Pourquoi les Britanniques veulent réintégrer l'UE
Les derniers sondages réalisés outre-Manche montrent une tendance claire: 59% des Britanniques souhaitent réintégrer l’Union européenne (UE), contre seulement 32% qui s’y opposent. Ces chiffres ne sont pas vraiment surprenants: le Brexit a été un beau fiasco et le Royaume-Uni a payé un lourd tribut pour cette décision. S’il était resté dans l’UE, son produit intérieur brut aurait progressé de 6% supplémentaires. Au lieu de ça, le gain est nul.
«Taking back control», le slogan de ralliement des adversaires de l’UE, n'est resté que paroles creuses. L’immigration a augmenté, les plombiers et dentistes polonais ont été remplacés par leurs homologues venus du Nigeria ou des Philippines. La promesse de transformer le Royaume-Uni en «Singapour-sur-Tamise» s’est révélée être une illusion. Le Brexit est intervenu au pire moment possible, car l’ordre mondial fondé sur des règles, qui a offert pendant 80 ans à l’économie mondiale des droits de douane en baisse et un commerce en hausse, est en train de s’effondrer.
En se mettant à dos leur principal partenaire commercial, les Britanniques se sont tiré une balle dans le pied. Rien ne pourrait laisser Donald Trump plus indifférent que la fameuse «relation spéciale» avec les Britanniques, tandis que les Chinois sont en passe d’inonder eux aussi l’île de leurs produits bon marché. A l’inverse, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, cherchent désormais à se rapprocher de l’UE.
Georg Riegels, du think tank European Policy Centre, déclare dans le Financial Times:
Andy Burnham semble partager cet avis. Le nouveau Premier ministre britannique a donc brisé un tabou. Il y a quelques semaines, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, il a rencontré Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Au cours d’un entretien privé, il a évoqué la possibilité d’un retour du Royaume-Uni dans l’UE. Selon le Financial Times, Andy Burnham a souligné:
Lors du congrès du Parti travailliste, fin septembre, Andy Burnham est allé encore plus loin. Il a déclaré vouloir établir une «relation à long terme» avec l’UE et être éventuellement prêt à «aller jusqu’au bout».
Pas de «politique à la carte»
Cette déclaration a valu au Premier ministre britannique les applaudissements enthousiastes des délégués de son parti, mais elle a également reçu un accueil favorable sur le continent. «Bienvenue à nouveau», a notamment répondu le président français Emmanuel Macron. Son homologue espagnol Pedro Sánchez a quant à lui déclaré que l’Espagne accueillerait le Royaume-Uni à bras ouverts.
Une réintégration rapide de l'UE est toutefois peu probable, car certains détails risquent de coincer. Le retour à Bruxelles se ferait en effet selon les conditions fixées par les 27. Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE durant le Brexit, ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Il affirme auprès du Financial Times:
Les efforts de Keir Starmer ont précisément échoué sur ce point. Le prédécesseur d'Andy Burnham voulait rapprocher le Royaume-Uni de l’UE à petits pas, sans franchir les lignes rouges fixées par Boris Johnson. L'ancien premier ministre ne voulait ainsi faire de concessions ni sur Schengen ni sur la libre circulation des personnes, et encore moins introduire l’euro.
Même si les Britanniques acceptaient de faire des concessions sur ces points névralgiques, ils devraient encore obtenir l’accord des 27 membres de l’UE. Les Français, notamment, pourraient leur mettre des bâtons dans les roues. Le Parlement devrait approuver une réintégration à la majorité de 60%. Reste à savoir si Marine Le Pen accepterait de jouer le jeu. La députée française s’oppose en principe à tout nouvel élargissement de l’UE.
Avec ses déclarations favorables à l’UE, Andy Burnham n’a pas seulement brisé un tabou: il a également réveillé de vieux démons. Le Brexit a profondément divisé les Britanniques et laissé de profondes blessures. Le populiste de droite Nigel Farage, qui a joué un rôle important dans ce combat, est prêt à les rouvrir. Il s’est déjà réjoui qu'Andy Burnham, en relançant le débat sur le Brexit, ait ouvert les portes de manière spectaculaire à son parti Reform UK. Celui-ci est actuellement le principal adversaire du Parti travailliste.
Les Britanniques regrettent certes le Brexit, mais ils posent eux aussi leurs conditions à un retour dans l’UE. Seuls 35% d’entre eux seraient prêts à accepter Schengen, la libre circulation des personnes et l’euro. Luke Tryl, du think tank More in Common, explique ainsi dans le Financial Times:
Dans ces conditions, il est difficile de savoir si le souhait d'Andy Burnham, âgé de 56 ans, de voir son pays réintégrer l’UE se réalisera de son vivant.
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder
