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Qui est Yungblud, le rocker au grand cœur nommé aux Grammy?

Qui est Yungblud, le rocker au grand cœur nommé aux Grammy?
Il fait peur aux maisons de disques, pleurer ses fans et sourire les légendes du rock. A 28 ans, Yungblud débarque aux Grammy Awards, où il  ...
Adoubé par ses pairs, adoré par une fanbase qui ne cesse de croître, le Britannique arrive aux Grammy avec une envie de tout dévorer.Image: watson / dr

Qui est Yungblud, le rocker au grand cœur nommé aux Grammy?

Il fait peur aux maisons de disques, pleurer ses fans et sourire les légendes du rock. A 28 ans, Yungblud débarque aux Grammy Awards, où il est nommé dans trois catégories, après une année de tous les excès créatifs. Portrait d’un artiste britannique résolument punk, hypersensible et indomptable.
31.01.2026, 07:0131.01.2026, 07:01

Il y a des années qui font basculer une carrière. Pour Dominic Richard Harrison, alias Yungblud, 2025 est celle de la déflagration. En quelques mois, les chiffres, les scènes, les hommages, les légendes, tout s’accélère, tout s’embrase, toutes les portes s’ouvrent. Pas parce qu'on les lui a ouvertes. Parce qu’ils les a défoncées.

Et voilà qu'en ce début 2026, le musicien nommé trois fois aux Grammy Awards. Le gamin de Doncaster, celui qu’on disait trop bruyant, trop instable, trop intense, se retrouve propulsé sous les projecteurs.

Un gamin turbulent qui veut aider les autres

Dominic naît en 1997, dans le nord de l’Angleterre, à Doncaster. Il grandit dans une famille où la musique est omniprésente. Son père et son grand-père, qui joue du piano et de la basse, possèdent un magasin de guitares. En interview, il raconte même qu'il y a, quelque part, une photo de lui sur le comptoir de la boutique, alors qu'il est âgé d'à peine 6 heures.

Son autre grand-père, il ne l'a pas connu. Mais sa grand-mère lui raconte que son papy n'est autre que Rod Steward. Un petit mensonge auquel le gamin croit; il grandit en s'accrochant à cette pensée. Une anecdote qu'il raconte volontiers, comme sur le plateau du Britannique Jonathan Ross Show.

A l’école, il a de la peine à tenir en place. Dominic est diagnostiqué TDAH, hypersensible, en surcharge émotionnelle permanente. Il traverse des périodes sombres, dit avoir flirté avec des pensées suicidaires, raconte combien la honte, la colère et l’impression de ne pas appartenir au monde l’ont longtemps rongé. On lui prescrit de la Ritaline, mais sa mère arrête le traitement qui, selon ses dires, altère sa personnalité. La musique devient alors un exutoire vital. En 2017, sa carrière démarre.

Dès ses premiers morceaux, Dominic parle frontalement de santé mentale, de rage générationnelle, de colère contre les normes. Il chante pour celles et ceux qui ne se sentent ni assez ceci, ni assez cela. Il refuse les étiquettes, se revendique polyamoureux, dit être ouvert sur sa sexualité et ses préférences.

«Je suis plutôt hétéro. [Mais si] je marchais dans la rue et que je rencontrais demain un mec, ou une personne transgenre, on ne sait jamais.»
Yungblud dans une interview pour le magazine Attitude en 2019

Les concerts de cet insomniaque ressemblent à une catharsis collective. Durant certains shows, il invite ses fans sur scène à jouer de la guitare sur son titre Fleabag.

@yungblud The most beautiful thing about this community is that this event happened a year ago and now it is my pleasure to announce that this young artist who came on stage with me has formed his own project and will be opening up for me in his hometown arena in Prague. This is what rock ‘n’ roll is all about - unity. Welcome to the family, Šimon. October 17th 2025. Lets ride. - @ruworr!ed ♬ fleabag - YUNGBLUD

Des concerts où la bienveillance est de rigueur. D’ailleurs, il n’hésite pas à virer des intrus du public lorsqu’il aperçoit des gestes déplacés dans la foule.

