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Pourquoi le travail social doit aussi se conjuguer au masculin

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Pourquoi le travail social doit aussi se conjuguer au masculin

Pourquoi le travail social doit aussi se conjuguer au masculin
Dans le social, les hommes sont plutôt rares. Silvan Küderli est l’un d’eux: il a abandonné le domaine commercial pour devenir assistant social. Aujourd’hui, il accompagne des personnes dépendantes aux drogues ou à l’alcool vers l’abstinence. Le fait que les hommes soient une minorité dans le domaine social l’interpelle, car il est convaincu que la gent masculine joue un rôle sociétal important dans ces professions.
09.08.2022, 10:24
Larissa Speziale
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Selon l’Office fédéral de la statistique, le domaine social n’emploie que 30% d’hommes. Les chiffres concernant les filières sociales des HES sont similaires. Est-ce dû aux stéréotypes de genre, qui continuent d’influencer nos choix professionnels? Ou au manque de prestige? Silvan Küderli, assistant social à l’institution spécialisée Forelhaus de Zurich, ne s’explique pas cet état de fait. Lui-même adore son travail.

Silvan, tu viens de me faire visiter le Forelhaus. Tu es clairement passionné par ton métier. Peux-tu nous en dire plus?
En tant qu’assistant social, on peut vraiment faire changer les choses. J’ai travaillé pendant dix ans en milieu ouvert avec des jeunes. Nous proposions un endroit sûr aux jeunes, où ils pouvaient tout simplement être eux-mêmes. Ils avaient également toujours quelqu’un vers qui se tourner pour parler de leurs problèmes ou de leurs inquiétudes. Avec eux, nous avons mis sur pied un grand nombre de projets, du skatepark aux offres de conseil, en passant par les repas de midi pour celles et ceux qui auraient sinon mangé seul(e)s à la maison.

Silvan Küderli, assistant social à l’institution spécialisée Forelhaus de Zurich
Silvan Küderli, assistant social à l’institution spécialisée Forelhaus de Zurich.

Un jeune homme qui avait interrompu son apprentissage de cuisinier s’occupait de préparer le repas. Les jeunes se savaient ainsi utiles et pouvaient donner un sens à leurs journées. Ici, au Forelhaus, je vois comment les personnes dépendantes aux drogues ou à l’alcool peuvent évoluer vers l’abstinence et se reconstruire. J’apprécie vraiment de pouvoir exercer une activité sensée. Le domaine social est très large et offre d’innombrables perspectives.

Tu participes à la campagne «Hommes dans le social», un projet de l’association faîtière männer.ch, de la SASSA (conférence des hautes écoles spécialisées suisses de travail social) et de la SPAS (plate-forme suisse des formations dans le social). Pourquoi faut-il des hommes dans ton domaine?
Presque la moitié de la population est masculine. Cette proportion se retrouve chez les personnes que nous accompagnons, mais pas chez celles qui exercent ma profession. Et pourtant, les hommes comme les femmes ont besoin de personnes de référence des deux sexes. Il y a certains sujets que l’on ne veut aborder qu’avec un homme. Nous constatons souvent que les personnes qui ont été victimes de violences de la part d’hommes projettent ces expériences sur tous les hommes. Il est donc essentiel qu’elles découvrent une autre attitude et comprennent que des relations non violentes sont également possibles.

Enfin, des modèles masculins font encore défaut à de nombreux jeunes hommes. Ils ont grandi dans une famille où le père est peu présent, voire absent. A l’école primaire, presque tout le corps enseignant est composé de femmes. Ces jeunes prennent alors pour modèles des sportifs, des acteurs ou des musiciens. Mais pour que notre société se porte bien, nous avons besoin de modèles et de personnes de références du monde réel. Il faut donc que les hommes qui travaillent dans le social prennent leurs responsabilités.

Tu n’as pas tout de suite travaillé dans le domaine social: tu as d’abord effectué un apprentissage de commerce auprès de la Poste. Pourquoi as-tu changé de voie?
Après mon apprentissage, j’ai travaillé au guichet. Le contact avec la clientèle me plaisait beaucoup. Et je passais une grande partie de mon temps libre au centre pour jeunes. J’ai alors compris que nous n’avions pas tous eu une enfance facile. Le travail social avec les jeunes me fascinait. J’ai également apprécié le fait que cette offre soit accessible à toutes et tous. J’ai passé ma maturité professionnelle et étudié le travail social en HES, puis travaillé en milieu ouvert avec des jeunes. Cela a été le coup de foudre.

Aujourd’hui, tu travailles à l’institution Forelhaus, à Zurich. De quoi s’agit-il exactement?
La fondation Forelhaus Zurich gère trois foyers dans le nord de la ville et un dans le quartier de Wiedikon. Les personnes qui souhaitent devenir abstinentes bénéficient d’un cadre sûr qui leur permet de retrouver la stabilité. Le foyer de 24 places aide à passer de l’univers clinique à la vie indépendante, une étape qui n’est pas sans difficulté. Les résidents consolident leur décision et se construisent peu à peu une nouvelle vie dans un environnement proche du quotidien réel. La structure protégée offre 35 places aux personnes abstinentes et stables qui n’ont besoin que d’un soutien ponctuel; il s’agit de séjours de longue durée.

En quoi consiste ton travail?
Je mène des entretiens de conseil avec les résidents. Je les aide à résoudre leurs problèmes et à surmonter les défis qu’ils rencontrent pour éviter qu’ils ne recourent à des substances addictives comme ils l’auraient fait par le passé. D’un commun accord, nous leur fixons des objectifs et travaillons main dans la main pour qu’ils les atteignent.

Quels sont tes plus grands défis?
Il est parfois difficile de gérer l’ambivalence dont font preuve les personnes souffrant d’une dépendance. Elles veulent être abstinentes, mais doivent lutter contre la ou les substance(s) addictive(s). Elles ont tendance à externaliser et cherchent souvent la source de leurs problèmes chez les autres. Cela mène à des situations difficiles. Par exemple, certaines personnes essaient de semer la zizanie auprès du personnel. Au Forelhaus, nous disposons néanmoins de bons outils d’intervision et de supervision, qui nous permettent de parler des situations problématiques et d’arriver à une solution. La condition sine qua non pour ne pas être dépassé par les confrontations est d’être au clair avec soi-même. Selon moi, c’est même la tâche la plus importante d’un travailleur social.

Au travail, quels moments sont source de bonheur pour toi?
Je suis toujours vraiment heureux de voir que quelqu’un évolue. Plus concrètement, je pense à nos journées de sports d’hiver: une fois l’an, les résidents et nous allons en montagne pour skier ou snowboarder. Je constate alors à quel point ils revivent. Et les montées en télésiège permettent de mener d’excellentes conversations thérapeutiques.

C'est quoi un homme déconstruit ?
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