israélien vacciné.Image: AP Pool Yediot Aharonot

Pas étonnant de constater qu’il passe désormais le plus clair de son temps à visiter des centres de vaccination et à accueillir sous l’œil des caméras des avions-cargo chargés de palettes de fioles Pfizer, à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv. Sa campagne est donc autant électorale que vaccinale. Il a même fait encadrer la seringue avec laquelle il a personnellement reçu sa première injection !

Ce premier test à l’échelle d’un pays est-il positif?

Oui, et c’est enfin une excellente nouvelle après une année sous l’emprise du virus. Dans un premier temps, les scientifiques israéliens ont annoncé que la première dose était efficace à 85% deux à quatre semaines après son injection. Mieux, ils affirment maintenant que le vaccin Pfizer prévient à 94% les cas symptomatiques de Covid-19, selon une étude réalisée auprès de 1,2 million de personnes.

«Il s'agit de la première preuve validée par les pairs de l'efficacité d'un vaccin dans les conditions du monde réel»
Ben Rais, l'un des coauteurs d'une étude publiée mercredi 24 février dans le New England Journal of Medicine

Que dit précisément cette étude israélienne?

Menée par des experts indépendants, elle analyse les données de la Clalit, la plus grande des quatre caisses d'assurance-maladie en Israël. Elle compare un groupe de près de 600 000 personnes vaccinées entre le 20 décembre et le 1er février avec un autre groupe de même taille non vacciné. Le résultat est éloquent: le vaccin bloque les infections à 46% après la première injection et à 92% après la seconde.

On vaccine aussi au pied de l'escalator chez Ikea à Rishon Lezion, quatrième ville du pays, au sud de Tel Aviv.
On vaccine aussi au pied de l'escalator chez Ikea à Rishon Lezion, quatrième ville du pays, au sud de Tel Aviv.Image: sda

La vaccination permet aussi d'éviter les hospitalisations dans 87% des cas de gens qui sont quand même infectés, et elle prévient à 92% les cas graves. Preuve est donc faite sur le terrain réel que les inoculations obtiennent les mêmes résultats que les essais cliniques de phase 3. En clair, le vaccin marche. Premiers signes encourageants: après un mois de février très dur, les hôpitaux israéliens enregistrent une nette détente.

Le vaccin bloque-t-il la transmission du virus?

Après toutes ces bonnes, nouvelles, un bémol. Si l’étude note que 92% des infections sont stoppées, cela signifie en effet que les personnes vaccinées ne peuvent plus transmettre le virus. Mais ce résultat doit être interprété avec des pincettes. «Car nous ne pouvons pas garantir que nous ayons détecté toutes les infections asymptomatiques», a averti l’un des auteurs, Noam Barda.

En résumé, les scientifiques ont de bonnes raisons de penser que le vaccin diminue la transmissibilité du virus, mais ils peinent encore à quantifier le phénomène. Le suspense n'est pas terminé.

Que penser de la stratégie vaccinale d'Israël

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