Des valeurs de partage, d’amour, d'inclusion et d’égalité qui le poussent à créer son propre festival, le Bludfest. Un événement qui naît d’un besoin simple: offrir un espace sûr, inclusif, accessible, où les jeunes peuvent être eux-mêmes sans jugement. Le tout avec des prix volontairement bas et une ambiance communautaire, avec des activités pour favoriser les rencontres entre festivaliers.

La première édition a lieu en 2024 au Royaume-Uni, il réitère l'année suivante, et en prévoit déjà un autre pour 2026 quelque part en Europe, peut-être deux, peut-être même aux Etats-Unis. Une vision, des idées, de nombreux projets, plusieurs albums, des styles différents… Mais c’est en 2025 que tout bascule vraiment.

L’année où tout explose

Dominic sort un nouvel album, Idols. ambitieux, dense, émotionnellement frontal, et résolument rock. Le premier titre, Hello Heaven, Hello, dure neuf minutes. Un choix totalement à contre-courant des algorithmes qui poussent à la consommation de contenus courts et rapides, et qui donne des sueurs froides à sa maison de disques. Lui s’en fiche. Il insiste et gagne. Bingo. Le single cartonne et l’album devient rapidement numéro 1 au Royaume-Uni.

Les dates s’enchaînent en Europe. Les Etats-Unis suivent. La presse parle de «conquête de l’Ouest». Et la formule n’est pas anodine. Lors d’un échange resté célèbre, Yungblud offre une croix à Ozzy Osbourne, son «héros», peu avant le décès de celui-ci. Ozzy lui répond, mi-sérieux, mi-prophétique:

«Conquer America next»
Ozzy Osbourne à Yungblud, au concert d'adieu de Black Sabbath

Dominic prend la consigne au pied de la lettre. Quelques mois plus tard, ses dates américaines sont sold out.

Ozzy Osbourne, le père spirituel

Entre Yungblud et celui que l’on surnommait «The Prince of Darkness», c’est bien plus qu’une admiration de fan. Il y a comme une adoption symbolique et mutuelle. Ozzy voit en ce jeune rocker une urgence, une sincérité, un feu brut qu’il reconnaît immédiatement. Sharon, Kelly, Jack, toute la famille Osbourne l’accueille comme un héritier spirituel. Sharon et Ozzy jouent d’ailleurs dans un clip de Yungblud.

Lors du concert d’adieu de Black Sabbath, le 5 juillet 2025 à Birmingham, Dominic monte sur scène pour reprendre Changes, l'un des tubes du groupe. Son interprétation bouleverse ses fans, mais aussi ceux du groupe de heavy metal. Un moment charnière, à la fois artistique et émotionnel, comme un passage de témoin entre la légende, qui décède peu après, et le jeune artiste.

Pour cette reprise, Yungblud est nommé aux Grammy Awards. La reconnaissance n’est plus uniquement du public, mais aussi de ses pairs du monde de la musique. S’en suivront deux autres nominations. 2025, une année très, très intense pour le jeune homme.

Aerosmith et The Smashing Pumpkins

Il aurait pu s'arrêter là, mais non. L'insatiable Yungblud collabore en 2025 sur un EP avec Aerosmith. Steven Tyler et Joe Perry, icônes du rock, voient en lui une énergie qui leur rappelle leur propre jeunesse, indisciplinée, excessive, avec une rage sincère.

Un EP «spontané», et une histoire presque romantique. Dominic raconte que, lorsqu’il a eu l’idée de travailler avec Aerosmith, il a fait quelque chose d’un peu fou: il a réservé un studio à Los Angeles, façon de dire «on ne sait jamais», en face de l'hôtel du groupe. En gros, ça passe ou ça casse.

«On a first date, you either fuck or you hate each other. You know what I mean? Steven is going to love me or hate me.»
Yungblud en interview: «A un premier date, soit on baise, soit on se déteste [...] Steven va m'adorer ou me détester.»

Ce qui aurait pu rester une simple collaboration se transforme en alchimie immédiate. En studio, entre les trois artistes, les idées fusent. En moins d’une heure, My Only Angel, le premier single de l’EP, prend forme, avec les voix de Tyler et de Dominic qui se répondent, se provoquent et s’élèvent ensemble dans une sorte de duel joyeux et créatif. Une petite tuerie.

