Sur ces 7 mensonges balancés par Trump à Davos un seul est (quasi) vrai
Pendant 70 minutes, Donald Trump s'est exprimé mercredi à Davos. Son discours relativement erratique a mêlé autosatisfaction, exagérations excessives et critiques virulentes à l'égard de ses alliés européens. Le président américain a balancé un certain nombre de faits invraisemblables et diffusé de (très) nombreuses contre-vérités. On en a choisi certaines.
«J'ai augmenté les droits de douane à 30%»
A un moment donné de son discours, le président américain s'en est pris à la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Il a une dent contre elle depuis qu'elle l'a appelé, à l'été 2025, pour tenter de faire baisser les droits de douane appliqués à la Suisse.
Dans sa diatribe au WEF, Donald Trump a non seulement confondu son titre de l'an dernier - la qualifiant à tort de «première ministre» et non de présidente -, mais il s'est aussi trompé sur le montant initial des droits de douane punitifs imposés aux importations suisses en avril. Il a affirmé les avoir portés à 30%, alors qu'ils étaient en réalité de 31%.
Bon ce n'est qu'un tout petit pour cent, mais l'Américain a également omis de préciser que ces surtaxes avaient été suspendues jusqu'en août en raison de protestations internationales, et que l'appel de Keller-Sutter n'avait eu lieu qu'à la fin de cette période transitoire. Une information reste exacte: après cet échange, les droits de douane sur les produits suisses ont été relevés à 39%.
«Nous avons rendu le Groenland»
Dans son discours, Trump a longuement évoqué son désir de «s'approprier» le Groenland (bien qu'il ait confondu à plusieurs reprises ce territoire danois avec l'Islande tout au long de son discours). Il a évoqué la Seconde Guerre mondiale, période pendant laquelle les Etats-Unis avaient effectivement pris en charge la défense de la plus grande île au lieu du Danemark occupé. En 1944, les forces américaines ont chassé les derniers soldats allemands du Groenland, qui exploitaient des stations météorologiques. Trump a alors lancé:
Cette affirmation est toutefois simpliste. Les Etats-Unis avaient déjà reconnu, par traité, les revendications territoriales du Danemark sur le Groenland en 1917, ce qui n'a pas changé pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, cependant, le président Harry Truman a conclu un accord avec le Danemark - son allié - autorisant la présence de soldats américains sur l'île.
«Les denrées alimentaires sont devenues moins chères»
Avant de critiquer le pays hôte, la Suisse, et de divaguer sur le Groenland, le président américain a vanté son bilan économique. Il a affirmé que depuis son entrée en fonction, il y a un an, les prix des denrées alimentaires avaient baissé et que l'électricité devenait moins chère. C’est faux, comme le montrent les statistiques officielles de l’inflation:
- Les prix alimentaires ont augmenté de 2,4% sur les 12 derniers mois.
- Le prix de l'électricité a grimpé de 6,7%.
- Celui du gaz naturel de 10,8%.
C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles de nombreux électeurs américains sont mécontents de Trump: seuls 42% estiment qu'il fait du bon travail.
«Je n'ai trouvé aucun parc éolien en Chine»
Donald Trump déteste les éoliennes. Selon lui, elles seraient trop chères, défigureraient le paysage et tueraient de nombreux oiseaux. Ce qui le dérange surtout, c'est que la Chine gagne beaucoup d'argent en exportant les pièces de ces dernières, tout en refusant soi-disant de construire des parcs éoliens sur son sol. Très sûr de lui, Trump a assuré:
Cette affirmation est totalement inventée, absolument grotesque et facilement réfutable par une simple recherche en ligne. La Chine possède, en réalité, le parc éolien le plus vaste du monde, comme confirment plusieurs sources de référence.
«L'élection présidentielle de 2020 a été truquée»
Il ne se passe pas un discours public du président américain sans qu'il affirme, d'une part, avoir remporté l'élection de 2024 par un raz-de-marée et, d'autre part, n'avoir, en réalité, jamais perdu contre Joe Biden en 2020. Il a martelé, mercredi:
En réalité, Trump a certes remporté l'élection de 2024 avec un certain avantage sur la démocrate Kamala Harris, mais au sein du collège électoral décisif, le résultat était de 312 contre 226 voix. Comparé aux précédentes élections, ce n'est donc pas un raz-de-marée. Quant à l'affirmation de Trump selon laquelle son prédécesseur Joe Biden ne l'aurait évincé de la Maison-Blanche en 2020 que grâce à des fraudes, il la répète depuis plus de cinq ans, sans qu'aucune preuve ne vienne l'étayer. Trump a bel et bien perdu cette élection face au candidat démocrate et à la régulière.
Assainissement budgétaire: «Il y en aura encore plus»
Parmi les soi-disant réussites économiques des Etats-Unis imputables directement à son action, Trump cite également la réhabilitation du budget fédéral. Il affirme que son administration a réussi à réduire massivement le déficit grâce à des coupes dans les dépenses. «Ce sera encore plus important bientôt», a-t-il ajouté.
Là encore rien n'est moins juste. En réalité, au cours des quatre premiers mois de l'année fiscale en cours (aux Etats-Unis, elle commence le 1er octobre), le gouvernement américain a enregistré un déficit de 600 milliards de dollars. Certes, c'est environ 110 milliards de dollars de mieux que prévu, mais uniquement grâce à des recettes fiscales nettement supérieures (tirées principalement par des augmentations des impôts sur le revenu des particuliers et des droits de douane).
Trump a également prétendu que le budget fédéral serait équilibré si toutes les fraudes aux prestations sociales étaient éliminées. Or Washington dépense chaque année plus de 1100 milliards de dollars pour des dizaines de programmes sociaux, et il n'existe aucune preuve que plus de la moitié de ces dépenses résulte de fraudes, comme l'a affirmé le président.
«Des centres de données s'étendant sur des kilomètres et des kilomètres»
Trump s'est également vanté, lors de son intervention, du rôle de premier plan joué par son pays dans la construction de centres de données pour l'intelligence artificielle. Il a notamment cité le patron de Meta, Mark Zuckerberg, affirmant que celui-ci faisait bâtir un centre de données «grand comme Manhattan», «sur des kilomètres et des kilomètres». Cette affirmation n'est qu'en partie exacte. Le projet géant prévu en Louisiane représente un investissement d'environ 10 milliards de dollars et couvrira une surface équivalente à quelque 70 terrains de football. La presqu'île de Manhattan est, elle, environ six fois plus vaste... (adapt jah nof)
