Voici pourquoi la crise française arrive au pire moment pour l'Europe
Greta Thunberg a fait le déplacement jusqu'en France. «Ils nous volent notre avenir», a affirmé la militante suédoise pour le climat, âgée de 23 ans, devant le lycée Paul Eluard, dans la banlieue parisienne de Saint-Denis, où des élèves ont proclamé mardi l’«acte V» de leur mouvement de protestation.
200 lycées sur les quelque 3700 que compte le pays étaient alors bloqués, soit moins que la semaine dernière. Lors des récentes manifestations qui se sont tenues dans de nombreuses villes françaises, des syndicats, des parents, des avocats et des responsables de gauche se sont joints au mouvement des lycéens, dans l’effort de provoquer une «convergence des luttes».
Nourris par la colère des lycéens, des appels à se mobiliser largement ce samedi 17 octobre circulent sur les réseaux sociaux.
Le besoin d'un changement de système
Cela tenait peut-être également au fait que les jeunes étudiants, inexpérimentés, peinent à inscrire leur mouvement dans la durée. Les manifestations ont en tout cas été moins fréquentées ce début de semaine.
En revanche, des casseurs violents, profitant du mouvement, s’en sont une fois de plus pris à la police. Des heurts ont éclaté surtout à Paris, notamment près du tombeau de Napoléon, dans le dôme des Invalides, dans le 7e arrondissement de la capitale.
Selon de récents sondages, les revendications des lycéens sont soutenues par une majorité de 54% des Français. La contestation vise de plus en plus la procédure d’admission dans l’enseignement supérieur «Parcoursup», anonyme et détestée des élèves en fin de scolarité. Ces derniers réclament un nouveau système d’inscription en ligne. Il faudrait toutefois pour cela une profonde réforme de l’éducation, qui accorderait plus de poids à la formation professionnelle qu’aux diplômes universitaires.
A défaut, il n'y aurait simplement pas assez de places dans l’enseignement supérieur pour tous les bacheliers.
La dette nationale comme épée de Damoclès
Pour leurs revendications initiales, à savoir davantage d’enseignants et des rénovations d’écoles, les associations de lycéens réclament 10 milliards d’euros (9,3 milliards de francs).
La demande de cette somme considérable souligne surtout l’impuissance actuelle du gouvernement. Car la France traverse non seulement une sérieuse crise scolaire, mais elle fait également face à un grave problème d'ordre financier. La dette publique du pays, de 3600 milliards d’euros, fait en effet grimper les taux d’intérêt depuis des semaines. Pour les emprunts à dix ans, à savoir les fameuses obligations assimilables du Trésor (OAT), ce dernier paie certains jours plus de 5% d’intérêts.
A Paris, le spectre de la «troïka» (réd: le trio de créanciers qui supervisait les plans d’aide aux pays de la zone euro en difficulté), connue depuis la crise grecque, rôde déjà. Le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) devront-ils donc bientôt imposer une cure d’austérité aux Français? La question demeure.
Des élections qui tombent mal
Sur cette toile de fond sombre, l’Assemblée nationale française a entamé, mardi, le débat sur le budget 2027. Il n’y est toutefois pas question de nouvelles dépenses de plusieurs milliards, mais plutôt d’économies. En conséquence, la gauche dénonce un tour de vis budgétaire malvenu et se mobilise contre.
En effet, dans six mois, la France élit son nouveau président, ce qui n’est pas l’occasion idéale pour demander aux électeurs des impôts plus élevés ou d’autres sacrifices. La France insoumise (LFI) du tribun de gauche Jean-Luc Mélenchon veut ainsi retirer sa confiance au gouvernement du premier ministre Sébastien Lecornu et le faire tomber.
Cela ne serait toutefois possible que si les socialistes et les populistes de droite de Marine Le Pen s’associaient à la démarche.
Sébastien Lecornu est en tout cas dans une impasse: s’il fait un geste financier envers les lycéens, les marchés financiers mettront la corde au cou du gouvernement de Paris; s’il ignore les lycéens, il risque en revanche de voir naître un conflit social durable, comme en 2019 avec les gilets jaunes.
Une dynamique inquiétante pour l'Europe
Le président français, Emmanuel Macron, a appelé, mardi, les manifestants, avant la tenue du cinquième acte de leur mouvement, au «calme et à l’ordre». Mais la nation n’écoute plus depuis longtemps. Beaucoup reprochent au président d’être arrivé au pouvoir il y a dix ans pour combattre les extrêmes politiques, mais d’avoir obtenu exactement le contraire.
Pour le second tour de l’élection présidentielle de mai 2027, les sondages donnent les populistes Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en tête. Cela signifierait qu’à partir de mai 2027, la France serait nécessairement gouvernée par un radical ou une radicale. Tous deux ont un programme économique dangereux, et tous deux nourrissent certaines affinités avec le président russe Vladimir Poutine.
Or, si Poutine continue à faire cause commune avec le président américain Donald Trump, les Européens ne pourront faire autrement que de contrer cette dynamique par l'unité. Cela supposerait que Berlin, Paris et Londres agissent de manière coordonnée et résolue. En ce sens, l'élection française pourrait donner une nouvelle dynamique à l’Europe et contribuer à la sécurisation de l’Ukraine et de l’est du continent. Avec Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon à l’Elysée, tout serait toutefois différent.
Parallèlement, tant les remous de l'éducation nationale que les débats budgétaires profitent avant tout aux populistes du pays. (trad. ysc)