En tout, ce sont quatre morceaux originaux, ainsi qu’une version revisitée de Back In The Saddle, qui entrent dans la tracklist de l’EP One More Time, sorti le 21 novembre 2025. Pour Aerosmith, c’est la première sortie de musique nouvelle depuis plus de douze ans. Pour Yungblud, la consécration d’un rêve de gosse.

Joe Perry, Steven Typer et Yungblud, en une du magazine Rolling Stone.
Joe Perry, Steven Typer et Yungblud, en une du magazine Rolling Stone.Image: instagram

Dominic met un pied dans la porte. Désormais, ce n’est plus seulement la génération TikTok qui le suit. Comme il le souligne volontiers, les cougars sont de plus en plus nombreuses à l'acclamer «et en DM, elles n'ont peur de rien», raconte-t-il en interview d'un air faussement prude.

Mais surtout, ce sont désormais aussi les vétérans du rock. Et encore une fois, l’infatigable gamin de Doncaster ne s’arrête pas là. Car à la fin 2025, c’est au tour de Billy Corgan, le leader des Smashing Pumpkins, d’adouber Yungblud.

Ensemble, ils enregistrent une nouvelle version de Zombie, l’un des titres les plus sombres de l’artiste britannique. La chanson parle de la peur de devenir un fardeau pour ses proches, la détérioration mentale et physique, et la difficulté de demander de l'aide. Inspirée par la dégradation de la santé de sa grand-mère, décédée après des années d’alcoolisme, la chanson aborde la honte, la vulnérabilité et le sentiment de se sentir tel un zombie.

La première version avait déjà largement touché ses fans. Avec cette réinterprétation en collaboration avec Billy Corgan, c’est un autre public que touche l’artiste.

Les femmes de sa vie

Dans cette tornade, il y a Jesse Jo Stark. L’Américaine, elle-même chanteuse, est plus âgée que lui. Ce qui tombe bien, puisque Dominic a toujours dit préférer les femmes plus âgées. Le couple commence à se fréquenter en 2021, il parle d’elle comme de «la femme de sa vie». Il est si sûr de lui qu’il fait tatouer sa silhouette sur son bras droit.

Dominic et Jesse Jo Stark.
Dominic et Jesse Jo Stark.Image: instagram

Leur relation connaît des hauts et des bas. En 2025, ils font une pause. Pas par manque d’amour, loin s'en faut. Dominic explique dans un podcast avoir eu besoin de se recentrer. Mais ils s’appellent chaque dimanche, dit-il. Puis ils se retrouvent quelques mois plus tard.

Une autre femme de sa vie est sa mère. Quand il panique, Dominic l’appelle. Il le raconte lui-même volontiers sur les réseaux sociaux. Récemment, après avoir été photographié nu sur un yacht en Australie par des paparazzis de TMZ, il choisit l’autodérision.

Faire les gros titres des tabloïds? Il s'en moque.
Faire les gros titres des tabloïds? Il s'en moque.capture d'écran

Sur Instagram, il imite sa mère, rejouant la scène où, horrifiée, elle l’engueule par téléphone.

«Your penis is on TMZ!»
Dominic imitant sa mère

Le Britannique, lui, s’en fout. Au contraire, ça le fait rire. Il partage lui-même des captures d’écran des tabloïds sur les réseaux sociaux et refuse de se laisser dévorer par la machine médiatique.

Et maintenant?

Après une année 2025 très chargée, si chargée que ses médecins lui ont dit de lever le pied, ce qui l’a contraint, en novembre, à repousser des dates prévues aux Etats-Unis, Yungblud a repris le chemin de la scène en janvier. D'abord en Australie, puis en Inde, où il s’est produit devant 70 000 personnes.

Désormais remonté à bloc, le Britannique arrive aux Grammys avec une carrière en pleine mutation. Adoubé par ses pairs, adoré par une fanbase qui ne cesse de croître. Il est nommé dans trois catégories: meilleure prestation rock pour sa reprise de Changes au concert d’adieu de Black Sabbath, meilleur album rock pour Idols, sorti en juin 2025, et meilleure chanson rock pour Zombie, issue de cet album.

Alors, aux Grammy Awards, gagnera, gagnera pas? Rendez-vous le 1er février à la cérémonie à Los Angeles. Et peut-être ensuite dans les festivals suisses cet été? L’appel aux programmateurs est lancé.

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source: sadanduseless
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