Cette famille américaine a créé son propre alcool suisse
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
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Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
Déposée comme un trophée sur une étagère, entre le gin et le rhum maison, la bouteille ne pouvait que taper dans l'œil d'une native du Val-de-Travers, berceau historique et revendiqué de l'absinthe. De la «Fée verte» en vente libre au fond du Wyoming? What the hell?
Les deux cocktails avalés un peu plus tôt au bar nous joueraient-ils des tours? Ou la lumière tamisée du bar nous ferait-elle voir trouble? Car nous sommes loin, très loin, du canton de Neuchâtel, de la Suisse romande et de ses dizaines de distilleries. Nous nous trouvons à Casper, petite ville paisible de l'Etat rural du Wyoming, un peu moins de 60 000 âmes.
Et plus précisément dans le bar à cocktails de la Backwards Distilling Company, dont la carte s'est révélée aussi intrigante qu'originale. Sur la carte d'automne, un bourbon maison aromatisé à la chicorée côtoie un rhum infusé au beurre de cacahuète. Nous nous laissons tenter par le «Persephone's Promise», création à base de gin au fromage de chèvre, avec sésame noir, grenade et thym - un délice.
Pour comprendre comment une distillerie familiale du Wyoming s'est retrouvée à fabriquer un alcool aussi inhabituel que l'absinthe, nous rencontrons dès le lendemain sa fondatrice, Amber Pollock.
Née et élevée à Casper, cette dynamique trentenaire avait pourtant commencé par explorer une tout autre voie: des études d’ingénierie, vite abandonnées au profit de la musique. Diplômée de l’Université du Wyoming, elle l’a enseignée pendant trois ans dans les écoles primaires du coin, avant de se lancer dans l’aventure de l'entrepreneuriat avec sa famille.
Un rêve, une passion et une frustration
La Backwards Distilling Company est née d’un rêve, d'une passion et d'une frustration. «En 2012, l'idée de créer une entreprise en famille nous trottait dans l'esprit depuis un moment, nous explique Amber Pollock. Avec mon frère, Chad, et mes parents, nous avions envie de monter une affaire ensemble, mais nous ne savions pas exactement quoi».
«Nous voyagions beaucoup, toujours à la recherche de bonnes choses à manger et à boire, et nous avions envie d’apporter un peu de cela chez nous, dans notre communauté», se souvient Amber.
Backwards Distilling Company
Chad s’y intéresse depuis ses 21 ans, l’âge légal pour boire aux Etats-Unis, après avoir reçu une bouteille pour son anniversaire.
Or, à l'époque, aux Etats-Unis, le choix d'absinthes se révèle rapidement très limité. Fasciné par ce spiritueux, son histoire, son mystère et tout le processus qui l’entoure, le jeune homme entame de nombreuses recherches et sa propre collection. A 23 ans, il possède déjà des dizaines de bouteilles, du gin au bourbon, en passant par l'absinthe.
S'il a déjà déniché plusieurs dizaines de variétés au fil de ses voyages en Amérique du Nord et à l'étranger, notamment en France, en Suisse et en Belgique, Chad éprouve une frustration croissante face au manque de choix dans son propre pays. Au point qu'un soir, lors d'un dîner, sa mère, Kathy, lui lance:
«Et voilà. C'était l'étincelle de départ pour notre distillerie», se remémore Amber. Les petites distilleries essaiment à travers le pays et le secteur est en pleine expansion. Les Pollock y voient une opportunité et décident de se lancer dans l'aventure de la distillation artisanale.
Entre la recherche du bâtiment idéal, la mise en place, ainsi que les nombreux obstacles à surmonter en matière de réglementation et de législation, il faudra environ deux ans à la Backwards Distilling Company pour ouvrir ses portes.
Son premier alcool commercialisé ne sera pas l'absinthe: «C'est un produit de niche, explique la cofondatrice. Ici, les gens n’en consomment pas énormément. Nous avons donc commencé par d’autres spiritueux plus populaires, comme la vodka, le gin et le rhum».
Finalement, après plusieurs années d'activité et à force de s'entendre demander «Où est votre absinthe?», les Pollock entament la fabrication de leur Fée verte, dans un alambic originaire du Kentucky. «Comme nous racontions cette histoire depuis des années, nous avions une certaine pression. Nous ne voulions pas décevoir les gens après avoir autant parlé de cette absinthe. Nous avons donc passé beaucoup de temps à travailler dessus, pour être certains d’en être satisfaits. Mon frère y a mis énormément d’efforts.»
Sur le plan aromatique, l'absinthe des Pollock s'inscrit dans la tradition, en utilisant les mêmes plantes et ingrédients que ceux utilisés en Suisse. «L’un des défis a été de nous procurer la plante d’absinthe ici, à Casper. Nous sommes dans les hautes plaines, avec un climat assez désertique et des conditions difficiles. Ce n’est pas une culture très répandue ici, et peu d’agriculteurs y songent spontanément».
«Je pense que les plantes qui poussent ici peuvent développer beaucoup de caractère. Est-ce que cela se traduit précisément dans le goût de notre absinthe? Je ne pourrais pas l’affirmer.»
Introduire les Américains à la Fée verte
Si la distillerie organise de temps à autre des dégustations traditionnelles avec fontaine à absinthe, cuillères, sucre et tout l'attirail cher au cœur des Helvètes, la plupart des gens du coin sont introduits à ce spiritueux au goût très particulier par le biais des cocktails.
Des classiques comme le «Sazerac», à base de whisky, ou encore le «Corpse Reviver n°2», qui combine à parts égales gin, jus de citron, Lillet et Cointreau, et qui ne contiennent que quelques gouttes d'absinthe.
Bien que les rares visiteurs européens reconnaissent l'absinthe quasi d'emblée, «avec les visiteurs américains, c’est différent», admet Amber Pollock. «Quand ils connaissent l’absinthe, c’est souvent à travers les mythes qui l’entourent. Ils l’ont vue dans des films, ils savent que des artistes en buvaient, ils ont entendu certaines histoires…»
«Il y a tout un imaginaire, presque quelque chose de magique, autour de cette boisson. C’est ce qui a attiré mon frère au départ. C’est aussi, à mon avis, l’une des raisons pour lesquelles le résultat est si bon: il avait énormément étudié le sujet et connaissait très bien le produit.»
Une histoire d'amour que la famille Pollock compte perpétuer encore longtemps. «Au départ, l’absinthe aurait pu être une édition temporaire. Mais nous aimons suffisamment en avoir pour continuer à en produire.»
