DE | FR

Voici pourquoi la débâcle de l'armée afghane n'est pas si étonnante

Les Etats-Unis ont englouti des sommes faramineuses pour équiper les militaires afghans. Voici les erreurs du Pentagone qui expliquent l'effondrement de l'armée d'Afghanistan.



Newly Afghan Army Special forces attend their graduation ceremony after a three-month training program at the Kabul Military Training Centre (KMTC) in Kabul, Afghanistan, Saturday, July 17, 2021. (AP Photo/Rahmat Gul)

En juillet dernier, ces soldats des forces spéciales afghanes assistent à leur remise de diplôme. Image: sda

Sylvie LANTEAUME

L'effondrement de l'armée afghane, qui a permis aux talibans de s'emparer de Kaboul en dix jours, a mis en évidence les erreurs commises pendant 20 ans en Afghanistan par le Pentagone. Ce dernier y a dépensé des milliards avec des objectifs irréalistes.

Des investissements massifs

Washington a dépensé 83 milliards de dollars pour créer de toutes pièces une armée à l'image de celle des Etats-Unis, c'est-à-dire dépendant largement d'un soutien aérien et d'un réseau de communication en bon état, dans un pays où seulement 30% de la population a de l'électricité 24 heures sur 24.

Les Etats-Unis n'ont reculé devant rien pour équiper l'armée afghane:

Graves lacunes afghanes ignorées

Mais les militaires ont sciemment surestimé les capacités du pays, soulignait récemment l'inspecteur général pour la reconstruction de l'Afghanistan (Sigar), John Sopko. Les Américains n'ont, en effet, pas tenu compte du fait que:

Lorsqu'il fallait évaluer l'armée afghane, «les militaires changeaient d'objectifs pour que ce soit plus facile de revendiquer un succès. Et quand ils n'ont plus pu le faire, ils ont classé les objectifs secret défense», selon John Sopko:

«Ils savaient à quel point l'armée afghane allait mal»

«Les systèmes d'armement avancés, les véhicules, la logistique utilisés par les armées occidentales dépassaient les capacités de militaires afghans largement illettrés et peu éduqués», indique le dernier rapport du Sigar, chargé par le Congrès américain de superviser l'action des Etats-Unis en Afghanistan.

Gonflement des effectifs militaires

Les responsables du Pentagone n'ont eu de cesse, ces derniers mois, de souligner à quel point les forces afghanes (armée et police), fortes de plus de 300 000 hommes, avaient un avantage sur 70 000 talibans.

Mais selon le «Combatting terrorism center» de la prestigieuse école militaire américaine de West Point, sur ces 300 000 personnes, seuls 185 000 étaient placés, en juillet 2020, sous l'autorité du ministère afghan de la Défense (armée de terre, armée de l'air, forces spéciales). Les autres étaient des policiers et autres membres des services de sécurité.

Les analystes de West Point estiment aussi qu'à peine plus de la moitié des effectifs de l'armée afghane étaient des combattants. Si l'on écarte les 8000 hommes de l'armée de l'air, les capacités de l'armée de terre afghane ne dépassent pas 96 000 hommes, ont-ils conclu.

Selon le rapport du Sigar, les désertions ont toujours été un problème:

«En 2020, l'armée afghane devait recruter 25% de ses effectifs chaque année, ce que les militaires américains avaient fini par considérer comme normal»

Les désertions étaient «l'un des principaux» facteurs expliquant ce taux très élevé de renouvellement.

Un soutien américain plus théorique que pratique

Les dirigeants américains ont affirmé à maintes reprises qu'ils s'engageaient à continuer de soutenir l'armée afghane après le 31 août 2021, date-butoir annoncée de la fin du retrait des troupes américaines. Mais ils n'ont jamais mis sur pied la logistique pour le faire.

Lors de sa dernière visite à Kaboul en mai, le ministre de la Défense Lloyd Austin lui-même évoquait la possibilité d'aider à distance l'armée de l'air afghane à assurer elle-même la maintenance de ses avions, ce qu'il appelait l'assistance «au-delà de l'horizon».

«Nous avons profondément choqué et démoralisé l'armée afghane en lui retirant le soutien aérien avec lequel nous les avons formés»

Ronald Neumann, un ancien ambassadeur américain à Kaboul

Ce concept impliquait des formations virtuelles, via la plateforme de conférence vidéo en ligne Zoom. Une approche qui apparaît illusoire à moins que les soldats afghans aient pu être équipés d'ordinateurs ou de smartphones performants et reliés à un réseau wifi en bon état.

Selon Ronald Neumann, ancien ambassadeur américain à Kaboul (2005 à 2007), les militaires américains «auraient pu prendre davantage leur temps». Le retrait total des forces étrangères était prévu au 1er mai, selon l'accord passé par l'administration de Donald Trump avec les talibans.

Son successeur Joe Biden a repoussé la date au 11 septembre, mais il a aussi décidé de retirer tous les ressortissants américains du pays, y compris les sous-traitants civils qui jouent un rôle-clé dans la logistique de l'armée américaine. Ronald Neumann a déclaré la radio publique NPR:

«Nous avons construit une armée de l'air (afghane) qui dépendait de sous-traitants pour sa maintenance et nous avons retiré les sous-traitants»

Des militaires afghans sans solde

Pire, les salaires de l'armée afghane étaient payés depuis des années par le Pentagone. Or, à partir du moment où l'armée américaine a annoncé son retrait à la mi-avril, les fonds ont été versés au gouvernement de Kaboul.

De nombreux témoignages de soldats afghans sur les réseaux sociaux montrent qu'ils n'ont pas été payés depuis plusieurs mois et qu'ils n'ont pas été ravitaillés en nourriture, ni même en munitions. (ats/jah)

Plus d'articles «Actu»

A Bâle, le procès pour viol n'a pas fini de faire parler

Link zum Artikel

Le nouvel outil anti pédocriminalité d'Apple est accusé d'espionnage

Link zum Artikel

Profitez de la nouvelle saison de La Casa de Papel… car c'est la dernière

Link zum Artikel

La mort d'un prêtre provoque une crise politique en France

Link zum Artikel

La Banque mondiale ferme le robinet financier, fini les aides à l'Afghanistan

Après le Fonds monétaire international, une nouvelle institution internationale décide de ne plus soutenir financièrement l'Afghanistan.

La Banque mondiale a annoncé mardi avoir suspendu ses aides à l'Afghanistan après la prise du pouvoir par les talibans. Elle a appelé à explorer «les moyens de rester engagés pour continuer à soutenir le peuple afghan».

La porte-parole n'a pas indiqué quel était le montant des versements qui étaient programmés avant la prise de pouvoir par les talibans. La Banque mondiale menait jusqu'alors une vingtaine de projets de développement en Afghanistan. Depuis 2002, elle a fourni 5,3 milliards de …

Lire l’article
Link zum Artikel