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Benjamin s'interroge

Juilletistes/aoûtiens: question d'organisation ou de psychologie?

Prendre ses vacances en août ou en juillet? Ce qui semble être un simple problème logistique en dit peut-être long sur votre manière de voir le monde. Ou pas, je ne sais pas. On verra bien à la fin de l'article.
02.08.2021, 19:35
Benjamin Décosterd
Benjamin Décosterd
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Benjamin s'interroge
Benjamin Décosterd se pose des questions existentielles pendant (et à propos de) la période estivale. Il tente d'y répondre avec ses armes: Google, une formation non journalistique et une audace stylistique qui lui permettent de parler de lui à la troisième personne.

Juger les gens, c'est super. Parce que ça permet de les ranger rapidement dans une case et de ne pas prendre le risque de se rendre compte qu'on a des points en commun avec ce type qui s'est tatoué sur le biceps «Stop dreaming your life, wake up and start living it»; ou avec cette meuf qui dit «salut salut».

Lorsqu'il s'agit de vacances, on évalue les gens à leur choix de destination et au community management de leur bonheur mis en scène sur les réseaux. Mais qu'est-ce que le mois de départ en vacances nous raconte sur quelqu'un?

D'autant que l'été voit s'affronter deux factions en matière de timing: les juilletistes et les aoûtiens. Surtout utilisés par nos voisins «francéhs» (à prononcer avec l'accent), ces termes désignent-ils vraiment deux populations distinctes avec des valeurs différentes?

<b>Les vacances, c'est avant tout l'occasion de se poser (et de réfléchir à sa vie).</b>
Les vacances, c'est avant tout l'occasion de se poser (et de réfléchir à sa vie).Image: Shutterstock/watson

À l'époque (je sais pas laquelle, mais c'est pour dire «avant»), les usines fermaient en août. Les ouvriers et travailleurs étaient donc obligés de partir à ce moment-là, faisant des aoûtiens des prolos. En opposition aux juilletistes, plus haut-placés, qui pouvaient prendre des vacances an amont.
Avec un choix de vacances plus libre de nos jours, les aoûtiens seraient même plus dépensiers que leurs homologues vacanciers précoces.

Après, j'ai trouvé cette info dans un article qui cite un gérant de crêperie, donc il faut relativiser. Mais d'un autre côté, on confie bien les négociations avec l'Europe à un vigneron, alors bon…

Image: Keystone/watson

Bref, essayons de mettre nos vacanciers dans des cases (c'est une hypothèse, mais crédible puisque relayée par un média tel que watson):

  • Les juilletistes sont des croqueurs de la vie. Ils profitent de l'instant présent. Ils partent en vacances tôt, parce qu'«on sait jamais». Ils aiment faire des activités et crient «YOOUHOUU» quand on passe leur chanson préférée (Mambo No. 5, Lou Bega) en boîte.
  • Les aoûtiens sont calculateurs. Ils planifient les choses bien à l'avance. Ils retardent le repos parce qu'«après, on est content de se détendre, l'esprit tranquille». Ils aiment lire et se disent «aaah sympa, ça» quand ils voient qu'on peut faire un tour guidé des producteurs de vin de la région.

Après avoir lu ces définitions subtiles (juger les gens, c'est super) on peut se poser les question suivantes:

  1. Peut-on déduire que les juilletistes seraient plutôt catholiques et que les aoûtien auraient des penchants protestants?
  2. Ou ces derniers ne seraient-ils pas simplement un peu trop sérieux suisses allemands?
  3. A-t-on besoin de vacances si, chaque jour, on fait un travail que l'on aime?
  4. D'ailleurs ne voudriez-vous pas devenir très rapidement votre propre patron et être autonome financièrement?
  5. Voulez-vous acheter un kit de compléments alimentaires pour harceler vos amis et les attirer dans un système pyramidal?

Et pour répondre aux deux premières questions, j'ai interrogé ma pote Vanessa, professionnelle du tourisme depuis treize ans:

Les aoûtiens anticipent plus, c'est vrai. Mais c'est parce qu'ils savent que de toute façon, les destinations populaires seront prisées. Alors que sur la première quinzaine de juillet, on peut espérer faire des voyages à la dernière minute: il reste encore quelques places.
Depuis que je travaille à Zurich, je constate des différences cantonales. Les Suisses allemands partent plutôt en août, alors qu'on verra plus de Romands se dire: «j'ai fini le boulot, je vais prendre les gosses à la sortie de l'école, et je me tire». Mais c'est surtout pour des questions de vacances, parce que certains cantons alémaniques les commencent plus tard qu'en Suisse romande.

D'après Vanessa, c'est véritablement la logistique qui prend le dessus dans le choix des vacances estivales. En effet, les gens auraient tendance à se caler sur les événements importants:

«J'ai grandi à Genève et on partait en juillet pour être ensuite là pendant les Fêtes de Genève. Dans le canton de Vaud, pas mal de monde part en août, après Paléo et Montreux»
Vanessa qui a été élevée en croyant que les Fêtes de Genève, c'est plus cool que Montreux et Paléo. LOL.

Pour aller encore plus loin – et après avoir réussi à obtenir le témoignage d'un ancien chercheur du GIEC dans un brillant article sur la chaleur et la libido – ne faudrait-il pas poser la question à une sociologue du tourisme qui enseigne à l'Université Paris Descartes? Oui.

La dame en question a-t-elle répondu à mon mail? Non.

«Je ne comprends pas pourquoi ce message n'est pas arrivé dans mes spams»
Ce que s'est certainement dit la sociologue du tourisme qui enseigne à l'Université Paris Descartes.

J'ai donc contacté la Haute École de Gestion (et son Institut de Tourisme). Et j'ai pu avoir Nathalie Stumm, sociologue:

J'ai été surprise par votre question, parce que les concepts de juilletiste et aoûtien me semblent dépassés. Notamment à cause de la tertiarisation du travail mais aussi à un fractionnement des vacances. En effet, on fait plus attention à sa santé et on cherche à mieux récupérer avec plusieurs périodes de repos pendant l'année.
Les marqueurs sociaux vont être la destination et la durée du voyage. Il y a également la consommation touristique, une fois sur place. Sur ce dernier point, il faut relever que l'uberisation du tourisme brouille les pistes. Même les personnes avec des hauts revenus optent pour des offres alternatives, comme le «glamping» (hébergements se rapprochant du camping mais avec un certain niveau de confort, ndlr). On raisonne moins en termes de budget qu'en termes d'expérience touristique.

Et vu que je l'avais sous la main et contre l'oreille (au téléphone, donc) j'en ai profité pour lui poser une autre question bête: Quand on est sociologue du tourisme, est-ce que les vacances, c'est pas du boulot?

«Je n'ai pas l'impression de travailler en vacances. Mais en tant que sociologue, je suis toujours vigilante quant aux comportements des gens»
Nathalie Stumm

Le verdict est donc sans appel: cet été vous partez quand ça vous chante (et surtout si vous le pouvez et où vous le pouvez #VariantDelta).
Un peu parce que – si juger les gens, c'est bien – être jugé c'est moins bien. Et beaucoup parce qu'apparemment ça ne dit rien de vous.

En plus, au moment où vous lisez ce mot (oui, celui-là. Et celui-ci aussi d'ailleurs), je suis moi-même en vacances. Donc ça m'est égal.

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